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Soutenez la création d’un centre relais téléphonique

Cette semaine, au Sénat, sera présenté le projet de loi « Pour une République Numérique » et son fameux article 43 (dont je vous ai déjà parlé) qui doit permettre la création d’un centre relais téléphonique généraliste.

Ce système, déjà opérant aux Etats-Unis depuis plus de 10 ans, consiste à intégrer dans la communication un dispositif intermédiaire assurant la transcription ou la traduction, depuis la langue parlée vers la langue écrite ou la langue des signes, et vice-versa.
Dans le cas de la langue des signes, l’usager sourd contacte le centre relais téléphonique via une webcam. Un interprète diplômé réceptionne son appel en LSF et le traduit en français oral à la personne entendante que le sourd voulait joindre (et inversement).
Ainsi sourds et entendants peuvent facilement communiquer par téléphone via des interprètes F-LSF.

Mettre en place ce système semble une évidence. Pourtant nombreuses sont les réticences pour des raisons financières et autres intérêts privés.

L’AFILS ainsi que de nombreuses associations – FNSF, UNISDA, MDF, AFIDEO, ANPEDA, ANPSA, FNAF, Aditus – ont, par leur action, permis que l’article 43 soit modifié en prenant en compte leurs préconisations.

Il faut à présent encourager les sénateurs puis les députés à voter cet article tel qu’il est rédigé aujourd’hui.

Pour cela je vous encourage, pour ceux qui ne l’auraient pas encore fait,à signer la pétition que nous avons mis en ligne :

Pétition pour que les personnes sourdes ou
handicapées de la communication puissent téléphoner 

En bonus une vidéo, réalisée par l’agence Aditus et très joliment interprétée en LSF par ma collègue Alexandra, dans laquelle je vous explique succinctement pourquoi l’AFILS soutient l’article 43 et la création d’un centre relais téléphonique universel, généraliste et de qualité.

Les pires interprètes en langue des signes

Alvaro Garcia est un jeune homme sourd vivant aux Etats-Unis. Quand il s’habille et se maquille en drag queen il devient Serena Minogue.  Surtout, il a un talent fou pour croquer les travers des interprètes en langue des signes.
Régulièrement il poste des vidéos hilarantes sur sa page Facebook.

En voici trois pour rire sans modération et égayer ces fêtes de fin d’année :

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© Stéphan – ( i ) LSF 

Projet de loi « Pour une République numérique » accessible

294_default_blockHeaderEn mai dernier, la phase d’expérimentation pour les centres-relais téléphoniques s’est achevée. En fonction des résultats, le gouvernement s’était engagé à inscrire dans la loi ce dispositif permettant aux personnes sourdes ou malentendantes de téléphoner (via de la vision-interprétation F-LSF) aux services publics, aux grandes entreprises…
C’est chose faite puisque dans le projet de loi récemment mis en ligne intitulé : « Pour une République numérique » il est fait mention de ce dispositif dans  l’article 28 du Titre III, chapitre III de l’accessibilité des services publics, des services client et des offres de communications électroniques aux personnes sourdes et malentendantes.

Le gouvernement propose (et c’est une première) à chaque citoyen de perfectionner et d’enrichir ce texte avant son examen par le Parlement. Cette consultation inédite d’une durée de 3 semaines (jusqu’au 18 octobre) doit permettre à chacun (vous, moi…) d’émettre des avis, de faire des propositions de modifications… qui seront elles-mêmes soumises à l’avis des internautes. Certaines contributions pourront être intégrées au projet de loi.

Cela tombe bien car cet article 28 est loin d’être parfait. En effet, si les interprètes en langue des signes sont mentionnés, (au même titre que les codeurs LPC et les vélotypistes) il n’est pas indiqué quels diplômes ces interprètes devront posséder (contrairement au texte de l’appel d’offres pour l’expérimentation des centres relais téléphoniques qui précisait les qualifications requises).

Or le métier d’interprète n’étant pas protégé, n’importe qui peut s’attribuer ce titre. Le risque est donc de voir des personnes non qualifiées être embauchées par des entreprises peu regardantes sur la qualité du service et voulant uniquement s’arroger les fonds qui seront distribués par l’Etat ou les entreprises.

Quel intérêt aurait alors une personne sourde à contacter un service public si l’intervenant (interprète non diplômé) ne le comprenait pas, commettait des contre-sens, ne traduisait pas l’ensemble du discours, etc. et surtout s’il n’était pas soumis au code déontologique des interprètes F-LSF à savoir le respect du secret professionnel, la neutralité et la fidélité au discours ? La personne sourde ou malentendante et son interlocuteur entendant n’auraient aucune confiance dans ce service et l’égalité entre chaque citoyen voulu par ce projet de loi ne serait pas atteinte, certains bénéficiant d’un service de qualité, d’autres non uniquement car les intervenants embauchés n’auraient pas les compétences et les diplômes requis pour exercer le métier d’interprète (se prétendre bilingue ne suffisant pas pour exercer cette profession).

L’association française des interprètes et traducteurs en langue des signes (AFILS) a donc jugé qu’il était indispensable que dans cet article 28 soit fait mention que les interprètes F-LSF doivent être en possession d’un diplôme de formation supérieure ou d’un master 2 en interprétation et a proposé l’ajout de cette phrase : « Afin de garantir la qualité du service et les règles essentielles que sont le secret professionnel, la neutralité de l’intervenant et sa fidélité dans l’interprétation des discours, l’interprète doit pouvoir justifier de posséder l’un des diplômes suivants : un DFSSU (diplôme de formation supérieur spécialisé d’un niveau bac + 5) délivré par l’université de Paris VIII, un master d’interprétation F-LSF délivré à ce jour par les universités de Paris III, Paris VIII, Lille III, Rouen et Toulouse le Mirail, ou d’une attestation professionnelle de niveau 3 délivrée par l’association SERAC ».

Je vous encourage à aller avant le 18 octobre sur le site du projet de loi « Pour une République numérique » afin de voter en faveur de cet amendement et espérer qu’il soit pris en compte par le gouvernement.

Il vous suffit de cliquer sur ce lien : http://bit.ly/interpretesdiplomes 
de vous connecter puis de vous rendre en bas de la page pour voter en faveur de la modification et éventuellement de la commenter.

PS : sur ce même article 28 l’association de Jérémie Boroy, Aditus, a fait des remarques intéressantes et je vous encourage également à les soutenir en votant « d’accord ».

Des sourds qui téléphonent ? Non mais allo quoi !

Raconter que vous venez d’avoir une longue conversation téléphonique avec un sourd pourrait vous faire passer pour fou auprès de vos amis.
Pourtant c’est possible grâce à la visio-interprétation. Les technologies nécessaires pour accomplir cette prouesse connaissent depuis vingt ans un essor spectaculaire et plusieurs pays proposent déjà des services de « centres-relais » téléphoniques dédiés.

Shouted phone

Le principe général des centres-relais téléphoniques est extrêmement simple. Le système consiste à intégrer dans la communication un dispositif intermédiaire assurant la transcription ou la traduction, depuis la langue parlée vers la langue écrite ou la langue des signes, et vice-versa.
Dans le cas de la langue des signes, l’usager signeur et l’interprète (diplômé bien sur) communiquent par visioconférence. Le sourd signe, l’interprète le regarde via la caméra et traduit simultanément pour la personne entendante qu’il a au bout du fil (et inversement).

La Suède a lancé son premier centre-relais vidéo en 1997. Grâce à la fibre et le haut-débit ces offres se sont multipliées, aux Etats-Unis, en Allemagne, en Australie puis dans d’autres pays industrialisés.
Dans la sphère privée ces centre-relais sont utilisés pour prendre un rendez-vous chez le médecin, souhaitez une bonne fête à sa maman, commander une pizza, raconter ses vacances à sa fille, demander des informations sur un appartement qu’on voudrait louer… Sur le lieu de travail ils peuvent permettre de courts échanges avec des collègues, d’avoir un entretien avec son supérieur hiérarchique, de contacter un fournisseur extérieur, de réserver un billet d’avion…

triptique

Au Royaume Uni, les centres-relais font depuis longtemps partie des services obligatoires financés par les opérateurs en charge de la fourniture du service universel. L’utilisation de ces services est gratuite en dehors du coût de la communication vers le destinataire final.
En Allemagne, l’opérateur historique finance également un service à destination des sourds et malentendants, qui nécessite un abonnement mensuel de 5€ et le paiement d’un prix à la minute en plus de celui de la communication, mais qui inclut un service de centre-relais vidéo.
En Australie, des services équivalents sont offerts gratuitement.
Quant aux Etats-Unis, la création et le développement de multiples centres-relais haut de gamme y est encouragée par un généreux régime de remboursement forfaitaire de chaque minute fournie par les prestataires. Cela a rendu possible l’émergence de nombreux services gratuits pour l’usager, souvent accessibles 24h/24.

Et la France ? Elle a, malheureusement, plusieurs longueurs de retard.

Privé au départ de financement public, les prestataires français n’ont pu que proposer des offres bien plus coûteuses que la communication téléphonique standard. En effet, si le coût d’usage des plateformes techniques peut être fortement dilué par une demande suffisante, le coût de l’interprétariat est lui, incompressible. Ces conditions économiques rendent difficile la fourniture d’offres ciblées sur les particuliers, d’autant que l’étendue de la demande et sa solvabilité étaient jusqu’à présent encore mal connues.

Les centres-relais français sont donc à ce jour cantonnés à un usage essentiellement professionnel, financés par de grandes entreprises. Au départ trois entreprises se partageaient ce marché. L’une a fait faillite (Viable) il n’en reste donc plus que deux : Tadéo qui ne fait que rarement appel à des interprètes diplômés (Master 2 d’interprétation F-LSF) pour assurer ce service, et Elision.

Certes le Président de la République avait annoncé en juin 2008 la création prochaine d’un centre-relais national, une innovation qualifiée d’« essentielle » à l’accessibilité, sur laquelle les institutions devait se mobiliser. L’idée a fait pchittt car les promesses comme son prédécesseur aimait à le répéter, n’engagent que ceux qui y croient.
Parallèlement, des textes français et européens ont préparé la mise en place d’un centre relais d’appels d’urgence. Ce dernier est à présent opérant. Il s’agit du 114 « numéro d’urgence national uniquement accessible par SMS ou Fax, pour les personnes avec des difficultés à entendre ou à parler ».

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Histoire de se hater avec lenteur pour rattraper le temps perdu le gouvernement a d’abord commandé un rapport à Corinne Erhel qu’elle a intitulé « L’expérimentation d’un centre relais téléphonique pour les personnes sourdes ou malentendantes : enjeux et avenir ».  Puis il a décidé de mettre en place une phase d’expérimentation (pour un budget de 2,8 millions d’€) auprès de 500 sourds. Avec le système de communication Origo (filiale d’Elision) et pendant 1 an (1er juin 2014 – 31 mai 2015), ces 500 « testeurs » ont pu évaluer la qualité et l’intérêt des services de communication proposés (LSF, LPC, Oral, Écrit- vélotypie).

A présent, tout le monde attend. Les premiers résultats de l’expérimentation devraient être publiés en septembre 2015. Certains espèrent que la mise en place des CRT (Centre Relais Téléphonique), sera inscrite dans le projet de loi sur le numérique qui doit être débattu à l’automne conformément à ce qui a été annoncé lors de la dernière Conférence Nationale du Handicap du 11 décembre 2014. D’autres, fourbissent leur armes et se préparent à manifester, car il craignent que le projet soit reporté à… « plus tard ».

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Pour les interprètes en langue des signes, c’est un dossier aux enjeux considérables pour l’avenir de la profession et qui soulève de nombreuses questions.

D’abord il est indispensable, comme pour n’importe quelle situation de communication que nous interprétons (réunion, conférence, rendez-vous médical…) que les professionnels qui interviennent soient diplômés d’un master 2 délivré par l’une des cinq formations reconnues par l’AFILS (Association Française des Interprètes et Traducteurs en Langue des Signes).
Hélas tout le monde n’en est pas convaincu. Ainsi, lors de l’appel d’offres pour réaliser la phase d’expérimentation, la société Tadeo a déposé un recours en justice pour, notamment, demander que la mention de diplômes obligatoire ne figure pas dans les critères de sélection.

Le tribunal (dans son immense sagesse) a débouté l’entreprise avec cette imparable démonstration : « … en exigeant des candidats qu’ils justifient de ce que les agents chargés de la réception et des appels soient titulaires de l’un des diplômes d’interprète LSF d’Etat […] ou d’une qualification professionnelle parmi ceux listés à l’annexe 1 du cahier des clauses techniques particulières pour l’interprétariat en langue des signes française […] le pouvoir adjudicateur a exigé des qualifications qui, même en admettant qu’elles sont de nature à limiter la concurrence, sont objectivement justifiées par l’objet du marché et la nature des prestations de centre relais téléphonique pour les personnes sourdes ou malentendantes à réaliser… »

En effet, il ne faut pas croire qu’une conversation téléphonique peut se contenter d’une mauvaise interprétation, par des professionnels non formés. Les usagers, sourds et entendants, peuvent légitimement exiger de fortes garanties en matière de confidentialité et de conformité des propos. Qui n’a jamais passé un coup de fil à sa banque pour expliquer des difficultés financières ? Qui n’a jamais appelé son patron ou un collègue pour lui parler de problèmes relationnels au sein de son entreprise ? Qui n’a jamais appelé un médecin pour obtenir des résultats d’analyse ? Qui n’a jamais téléphoné à son copain ou sa copine pour lui dire qu’il l’aimait ou qu’ils se séparaient…
Avec les communications téléphoniques on entre dans l’intimité d’une personne, d’un couple d’une famille. Bref, seul des interprètes diplômés respectant le code déontologique de l’AFILS peuvent garantir le respect du secret professionnel et la fidélité aux messages qu’ils traduisent.

Mais si nous exigeons que la possession d’un diplôme bac +5 soit la condition sine qua non pour exercer en centre-relais, il faut alors assurer la formation des futurs interprètes F-LSF.
Quelle sera la demande ? Faudra-t-il embaucher 100, 200, 1500 interprètes en langue des signes prêts à s’enfermer dans une cabine, coincé devant une caméra vidéo ? A ce jour aucune étude sérieuse n’a été menée. En outre les nouvelles technologies (avatar, applications dans les smartphones…) ne vont-elles pas rendre ce service rapidement obsolète ou moins intéressant qu’on pourrait l’imaginer ?
Aujourd’hui nous sommes environ 400 interprètes diplômés en France. Que faire si le projet est officiellement lancé en 2016 ou 2017 sachant qu’il faut au minimum deux ans après la licence pour obtenir ce diplôme ? Qui traduira durant cette période ? Le service sera-t-il accessible 24h/24, 7j/7 ?
Dans ce cas , une question subsidiaire : qui seront les interprètes volontaires pour passer leur nuit du réveillon du 31 décembre à traduire des « bonne années » et des « bonne santé » jusqu’à 7h00 du matin ?

Enfin qui payera ? Le principe de ce service repose sur la gratuité en dehors du coût de la communication vers le destinataire final payé par l’abonné. Cette solidarité avec les sourds et les malentendants aura forcément un prix. Il faudra payer les infrastructures nouvelles et surtout les interprètes en langue des signes, les codeurs LPC et les transcripteurs (de la voix vers l’écrit).
Ou trouver l’argent ? Budget de l’État ? Mécénat ? Financement par le service universel du téléphone via un fond auquel participe l’ensemble des opérateurs de téléphonie ? Prélèvement sur les abonnements de tous les usagers ?

Aux Etats-Unis, les centres-relais coûtent plus de 650 millions de dollars par an aux consommateurs. Avant de vous évanouir en lisant ce chiffre, sachez qu’un rapide calcul ramène la somme à environ deux dollars par personne et par an. Il faut aussi rappeler que ce service bénéficiera à tous, sourds, entendants voulant entrer en communication avec un sourd mais aussi personnes âgées souffrant de déficiences auditives.
Avec cette idée en tête, on comprend que pour notre pays où la population ne cesse de vieillir, cet effort paraîtra peut-être plus anodin au regard du bénéfice qu’il apportera à chaque citoyen.

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Pour apprécier les luttes entre les différentes entreprises proposant des centres-relais, je vous conseille cet article paru sur le site Yanous : « Centre-relais, les grandes manoeuvres »

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© Stéphan – ( i ) LSF

Signes extérieurs : en Belgique

Profitons de cet été pour visiter d’autres pays et voir comment se porte ici ou là l’interprétation en langue des signes à travers des articles parus dans la presse papier ou internet.

Dernière escale, avant de revenir en France, chez nos voisins belges où 53 hôpitaux et 20 centres médicaux offriront d’ici à la fin du mois de septembre un service d’interprète en langue des signes pour les patients sourds ou malentendants comme nous l’explique l’avenir.net :

Un service d’interprètes pour les patients sourds ou malentendants dans les hôpitaux

visio interpretation

S’appuyant sur un site internet et sur la technologie de la vidéoconférence, ce dernier mettra par exemple en relation un patient, un membre du corps médical et un interprète localisé au sein de l’UZ Gand ou du CHU de Charleroi.

Laurette Onkelinx, la ministre fédérale de la Santé publique a présenté mardi lors d’une conférence de presse, organisée à Charleroi, les contours du projet. Initié en 2012 grâce notamment à l’engagement de deux interprètes au sein des services de médiations interculturelles de l’UZ Gand et du CHU de Charleroi, il s’adressait aux patients fréquentant 18 hôpitaux et 16 centres médicaux. Dans sa nouvelle mouture, il concernera davantage d’établissements, tous volontaires.

La possibilité de bénéficier gratuitement des services d’un interprète existe pour les personnes sourdes ou malentendantes. Elle est cependant limitée à quelques heures, a expliqué Laurette Onkelinx. En outre, selon elle, l’offre d’interprètes en langues des signes est relativement réduite.

Dans le cadre du projet, les patients pourront solliciter les services d’un interprète pour une consultation ou pour la prise de rendez-vous qui la précède. Ils pourront également en faire la demande s’ils se présentent aux urgences durant les heures de prestation des deux interprètes.

En Belgique, quelque 10.000 personnes utilisent la langue des signes.

© l’avenir.net : http://www.lavenir.net/

Signes extérieurs : en Hongrie

Profitons de cet été pour visiter d’autres pays et voir comment se porte ici ou là l’interprétation en langue des signes à travers des articles parus dans la presse papier ou internet.
En cette dernière semaine d’Août, cap sur la Hongrie où se développe un nouveau service de visio-interprétation, comme nous le raconte le site internet http://www.xpatloop.com .

Pour la 1ère fois en Hongrie,

un service de visio-interprétation

hongrie

Un nouveau service d’interprétation en langue des signes par visio-conférence a été lancé le 4 juillet 2013 en Hongrie. Il est accessible gratuitement pour les personnes sourdes qui souhaitent entrer en communication avec  l’hôpital Péterfy et la polyclinique gérée par la municipalité de Budapest.

Pour les personnes sourdes ou malentendantes la présence d’un interprète en langue des signes est indispensable pour pouvoir communiquer dans la vie de tous les jours.
Représentant la troisième communauté linguistique du pays avec environ 50 000 personnes s’exprimant en langue des signes hongroise, les sourds ont pris l’habitude d’utiliser gratuitement les services d’interprètes en langue des signes. Mais en cas d’accident, lors d’une intervention médicale urgente etc,  la présence de ces derniers n’est pas toujours possible d’où un risque grave de mauvaise communication, d’incompréhension de part et d’autre…

Heureusement, grâce à  la coopération conjointe de la Fondation Hallatlan et de la Fondation Vodafone Hongrie, un premier service d’interprètes en visio-conférence a été créé au sein de deux hôpitaux à Budapest, l’objectif étant de faciliter l’accès à un interprète lors de problèmes médicaux urgents.

Avec ce nouveau système et grâce aux développement des nouvelles technologies itinérantes (smartphones, tablettes…) un interprète en langue des signes peut être solliciter rapidement sans qu’il soit présent sur les lieux du drame (accident de la route, incendie…). Il suffit d’avoir un smartphone ou une tablette ayant le logiciel de visio-interprétation gratuitement disponible, pour ensuite contacter l’interprète assis devant une caméra dans un bureau de la Fondation Hallatlan. Et ceci 24h/24, 7 jours sur 7.

« Les téléphones mobiles aident les gens à se sentir plus en sécurité, nous pouvons par exemple appeler à l’aide dès que nous en avons besoin. Mais certaines des personnes plus vulnérables dans notre société ont parfois des difficultés à utiliser les téléphones mobiles alors qu’ils pourraient justement bénéficier d’avantages supplémentaires. Il s’agit d’un objectif important pour Vodafone de permettre aux personnes handicapées d’avoir accès à des services spécifiques via leur téléphone portable. C’est pourquoi, en collaboration avec la Fondation Hallatlan nous avons travaillé pendant des années à rendre la technologie mobile disponible afin de faciliter l’intégration sociale des personnes sourdes ou malentendantes.
Le premier résultat de notre coopération a été la création d’un dictionnaire de langue des signes disponible via un ordinateur, une tablette ou un téléphone mobile.
Ce service de visio-interprétation en langue des signes, unique en Hongrie, est une nouvelle étape importante destinée à rendre la vie des personnes ayant une déficience auditive plus facile », a déclaré Ibolya Gothárdi, Directeur des Ressources Humaines de Vodafone Hongrie, et membre du conseil d’administration de la Fondation Vodafone Hongrie.

« Le lancement du service de visio-interprétation en langue des signes est un début et  nous espérons que dans un proche avenir notre service gratuit sera disponible dans de nombreux hôpitaux ou établissements publics » a ajouté Bartos Pal, président de la Fondation Hallatlan.

« En tant que personne sourde, je rencontre de nombreuses difficultés chaque jour. Ma langue maternelle, la langue des signes hongroise n’est pas parlée par la majorité des gens. Cela rend donc la communication difficile, voire impossible. Ce nouveau service de visio-interprétation fournit une belle occasion de réduire de remédier aux difficultés de communication entre la communauté sourde et la communauté entendante, de nous rapprocher les uns les autres, de mieux nous comprendre, nous connaître »,  affirmait Fanni Weisz, le célèbre mannequin sourd lors de la conférence de presse qui présentait ce nouveau service.

Une amusante vidéo, destinée à expliquer le fonctionnement et les nombreux avantages de la visio-interprétation en langue des signes, a été réalisée par la Fondation Hallatlan. Et même si vous ne connaissez ni le hongrois, ni la langue des signes hongroise (ce qui est mon cas) vous comprendrez parfaitement le message…

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Source : http://www.xpatloop.com

Un entretien avec Frédéric Poivre, interprète F/LSF

Quelle chance !
Actuellement mon emploi du temps ne me laisse que peu de temps pour me consacrer à ce blog.

Heureusement, le week-end dernier, La Voix du Nord publiait une interview de Frédéric Poivre, interprète en langue des signes française depuis une dizaine d’années.

Je suis d’autant plus content de le citer qu’il fut mon 1er tuteur quand j’étais encore stagiaire. J’ai le souvenir d’un homme super sympa, attentif avec une langue des signes efficace et particulièrement dynamique.
Voici son interview où il vous parle de son parcours, de son métier et de Via, la Scop au sein de laquelle il travaille.

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Frédéric Poivre et la Scop « Via »
pour gommer le handicap des sourds

La reconnaissance de la langue des signes en tant que langue a part entière n’est reconnue que depuis la loi de 2005 portant sur l’insertion des personnes handicapées. Aujourd’hui, il existe treize interprètes en langue des signes française dans le Nord – Pas-de-Calais donc cinq sont installés à Roubaix, « pour des besoins de plus en plus criants », explique Frédéric Poivre, l’un des cofondateurs de « Via ».
Entretien avec celui qui a su concilier profession et éthique en essayant de gommer les différences et en travaillant en coopérative.

 Frédéric Poivre en visio interprétation relaie le message de la personne sourde (qui a un téléphone avec caméra) à l'entendant.
Frédéric Poivre en visio interprétation relaie le message de la personne
sourde (qui a un téléphone avec caméra) à l’entendant

 

Pourquoi avoir fait des études de langue des signes ?

« J’ai été scolarisé dans une école qui accueillait des enfants sourds. À la récréation, je voyais des échanges en langue des signes et ça m’interpellait déjà. Plus tard, j’ai rencontré l’association lilloise de formation en langue des signes et j’ai adoré cette langue que j’ai pratiquée, au départ, sans vue professionnelle. Le métier d’interprète m’attirait également. Devant le manque cruel d’interprètes en langue des signes française, j’ai décidé de concilier les deux. »

Pourquoi avoir choisi de créer une coopérative ?

« J’ai eu mon Master II (bac + 5) en 2004 à Paris. Je suis revenu dans le Nord, d’où je suis originaire. J’ai rencontré deux interprètes en libéral. Nous avons décidé de mettre en commun nos compétences, de travailler en binômes. Vous savez, pour couvrir une journée complète de conférence il faut être plusieurs ! Et la valeur de la coopérative nous importait : nous voulions être à la fois salariés de l’entreprise et en même temps lui donner son itinéraire, pouvoir rester collés au code de bonne pratique… Les décisions sont prises par le conseil des associés. Les bénéfices engrangés vont à l’entreprise. On fait tourner la boîte et on sait où on va. « Via » a été créé en 2004 à Douai. Nous sommes arrivés à l’hôtel d’entreprises Roussel à Roubaix en 2007 et nous sommes maintenant cinq interprètes, diplômés en langue des signes. »

Quels services apportez-vous aux personnes sourdes ?

« Nous intervenons sur la métropole, le département, la région et bien au-delà s’il le faut. Nous sommes interprètes en langue des signes français comme dans les langues vocales : nous traduisons en simultané le français en langue des signes. Nous faisons de la liaison entre deux personnes, une entendante et une sourde, ou dans des réunions, autant pour des particuliers que des entreprises du privé ou du public. Nous sommes aussi appelés dans des conférences. Par exemple, depuis trois ans, nous traduisons en direct le conseil municipal de Lille qui est retransmis par Streeming sur Internet. On nous demande aussi à des cérémonies des vœux, des bilans annuels… Cette année, nous étions aux meetings des candidats aux présidentielles et aux législatives. Nous sommes également à certains cours : nous sommes en lien avec des universités, comme Lille III ou la Catho à Lille. »

Faites-vous aussi de la traduction ?

« Oui bien sûr nous traduisons d’une langue écrite à un format vidéo, ou d’un petit film vidéo d’une entreprise à un autre petit film introduit en captation en médaillon dans cette vidéo. Nous faisons aussi de la prise de notes pour une personne sourde qui ne maîtrise pas la langue des signes par exemple. Nous pouvons également l’accompagner à un rendez-vous médical, à une négociation bancaire, chez le notaire… »

Votre métier est-il viable ?

« En période de crise, le financement des besoins est difficile. Mais nous répondons à toutes les demandes, même le soir et le week-end comme pour guider dans des musées… Nous restons collés au code de déontologie, une valeur. Et coopérative est notre force. ».

Propos recueillis par Marie-Claude Guillement.

© La Voix du Nord