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Rendre l’information télévisée accessible aux sourds (5)

Je vous ai récemment expliqué les enjeux liés à l’accessibilité de l’information télévisée pour les personnes sourdes et de la présence indispensable d’interprètes en langue des signes françaises (LSF).
Le premier billet de cette série est ici.

A présent quittons quelques instants Paris et portons notre regard vers les côtes ouest de la France pour nous rendre à Poitiers. Depuis un mois, France 3 Poitou-Charentes propose tous les samedi, à 12h00 et 19h00, deux journaux télévisés traduits en LSF permettant ainsi un décryptage de l’actualité régionale (politique, sportive, culturelle) pour les sourds.
L’émission s’intitule « Signature » et cette expérience est d’autant plus intéressante que manifestement, la ligne éditorial de ce journal est pensée pour la communauté sourde. Ainsi, dans l’exemple ci-dessous on évoque un spectacle de rue se déroulant à Poitiers et entièrement signé.
L’interprète en LSF de cette édition du 1er Octobre est Marion Le Tohic.

Rendre l’information télévisée accessible aux sourds (4)

Quatrième et dernière partie :

L’interprétation des journaux télévisés
en langue des signes française (LSF) aujourd’hui

France 2

Depuis le 4 septembre 2006, dans le cadre de l’émission Télématin, deux journaux d’informations d’une durée d’environ cinq minutes, sont interprétés dans l’émission à 6h30 et à 8h55, du lundi au vendredi.

Le premier journal est en moyenne regardé par 1 130 000 téléspectateurs et le second par 2 250 000.

Deux ans plus tard, le 6 septembre 2008, il est décidé que les journaux du samedi à 7h00 et à 8h40 seraient également interprétés.

Télématin est une émission de télévision française d’informations et de conseils pratiques, diffusée depuis le jeudi 10 janvier 1985 sur France 2 de 6h30 à 9h00.

L’émission fait se succéder des flashes d’information et des rubriques culturelles et de vie quotidienne. William Leymergie, l’animateur est également le producteur délégué de l’émission. Il fait office de rédacteur en chef pour la partie magazine de l’émission ; mais pas pour les journaux qui dépendent directement de la rédaction de France 2 et possèdent leur propre rédacteur en chef.

Télématin est également un des programmes importants pour TV5 Monde, qui le rediffuse sur l’ensemble de son réseau dans la journée dans près de 200 pays.

Pour assurer ce service, cinq interprètes de Serac se relaient : Sophie Charmet, Frédéric Chevalier, Michelle Kerdal, Nelly Plateau et Sandrine Schwartz (que vous pouvez voir en action ci-dessous).

Les chaînes d’informations en continu

Quelques années après CNN, de nouvelles chaînes françaises apparaissent sur le câble, le satellite et enfin la TNT. Le principe est le même : ce sont des chaînes thématiques réservées à l’actualité et qui fonctionnent comme un journal permanent proposant à leur auditoire des informations, certes mais aussi des reportages, des magazines, des débats…

Créée le 24 juin 1994, la Chaîne Info, plus connue sous le sigle LCI, est une filiale du groupe TF1. Chaîne à péage, elle est accessible notamment sur la TNT payante, le câble, le satellite et les réseaux de télécommunication à haut débit.

Première chaîne d’informations en continu lancée en France, LCI a été conçue pour s’adresser prioritairement aux téléspectateurs de la catégorie « CSP+ » (cadres supérieurs et dirigeants d’entreprises). Cependant, avec le lancement de ses concurrentes, la chaîne a fait évoluer son contenu éditorial vers un public plus large sans toutefois abandonner son cœur de cible. Les débats y sont nombreux, l’actualité économique est très présente en journée et rares sont les reportages sur le terrain, notamment en régions. La grille des programmes de LCI est construite autour des journaux, avec cinquante-cinq éditions par jour, autour desquels sont diffusés des débats et magazines.

iTélé (anciennement iTélévision), filiale du groupe Canal+, est librement accessible principalement sur la TNT, le câble, le satellite, l’ADSL TV, la télévision mobile personnelle et en lecture en continu sur Internet.

Créée le 4 novembre 1999 comme une chaîne à péage, iTélé devient une chaîne gratuite à son arrivée sur la télévision numérique terrestre française en octobre 2005.

En septembre 2008, face à la concurrence des autres chaînes, la nouvelle direction d’iTélé adopte un «nouveau modèle éditorial» visant à reconquérir ses parts d’audience. Ainsi, iTélé se veut désormais plus réactive, plus événementielle, avec une antenne «en direct intégral entre 6h00 et 0h15».

BFM TV, filiale du groupe NextRadioTV, est présidée par Alain Weill depuis sa création le 28 novembre 2005.

Elle est librement accessible principalement sur la TNT, le câble, le satellite, l’ADSL TV, la télévision mobile personnelle et en lecture en continu sur Internet.

Se basant sur les audiences fournies par l’institut Médiamétrie, elle se présente depuis juin 2008 comme «la 1re chaîne d’information de France, tous supports de réception confondus».

Le credo de BFM TV est l’actualité généraliste en continu, sous tous ses angles et à toutes les heures. Quelques émissions thématiques (politique, économie, débat…) sont proposées en plus de sa principale composante d’information: journaux et éditions «tout-en-images».

Ces trois chaînes pour précisément se conformer aux différentes dispositions législatives, auraient dû rendre 40 % de leur antenne accessible aux malentendants au plus tard en Février 2010. Mais, d’après leur calcul, cela aurait représenté «14 % de leur budget. Avec la crise, elles parlaient de mettre la clé sous la porte… Il a donc fallu trouver une solution qui convienne à tous, un vrai casse-tête !» explique Christine Kelly, en charge du dossier au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel.

«Mais elles se sont engagées à le faire et elles ont joué le jeu, certes, après un combat acharné, un travail difficile, nous avons négocié chaîne par chaîne et finalement nous y sommes arrivés».

C’est ainsi que ces chaînes, pourtant concurrentes, sont parvenues à trouver un accord et à se partager la journée en trois tiers égaux.

Selon la Convention signée avec le CSA, BFM TV s’engage à mettre à l’antenne «du lundi au vendredi entre 8 heures et 13 heures, trois journaux comportant un sous-titrage adapté aux personnes sourdes ou malentendantes ainsi qu’un journal traduit en langue des signes à 13 heures».

C’est à la Société Red Bee Media que BFM TV a confié l’ensemble de la gestion de son accessibilité aux sourds et malentendants. Cela signifie que non seulement cet opérateur lui fournit les sous-titres pour ces émissions mais aussi qu’il est responsable des interprètes. Toutefois, les discussions sont encore en cours pour la rédaction des contrats de travail. En effet, Red Bee Media ne souhaite pas s’adresser à un service d’interprètes mais préfère les missionner soit en tant que vacataires, soit comme auto-entrepreneurs.

Parmi les interprètes qui interviennent régulièrement, on notera : Nelly Plateau-Olivier, Laetitia Benasouli, Isabelle Lombard, Sandrine Mustière, Fabrice Penot…

Le journal de 13h00, d’une durée de 12 minutes, interprété en LSF, est regardé en moyenne par 90 000 téléspectateurs.

Selon la Convention signée avec le CSA, ITélé doit à mettre à l’antenne «du lundi au vendredi entre 21 heures et minuit, trois journaux comportant un sous-titrage adapté aux personnes sourdes ou malentendantes ainsi qu’un journal traduit en langue des signes à 17 heures».

Afin de respecter ses obligations, cette chaîne a décidé de signer un partenariat avec Serac qui lui fourni les interprètes en langue des signes, et comme sur France 2, chacun traduit en moyenne un journal par semaine.

Le journal de 17h (environ 10 minutes) interprété en LSF est regardé en moyenne par 90 000 téléspectateurs.

Enfin, pour LCI, les créneaux sont « du lundi au vendredi entre 14 heures et 20 heures, trois journaux comportant un sous-titrage adapté aux personnes sourdes ou malentendantes ainsi qu’un journal traduit en langue des signes à 20 heures».

Pour cela, cette chaîne a fait appel aux services de Sibils. Ainsi que nous l’expliquait une interprète de cette Agence d’interprètes, «LCI était très inquiet pour la mise en place de ces interprétations en direct, pour eux c’était la première fois. Aussi le fait que Sibils s’occupe également de l’interprétation des questions au gouvernement à l’Assemblée Nationale, cela les a rassurés». C’est donc ce service qui gère intégralement l’organisation, les plannings. La seule demande de LCI était d’avoir deux interprètes référents (Béatrice Blondeau et Frédéric Marchesand). «On leur a proposé un homme et une femme ils étaient d’accord et sur le contrat d’engagement, ce sont nos noms qui sont inscrits. Nous sommes identifiés, ils ne veulent pas que cela change sans arrêt qu’on tourne sans cesse. Ils veulent une vraie fidélisation. Bien sûr il y a des suppléants en cas de maladie ou de vacances».

Le journal à 20h00, d’une douzaine de minutes, interprété en LSF, est regardé en moyenne par 20 000 téléspectateurs.

Rendre l’information télévisée accessible aux sourds (3)

Premières apparitions d’interprètes en LSF à la télévision

Troisième et avant-dernière partie de notre série sur l’accès à l’information télévisée pour la communauté sourde où nous présenterons un rapide historique de la présence de la langue des signes française à la télévision avec l’apparition à l’écran des premiers interprètes en LSF.

Les deux premières parties sont ici et .

C’est en 1970 qu’une première émission de télévision est interprétée en LSF à la télévision française appelée à cette époque ORTF. Il s’agissait d’une émission religieuse présentée par le Père Claude Robert.

Puis, la visibilité de la langue des signes s’accroît : en Janvier 1979 une nouvelle émission en langue des signes est diffusée, « Mes mains ont la parole ». Destinée au jeune public sourd et malentendant elle est présentée par Marie-Thérèse L’Huillier puis, à partir de 1986 par Philippe Galant, un comédien également sourd. Elle sera diffusée jusqu’en juin 1988 sur Antenne 2 dans le cadre de l’émission de jeunesse Récré A2.

Souriante, la jeune conteuse raconte en langue des signes, accompagnée d’une voix off féminine, des histoires de contes et de légendes pour les enfants…

Son intervention débutait ainsi : « Regardez, regardez mes mains. Elles vont vous raconter une histoire. L’histoire…»

En 1992, sur France 3, une émission de «La Marche du Siècle» a pour thème «Le Peuple des Sourds». Cette émission, de débats et de reportages animée par Jean-Marie Cavada, avait pour objectif de présenter la communauté sourde en France. Comme le rappelait Daniel Abbou lors du Congrès de l’Unisda en 2007, «il y avait quatre interprètes sur le plateau, il y avait des traductions durant les reportages et il y avait un interprète juste à coté de Jean-Marie Cavada. C’était vraiment une situation exceptionnelle qui ne s’est jamais reproduite. Puis il y avait un quatrième interprète en médaillon pour interpréter tous les débats. Donc il y avait toute une organisation. C’était en 1992 et ce qui a permis effectivement à L’Oeil et la Main dans la foulée de se créer».

Seule émission en langue des signes du paysage audiovisuel français, «L’Œil et la Main», apparaît en 1995 sur France 5. Elle s’adresse aussi bien aux sourds qu’aux entendants. Présentée par Daniel Abbou et Isabelle Voizeux, chaque émission est consacrée à un thème illustré par un film documentaire ou un reportage. Les sujets évoqués sont variés : le militantisme politique, la situation de la communauté sourde en de nombreux pays, l’histoire des langues des signes, les sourds et la santé, la justice, le monde du travail… Le but est de mettre en images le point de vue de sourds et, ce faisant, de porter un regard différent sur ce monde. L’émission propose une traduction permanente entre le français et la langue des signes, et sa réalisation est supervisée par un comité éditorial composé de personnes sourdes d’âges et d’horizons différents qui travaillent en collaboration avec des réalisateurs entendants.

A cette même époque (1995), France 3 Midi-Pyrénées diffuse pendant plusieurs mois une émission mensuelle : « Pôle-Signes ». Produite et réalisée par Vidéo-Signes, société de production créée par Jacques Sangla (producteur et réalisateur sourd qui est à l’origine de Websourd) cette émission s’arrête après quelques numéros.

En 1998 le rapport Gillot est présenté à l’Assemblée Nationale. Afin que les sourds puissent suivre les débats une incrustation en médaillon à l’écran offre la traduction en langue des signes par un interprète. Depuis, ce même système est repris les mardi et mercredi lors des séances des questions au gouvernement.

En décembre 1975, sur Antenne 2, une première émission d’informations est proposée aux téléspectateurs sourds avec la collaboration de deux locuteurs entendants pratiquant la langue des signes et faisant office d’interprètes : Joëlle Lelu-Lapnièce et Claude Marcotte (enfants de parents sourds). Bi-hebdomadaire et intitulée «Le Journal des Sourds et des Malentendants» elle propose en 15 minutes un résumé des informations de la semaine.

Puis, en 1977, naît le premier journal télévisé hebdomadaire (diffusé chaque samedi vers 18h20) pour les sourds traduit en LSF sur Antenne 2 : «Le journal des sourds et malentendants» créé à l’initiative de l’Unisda. «C’est grâce à l’appui du premier ministre et du délégué général à l’information que l’Unisda a pu établir des contacts avec la direction d’Antenne 2 et elle fut reçue par son président, M. Julian. Une première série d’émissions expérimentales fut diffusée sur cette chaîne pendant les vacances de Noël 1975. L’expérience ayant été concluante, Antenne 2 a programmé de façon permanente une émission hebdomadaire composée d’un résumé des nouvelles de la semaine traduite en langage gestuel, accompagnée d’images sous-titrées».

Au tout début, c’était Claude Marcotte, lui-même journaliste, et neuf interprètes, qui traduisaient. Ses parents étant sourds, il était particulièrement impliqué dans ce projet. Il fut ensuite rejoint par Frédéric Astoux, journaliste, qui deviendra le responsable de ce journal. Le relais fut alors passé à des interprètes professionnels comme : Élisabeth Kraut, Francis Jeggli, Cécile Guyomarc’h ou Corinne Gache.

À cette époque les interprètes travaillaient de façon individuelle. Cependant, France 2 souhaitait travailler avec un service d’interprètes pour plus de fiabilité, plus de régularité, par exemple pour pouvoir facilement remplacer un interprète qui serait indisponible.

C’est pourquoi, le 6 septembre 1991, suite à une sollicitation de cette chaîne, Serac, un service d’interprètes, signe une première convention pour un flash d’informations quotidien de trois ou quatre minutes diffusés du lundi au vendredi vers 11h00 et interprété en LSF.

Un avenant est très rapidement ajouté au contrat (le 12 septembre 1991) pour compléter ce flash quotidien par un flash d’informations thématiques sur la surdité. Il s’agissait de délivrer des informations plus ciblées vers le public sourd : annonces d’événements, de conférences… Celui-ci était enregistré le vendredi et diffusé le samedi matin. Cependant, il fut rapidement supprimé de l’antenne.

A suivre…

Rendre l’information télévisée accessible aux sourds (2)

Des décisions politiques

Dans une première partie nous avons souligné l’importance pour la communauté sourde d’accéder à l’information notamment avec la présence d’interprètes en langue des signes française (LSF).

Voici, dans cette deuxième partie, les dispositions politiques qui ont permis la mise en place de cette accessibilité.

La loi du 11 Février 2005 (loi n°2005-102) intitulée « Loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées », accorde à la langue des signes française (LSF) une reconnaissance claire et sans détour dans son article 75 ( « la langue des signes française est reconnue comme une langue à part entière. Tout élève concerné doit pouvoir recevoir un enseignement de la langue des signes française » ).

Surtout, elle a modifié la loi du 30 septembre 1986, sur la liberté de communication.

C’est pourquoi, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), réuni en assemblée plénière le 26 juin 2007, après une période de concertation avec les diffuseurs et les associations représentatives des personnes sourdes ou malentendantes, a adopté les principes suivants :

1/ les chaînes hertziennes dont l’audience moyenne annuelle est inférieure à 2,5% de l’audience totale des services de télévision doivent s’engager à rendre accessibles aux personnes sourdes ou malentendantes, par des dispositifs adaptés (interprètes, sous-titrages…) définis en concertation avec les associations représentatives, et en particulier aux heures de grande écoute, 40% des émissions, hors écrans publicitaires, à compter de l’année 2010, en s’attachant notamment à assurer l’accès à la diversité des programmes diffusés ;

2 / les chaînes conventionnées du câble et du satellite doivent s’engager à rendre accessibles aux personnes sourdes ou malentendantes, par des dispositifs adaptés (interprètes, sous-titrages…) définis en concertation avec les associations représentatives, et en particulier aux heures de grande écoute, 20% des émissions, hors écrans publicitaires, à compter de l’année 2010, en s’attachant notamment à assurer l’accès à la diversité des programmes diffusés.

Cela signifie que toutes les chaînes publiques et certaines chaînes privées (TF1 – M6 – Canal +) ont l’obligation de sous-titrer tous leurs programmes, quel que soit leur mode de diffusion.

Cette loi déclarait Anne-Marie Monchamp, actuelle Secrétaire d’Etat aux Solidarités et à la Cohésion Sociale,  «est une victoire politique au sens large du terme puisque c’est une victoire de la citoyenneté. En ayant accès à la télévision, les personnes sourdes et malentendantes sont désormais des citoyens comme les autres, si vous me permettez l’expression des citoyens ordinaires».

Fin 2008, selon les chiffres publiés par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, toutes les grandes chaînes dépassaient la barre de 50% de programmes sous-titrés et la plupart avaient même atteint le seuil de 75% et l’objectif des 100% de sous-titrages a été quasiment atteint en Février 2010.

Par exemple, Canal + sous-titre ses programmes emblématiques depuis le 1er Février 2010 tels que « Les Guignols » ou « Le Grand Journal » tandis que France Télévisions a sous-titré (en direct) les épreuves des jeux olympiques à Vancouver.

Cette première étape franchie, de nouveaux objectifs ont été définis par le Gouvernement dans le «Plan Gouvernemental 2010-2012 en direction des personnes sourdes ou malentendantes».

Dans la continuité de la loi du 11 février 2005, ce plan doté de 52 millions d’€ comprend 52 mesures concrètes en direction des personnes sourdes ou malentendantes pour :

– améliorer la prévention, le dépistage et l’accompagnement lors de la découverte d’une déficience auditive.

– mieux prendre en compte la déficience auditive à tous les âges de la vie (école, enseignement supérieur, emploi, personnes âgées devenues sourdes)

– rendre notre société plus accessible aux personnes sourdes ou malentendantes (accès à l’information et à la culture, téléphonie, développement des métiers de l’accessibilité).

Concernant ce dernier point, il est précisé qu’afin de renforcer l’accès à l’information et favoriser l’accès à la culture, le plan prévoit par exemple la mise en place par France Télévision, dès 2011, d’au moins un journal télévisé du soir traduit en langue des signes (mesure n°38). Toutes les campagnes audiovisuelles publiques et les spots des campagnes électorales officielles seront désormais accessibles aux personnes sourdes et malentendantes (mesure n°39).

Nous en verrons les conséquences concrètes sur les programmes télévisés dans un prochain billet.

A suivre…

Rendre l’information télévisée accessible aux sourds (1)

Devenir un citoyen à part entière

Université d’été du Parti Socialiste à La Rochelle, Campus de l’UMP à Marseille, organisation de primaires pour désigner le candidat du PS, vote des militants d’Europe Ecologie Les Verts en faveur d’Eva Joly… la campagne en vue de l’élection présidentielle est déjà bien engagée.

Pendant longtemps pour la communauté sourde, ces événements demeuraient largement incompris voire inconnus car inaccessibles. En effet, ils n’avaient connaissance de ces informations, ces dernières n’étant pas ou très peu traduites en LSF.

Or, comme le souligne Arlette Morel, ancienne Présidente de la Fédération Nationale des Sourds de France et initiatrice du premier service d’interprétation Français/LSF à Paris, «l’interprétation en langue des signes permet aux sourds d’avoir accès in vivo à l’information. Autrefois, il y a une vingtaine d’années, en matière de politique, les sourds étaient influencés par leur entourage immédiat, souvent ils votaient comme leurs parents. Ils n’avaient pas accès aux débats télévisés à l’occasion desquels les candidats présentent leur programme. Aujourd’hui, des meetings sont interprétés le débat opposant les deux candidats à la dernière élection présidentielle [1995] a été rediffusé accompagné d’une interprétation en LSF. Cela représente un gros progrès. Si on leur en donne les moyens, les sourds peuvent être des citoyens responsables et autonomes. Il faut que les sourds aient accès à la culture, à la formation et à l’information».

Si le «réveil sourd» a permis à cette communauté de se prendre en main, d’affirmer son existence, il a également mis en lumière la difficulté pour cette population non seulement d’accéder mais aussi de comprendre l’information.

Or, comme le rappelait l’ancien ministre délégué à la Sécurité sociale, aux Personnes âgées, aux Personnes handicapées et à la Famille, Philippe Bas «l’accès à la télévision est la condition même de la participation à la vie sociale. Informer, divertir, offrir à chacun les clés pour trouver sa place dans la société, pour devenir citoyen et s’ouvrir à la culture de son pays, telles sont les missions de la télévision».

En ce domaine, la situation vécue par les sourds est bien différente de celle des entendants et s’ils ne font pas preuve d’un certain acharnement, ils passent immanquablement à côté de l’information. En effet, les entendants sont inondés par un flot continu d’informations sonores provenant de médias multiples (radio, télévision, Internet, téléphonie) qui leur permettent plus facilement et plus rapidement de se construire une opinion, tandis que les sourds ont bien conscience d’être largement sous-informés et en constant décalage par rapport au reste de la société.

Certes, il est vrai qu’aujourd’hui internet offre une information écrite à tout moment de la journée mais encore faut-il avoir accès à ce moyen de communication. Quand bien même, il apparaît souvent des problèmes de compréhension liés au vocabulaire propre aux informations qu’elles soient nationales ou internationales. Et il est parfois difficile pour un sourd d’en saisir tous les mots, les subtilités et autres implicites, et donc, d’avoir accès au sens réel. L’information délivrée par un journaliste, qu’elle soit écrite ou télévisée, se base sur des idées, des concepts et fait référence à des notions, des événements ou à des personnalités qui peuvent être inconnus d’une majorité de sourds.

Ainsi, beaucoup de sourds ne s’approprient pas l’écrit et la lecture, malgré des années d’apprentissage scolaire et/ou ont de graves lacunes en français qui les mettent en situation d’échec. Selon le rapport de Dominique Gillot, alors député du Val d’Oise (1998), en France le pourcentage de sourds illettrés est de 60 à 80 % sur 4 millions de personnes sourdes environ : les chiffres variant selon les paramètres qui peuvent aller de l’enfant né sourd à la personne âgée devenue sourde.

C’est pourquoi les sourds, et particulièrement l’UNISDA (Union Nationale pour l’Insertion Sociale du Déficient Auditif) se sont battus pendant des années pour obtenir un accès à l’information télévisée non seulement via les sous-titres mais surtout grâce à la présence d’interprètes en langue des signes afin d’avoir un accès quotidien à l’information.

Passerelle entre deux communautés, l’interprète en LSF devient alors une clé pour que chaque sourd puisse être librement un citoyen à part entière.

A suivre…