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Des GayPride accessibles dans la joie et la LSF

On ne peut pas devenir interprète en langue des signes sans être persuadé que les Sourds sont des citoyens à part entière et autonomes ce que la société française en général et nos hommes politiques en particulier ont tendance à oublier.

Dans les années 80/90, à l’issue du mouvement des années 70 qu’on a appelé le Réveil Sourd, les interprètes F-LSF étaient très liés à la communauté sourde. Il s’agissait pour cette jeune profession de s’affirmer via un combat, un militantisme commun autour justement de cette reconnaissance de l’individu sourd en tant que citoyen autonome ; ils étaient avec les sourds pour traduire mais aussi pour soutenir leurs revendications autour de la reconnaissance de l’identité sourde, de la culture sourde, de leur langue, la LSF et bien sur de leurs besoins en interprétation.
Cela a d’ailleurs donné lieu à plusieurs recherches universitaires autour de ce thème : « Interpréter en langue des signes est-ce un acte militant ? » (Christine Quipourt et Patrick Gache ou Maud Thibault).

Aujourd’hui la professionnalisation de notre métier a sans doute entrainé un éloignement entre cette communauté et les interprètes, au profit d’une plus grande neutralité. On peut certes le regretter mais cela a aussi permis d’avoir une image plus légitime et crédible auprès des entendants et éviter l’amalgame interprète = communauté sourde.
En outre, nous restons, bien sur (et j’espère fièrement), des ambassadeurs de la langue des signes et de la culture sourde auprès de la société entendante.

Par ailleurs, ce gout commun pour le militantisme n’a pas entièrement disparu. Il a évolué vers de nouvelles revendications, également partagées, comme l’accessibilité pour tous, l’égalité des droits au sein de la société, le refus des discriminations, la protection de l’environnement…

Ce n’est donc pas un hasard si cette année encore, en ces jolis mois de juin et de juillet, les marches des fiertés (gay pride pour les plus anciens) sont l’occasion de voir un peu partout en France, des interprètes F-LSF traduire les discours en tête des cortèges : à Paris, bien sur et dans les grandes villes françaises comme Nantes, Montpellier, Lille, Lyon…
Par leur présence, les interprètes permettent aux sourds d’accéder aux débats, au discours, mais aussi de revendiquer, de manifester d’être vus et entendus par la société civile. C’est ainsi que nos deux communautés se rapprochent à nouveau auprès de valeurs communes.

Car interpréter c’est aussi s’engager à agir pour et avec les autres.

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© Stéphan – ( i ) LSF

Journaux télévisés : des mots, des mots, mais peu de signes

Mardi 14 janvier 2014, Marie-Arlette Carlotti, Ministre déléguée aux personnes handicapées et à la lutte contre l’exclusion, déclarait :

« La reconnaissance de la Langue des Signes Française, prévue par la loi, trouve toute sa place dans le secteur culturel. Vous ne vous y êtes pas trompée, Madame la Ministre Aurélie Filippetti, en remettant il y a quelques mois les insignes d’Officier de l’ordre des Arts et des Lettres à Emmanuelle Laborit, directrice de l’International Visual Theatre. Nous devons aussi généraliser l’usage de la Langue des Signes Française à la télévision. Sous l’impulsion du CSA, les chaînes privées, et en particulier les chaînes d’information continue, ont fait de gros efforts en la matière. Désormais, il nous faut aller plus loin, en particulier sur les chaînes publiques pour que les téléspectateurs signants puissent suivre un journal télévisé du soir. Nous ne devons plus, en 2014, considérer la Langue des Signes comme une contrainte éditoriale. D’autres pays ne font plus la fine bouche devant cette accessibilité citoyenne. Le CIH a prévu un groupe de travail qui devra être installé prochainement pour envisager le développement de l’accessibilité télévisée en LSF en utilisant les canaux numériques. Mais l’affichage, pour tous, de la LSF à l’écran reste possible et nécessaire. Soyons fiers de notre Langue des Signes Française et montrons là ! »

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Les adeptes du verre à moitié plein ne pourront que se réjouir de cette annonce.
Enfin, la France, après de nombreux pays comme nos voisins belges (le JT de 19h30) ou suisses (le JT de 19h) se décide à pleinement reconnaître aux sourds le droit à l’information en la rendant accessible, à une heure de grande écoute sur une chaîne publique grâce à la présence d’interprètes en langue des signes française. Mieux, la Ministre, reconnaissant la beauté de cette langue veut qu’elle s’affiche, que nous en soyons fiers et propose… la création un groupe de travail. Soit.

Les contemplateurs du verre à moitié vide remarqueront simplement que lors de la campagne pour les primaires du PS à Marseille, Marie-Arlette Carlotti, pourtant fortement engagée dans le combat n’a jamais fait traduire en lsf ni ses interventions, ni ses discours, que sa campagne malheureusement fut largement inaccessible aux sourds faute d’interprètes.
Les mêmes souligneront surtout que ses voeux en tant que ministre en charge du handicap diffusés actuellement sur son site ne sont ni traduits en lsf ni même sous-titrés en français et ils auront alors l’étrange sentiment que ce discours, récemment prononcé, le fut d’abord pour faire plaisir aux membres de la Commission nationale culture-handicap mais que cela n’ira pas plus loin. Ils sortiront alors de la naphtaline ce fameux adage de Jacques Chirac : « les promesses n’engagent que ceux qui veulent bien y croire ».
Et ils en concluront perfidement que notre ministre devrait s’appliquer à elle-même ses beaux préceptes pour être crédible.
Enfin, ils ajouteront, un peu désabusés, que si déjà, on se décidait à totalement appliquer la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, l’accessibilité à l’information donc à la citoyenneté serait garantie comme le soulignait Jérémie Boroy dans un article de Libération il y a deux ans.

Quant à moi, je rappellerais simplement que déjà, à la fin des années 90, l’ancien Ministre délégué aux personnes handicapées, Philippe Bas affirmait que « l’accès à la télévision est la condition même de la participation à la vie sociale. Informer, divertir, offrir à chacun les clés pour trouver sa place dans la société, pour devenir citoyen et s’ouvrir à la culture de son pays, telles sont les missions de la télévision ». 
Qu’en ce domaine, la situation vécue par les sourds est bien différente de celle des entendants et que s’ils ne font pas preuve d’un certain acharnement, ils passent immanquablement à côté de l’information. En effet, nous, entendants, sommes inondés par un flot continu d’informations sonores provenant de médias multiples (radio, télévision, Internet, téléphonie) qui nous permettent plus facilement et plus rapidement de se construire une opinion, tandis que les sourds ont bien conscience d’être largement sous-informés et en constant décalage par rapport au reste de la société du fait de l’inaccessibilité de certains supports comme la télévision.

Et je conclurais que c’est pourquoi seule la présence d’interprètes F/LSF permettra à la communauté des sourds seigneurs d’avoir un accès in vivo à l’information télévisée, d’être ainsi des citoyens autonomes dans une société un peu plus égalitaire.
La proposition de la Ministre est légitime, son discours fut beau, espérons que les actions entreprises seront à la hauteur des espérances.

 

PS : en septembre 2011 j’avais rédigé une série de textes intitulés : « rendre l’information télévisée accessible aux sourds« .

Quand Pierre Desproges « faisait » l’interprète en langue des signes

Nous sommes dans les années 80 et Pierre Desproges s’essayait à l’interprétation en LSF.
On ne peut manquer de remarquer un certain réalisme dans le choix de ses signes et des expressions de son visage…

http://dai.ly/x2tr5h

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Merci à ma collègue Christine Peuch a qui nous devons cette trouvaille.

7 conseils pour bien accueillir un interprète en langue des signes

Il y a quelques mois je vous proposais 7 astuces pour martyriser un interprète en langue des signes.

Aujourd’hui, plus sérieusement, voici quelques conseils sous forme de 7 questions/réponses pour vous permettre d’accueillir et de travailler en bonne harmonie avec un interprète en langue des signes.

interprète ok

Pour cela, imaginons que dans quelques jours vous participez à une petite réunion ou un entretien individuel en présence d’un ami, d’un collègue, d’un usager sourd.

La présence d’un interprète F/LSF n’étant pas habituelle, vous allez immanquablement vous poser des questions comme :

1- Ai-je vraiment besoin d’un interprète en langue des signes ?

Oui si la langue première (ou maternelle) de la personne sourde est la langue des signes.
Mais être sourd ne signifie pas automatiquement être locuteur en langue des signes. En effet, au sein de la communauté sourde se trouve des profils variés, il n’y a pas un type de sourd comme il n’y a pas un type d’entendant : ça va des sourds légers aux sourds profonds, des nés sourds aux devenus sourds…
Pour certains sourds leur langue d’apprentissage et d’expression naturelle est la LSF (le français écrit n’ayant été acquis que plus tard, comme une langue étrangère), d’autres en revanche ont été éduqués dans l’oralisme et s’expriment plutôt en français en utilisant la lecture labiale.
Néanmoins il faut savoir que la lecture labiale (pour les sourds appareillés par exemple), ne fonctionne que si les deux interlocuteurs sont face à face. De plus elle exige une concentration intense, elle fatigue rapidement. D’ailleurs on ne comprend que 25 à 30% du message, le reste du discours étant reconstruit grâce au contexte, à l’ingéniosité du sourd…

D’autres encore préféreront peut-être passer par l’écrit. Mais c’est long, ça manque de réactivité c’est plus laborieux.

Il est donc important de demander à la personne sourde dans quelles conditions elle souhaite que se déroule l’entretien ou la réunion, en utilisant quel mode de communication pour éviter de faire venir un interprète en langue des signes pour rien.

Par chance, dans le cas présent, la langue maternelle de votre collaborateur sourd est la langue des signes française (que vous ne pratiquez pas). C’est pourquoi vous avez pensé à réserver un interprète F/LSF diplômé. Bravo !

2- Faut-il installer l’interprète en langue des signes dans une pièce spécialement aménagée ?

Non, et contrairement à mes collègues interprètes en langues orales nous n’avons pas besoin de cabines ou de casques audios.
Il faut juste vérifier quelques détails en se rappelant simplement que la communication entre la personne sourde et l’interprète s’établissant via le regard, c’est lui qu’il faut privilégier (ou protéger).
Ainsi on évitera de placer l’interprète devant un mur bariolé (façon arc-en-ciel) ou couvert de tableaux reproduisant des oeuvres de Picasso, Miro ou Nicolas de Stael. Le mieux est de le placer devant un fond uni pas trop clair.
Idem, on n’installera pas l’interprète dos à une fenêtre la personne sourde en le regardant risquant d’être éblouie, gênée par le contre-jour.
La pièce doit être bien éclairée (lumière naturelle ou artificielle). S’il est prévu de projeter des documents ou un film non sous-titrés (que l’interprète devra donc traduire), pensez, si vous diminuer l’éclairage, à garder un point lumineux sur l’interprète pour qu’il puisse être vu.

3- Dois-je m’asseoir en face de l’interprète ?

Non, à coté.
En effet, la personne sourde doit être assise face à l’interlocuteur principal l’interprète s’asseyant à coté de ce dernier. Il est important que la personne sourde puisse voir celui ou celle qui s’exprime tout en ayant accès à la traduction.
Dans tout discours, vous adressez deux messages bien distincts à votre auditoire. Le premier par votre voix (ou les signes via l’interprète), le second par votre apparence, vos attitudes et vos mouvements. Or, des recherches ont montré  que plus de la moitié des communications humaines se fait de façon non verbale. Lorsque vous parlez devant un groupe, vos auditeurs jugent le message et le messager. Les personnes sourdes doivent également avoir accès à ces informations en vous regardant tout en recevant la traduction du discours.

4- L’interprète peut-il m’aider durant l’entretien ?

Non, car il est uniquement là pour permettre une communication fluide, totale et sans malentendus entre sourds et entendants. Aussi, durant sa prestation évitez de lui poser directement des questions sur son métier, son parcours, la surdité ou de lui demander un conseil car il ne pourrait pas en même temps traduire et répondre à vos question.
En outre comme le précise son code déontologique article 3, il est neutre : « L’interprète ne peut intervenir dans les échanges et ne peut être pris à partie dans la discussion. Ses opinions ne doivent pas transparaître dans son interprétation ». 

En revanche une fois l’entretien fini vous pourrez bien sur lui poser toutes les questions que vous voudrez et, en accord avec la personne sourde, il se fera un plaisir de satisfaire votre curiosité.

5- Dois-je parler lentement ?

Non.
Parlez exactement comme vous le faites habituellement, essayer d’oublier la présence de l’interprète. On pense à tort que les langues gestuelles seraient plus lentes à exprimer des idées… C’est faux, en deux signes on peut parfaitement traduire une phrase de plusieurs mots.
Simplement s’il y a de nombreux noms propres ou autres sigles pensez à les épeler pour être sur que l’interprète les dactylologiera correctement.
Et s’il rencontre la moindre difficulté à comprendre votre discours ou si vraiment vous parlez trop vite, il n’hésitera à vous arrêter pour vous demander des éclaircissements.
Nous avons un devoir de fidélité dans l’interprétation. C’est à dire que nous devons tout traduire. Si nous ne vous comprenons pas ou que nous n’avons pas eu le temps de traduire la liste complète des nouveaux embauchés on vous demandera très gentiment de bien vouloir répéter.

D’ailleurs cette obligation de fidélité fera que nous signalerons tous les événements sonores qui pourraient se produire durant la réunion : le téléphone de l’un qui ne cesse de sonner et qui perturbe tout le monde, la perceuse électrique dans la pièce d’à-coté, le coup de tonnerre qui fait sursauter tout le monde…

6- Puis-je faire confiance à l’interprète F/LSF ?

Oui, vous pouvez tout dire, évoquer les secrets industriels de votre entreprise, délivrer des informations médicales, révéler une stratégie ultra-confidentielle pour faire couler une société concurrente etc, il ne répétera rien.
Tous les interprètes en langue des signes ayant suivi un des 5 cursus universitaires reconnus par l’Afils, respectent le secret professionnel qui leur est imposé ainsi que le stipule l’article 1 du code déontologique de l’Afils (Association Française des Interprètes en Langue des Signes) : « L’interprète est tenu au secret professionnel total et absolu dans l’exercice de sa profession à l’occasion d’entretiens, de réunions ou de conférences non publiques. L’interprète s’interdit toute exploitation personnelle d’une quelconque information confidentielle ».

7- Un interprète peut-il traduire 2 heures sans prendre de pause ?

Non car ce n’est pas une machine.
Généralement on considère que pour garantir une interprétation de qualité un interprète ne peut travailler plus de 50mn d’affilées. Donc, si votre réunion doit durer une heure et demi / deux heures il faudra prévoir une pause d’une dizaine de minutes pour qu’il puisse reposer ses mains et son cerveau. Si la réunion doit durer plus de 2 heures ou que vous ne pouvez pas aménager de pause alors vous devrez prendre 2 interprètes qui se relaieront toutes les 15mn environ.

Et si, cerise sur le gâteau, le matin vous l’accueillez en lui proposant un café et quelques viennoiseries ou, en fin d’après-midi vous lui servez une coupe de champagne accompagnée de petits fours soyez assurés qu’il vous sera éternellement reconnaissant de cet accueil chaleureux.

Quelles qualités pour un interprète en langue des signes ?

Malheureusement ces dernières semaines je ne consacre pas assez de temps à mon blog mais je suis sur que cela n’est que temporaire.
Heureusement d’autres que moi s’intéressent au métier d’interprète en langue des signes. Et leurs écrits me permettent d’alimenter notre réflexion.

Ainsi, l’Association « Bébian, un autre monde » a consacré son numéro de rentrée aux interprètes en langue des signes.

A travers le témoignage de cinq interprètes professionnels, ce journal dresse un joli portrait de notre profession, dont la mission est d’abord de « rendre intelligible la parole de l’Autre, vocale ou gestuelle. Tache aussi fondamentale qu’ardue car il ne s’agit pas tant de naviguer entre 2 langues que de saisir l’intention, la pensée, qui avec toutes ses nuances, s’exprime à travers un système linguistique, pour la restituer avec un respect maximal. »
Cela demande donc des qualités, des connaissances particulières. Ainsi comme le rappelle Guylaine Paris, interprète F/LSF et ancienne présidente de l’Afils, « il s’agit d’un métier de la communication. Il faut donc avoir les qualités de ce type de profession : politesse, savoir-vivre, patience, être à l’aise dans les relations humaines. De plus, du fait que notre travail consiste à prendre la parole de quelqu’un pour la transmettre à une autre personne, l’humilité doit être de mise, il ne faut pas se mettre en avant. Il faut avoir conscience qu’une parole est fragile et que lorsqu’on nous la confie, elle doit être manipulée avec précaution, ce qui implique d’être attentif à l’autre, soigneux et rigoureux. Il y en a bien d’autres bien sur : l’honnêteté, la curiosité, l’autonomie, le contrôle de soi. Il ne s’agit pas d’être parfait mais d’avoir conscience que ces qualités permettent d’instaurer un climat de confiance qui permet de travailler plus sereinement donc mieux. »

Pour poursuivre la lecture de cette interview et découvrir les autres, cliquez sur l’image :

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La page Facebook de l’Association Bébian, un Autre Monde

Quand interprétation rime avec conviction

Tandis que le nord-est des Etats-Unis se préparait à l’arrivée de la tempête hivernale « Nemo », les responsables gouvernementaux ont tenu de nombreuses conférences de presse pour annoncer les mesures à prendre et notamment conseiller au gens de rester chez eux.

Et comme nous sommes aux Etats-Unis, l’intégralité des messages étaient traduits en ASL (American Sign Language).
D’ailleurs lors de la tempête Sandy nous avions déjà fait connaissance avec Lydia Callis, la très expressive interprète du maire de New-York.

Voici à présent celle du gouverneur du Massachussetts Patrick Deval, dont l’énergie dégagée par son interprétation a retenu l’attention des américains.

À tel point qu’ils en ont fait un GIF :

tumblr_mhxzrusD4y1qdlh1io1_500Vous pouvez continuer à admirer sa performance
en cliquant sur ce lien : The Blaze

Merci à Brain Magazine qui m’a signalé cette étonnante image.

Les sourds dans la société française du XIXè siècle

Elle est interprète F/LSF en région parisienne et elle fut mon professeur de « techniques d’interprétation » durant mon M1 à l’université de Paris VIII.
Deux bonnes raisons pour évoquer l’ouvrage de Florence Encrevé, « Les sourds dans la société du XIXè siècle » issu de la thèse qu’elle a soutenu il y a quelques années.

Voici comment la quatrième de couverture présente le contenu du livre :

« En 1880, à la suite du Congrès de Milan – réuni officiellement « pour l’amélioration du sort des sourds-muets » – le gouvernement français décide de proscrire la langue des signes des écoles pour sourds et d’y imposer l’usage du français oral tant pour la transmission des connaissances que pour les échanges quotidiens des professeurs et des élèves, y compris des élèves entre eux. Aujourd’hui encore, aux yeux des sourds, ce Congrès symbolise une véritable « révolution négative », incompréhensible et aux conséquences lourdes puisqu’elles sont encore perceptibles en ce début de XXIe siècle.

Comment expliquer une telle décision ? Alors qu’entre 1830 et 1860, Ferdinand Berthier et ses « frères » sourds parviennent à faire entendre à la société qu’ils sont en mesure d’accéder à l’égalité civile grâce à l’utilisation de la langue des signes, la langue des signes va rapidement être victime de l’idée de progrès.

En cette période des débuts de la révolution industrielle, tout est encore possible et les sourds peuvent revendiquer l’utilisation de la langue des signes dans tous les domaines. Mais entre 1860 et 1880, l’idée de progrès conquiert peu à peu presque tous les domaines de la société et au lendemain du Congrès de Milan en 1880, les sourds ne peuvent plus revendiquer l’utilisation de la langue des signes comme c’était le cas après la Révolution de 1830.
Paradoxe surprenant au premier abord : alors que la société progresse vers davantage d’égalité civile, comment expliquer que les sourds se sentent en situation d’inégalité et demandent à être à nouveau considérés comme ils l’étaient auparavant ? Telle est l’interrogation centrale de ce livre.

L’étude commence en 1830 lorque la Monarchie de Juillet montre la volonté d’appliquer les principes de 1789 et s’arrête en 1905 date du vote de la loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat, traditionnellement considérée comme celle de l’achèvement effectif de la Révolution française.
L’ouvrage renouvelle la perception de la communauté sourde, non seulement au plan de l’histoire et de l’historiographie mais aussi de l’actualité et de l’évolution des rapports entre les sourds et la société d’aujourd’hui. »

Sourds au XIXè

Un dernier détail qui me ravit : une traduction en langue des signes française de l’ouvrage est en cours (l’introduction est déjà visible). Un flash code imprimé dans le livre y donne accès.

Handichat, du 12 au 16 novembre 2012

Créée en 1997, la Semaine pour l’emploi des personnes handicapées mobilise recruteurs, candidats handicapés, journalistes et, plus largement, toutes les personnes concernées par le handicap et les problèmes d’accessibilités à l’emploi.

Les interprètes en langue des signes française sont bien sur largement concernés par ces problématiques autour de l’emploi et du handicap car régulièrement nous traduisons des entretiens d’embauche, des bilans de compétences, des entretiens annuels d’évaluation, des entretiens de licenciement…

Cette Semaine (du 12 au 16 novembre) se décline en différentes actions nationales et régionales, coordonnées par l’Agefiph autour d’un enjeu de société qui, en France, concerne plus de 1,8 million de personnes : l’insertion professionnelle et le maintien en emploi des personnes handicapées dans les secteurs publics et privés. Défi d’autant plus difficile à réaliser en cette période où les mots crise, chômage, récession, austérité reviennent tels des refrains lancinants dans les informations écrites ou télévisées.

Parmi les nombreux événements,  l’Agefiph et Interneto proposent la 5e édition de l’opération HandiChat, événement exceptionnel en direct sur internet.

C’est une véritable Web TV consacrée à l’emploi et au handicap qui émettra entre 9h et 20h durant 5 jours. Se succéderont des rencontres en direct avec les DRH ou responsables de la mission handicap de cinquante sociétés (grande distribution, industrie, transports…). Tout au long de la semaine, le site réceptionne les CV des candidats et les transmet aux entreprises visées. Vous pourrez également intervenir via des chats vidéo qui vous permettront de dialoguer avec des entreprises qui recrutent, d’obtenir des conseils sur l’insertion, la formation, l’évolution, la création d’entreprises, des portraits de personnes handicapées, des reportages etc.

Le site HandiChat.fr est accessible à toutes les personnes quel que soit leur handicap.
Un effort particulier a été fait pour le public sourd et malentendant. Ainsi, une fenêtre vidéo permet de suivre les débats interprétés en langue des signes française grâce à la société SIBILS, agence d’interprètes français/LSF (qui est l’un de mes employeurs).
La transcription en temps réel est assurée par la société Système Risp.
Enfin l’ensemble des reportages, interviews et des portraits réalisés pour l’opération HandiChat sont diffusés avec des sous-titres, afin de faciliter la compréhension des personnes malentendantes.

C’est donc une occasion unique de voir et de comprendre ce que serait une télévision accessible à 100 % pour les sourds et malentendants, quel que soit leur mode de communication. C’est aussi la possibilité d’admirer de regarder chaque jour une équipe de 4 interprètes en LSF se relayant toutes les 15 minutes durant 11 heures.

Notons enfin que les vidéos des chats (interprétés en langue des signes française) sont consultables sur le site d’Handichat durant un an après leur diffusion.

Malaise au sein de la profession

C’est l’automne, la nature se pare de ses couleurs ocre, marrons, orange, les étudiants retournent à l’université. Parmi eux, on compte un nombre croissant de futurs interprètes français/langue des signes française. En effet, il existe à présent, en France, cinq formations universitaires (à Paris, Lille, Toulouse et récemment Rouen) qui délivrent le précieux diplôme Master 2 « Interprète F/LSF » reconnu par l’AFILS.
Spontanément on devrait se réjouir devant cette évolution positive. On se dit que l’offre va enfin combler la demande. On entend assez ici ou là que le nombre d’interprètes est insuffisant, qu’il faudrait plus de « vrais professionnels diplômés », donc d’étudiants…
On imagine facilement que l’avenir de ces derniers ou d’autres en reconversion professionnelle est assuré : depuis le vote de la loi du 11 Février 2005 pour l’égalité des droits et des chances la participation et la citoyenneté des personnes handicapées chaque administration, chaque entreprise bref, la société française dans son ensemble se doit d’être accessible à tous, quelque soit son handicap d’où la nécessité de former de plus en plus de personne vers ce métier.

Voici pour la théorie.

Malheureusement, depuis un an, la réalité sur le terrain est bien différente et en septembre 2011, la promotion arrivant sur le marché du travail (notamment en région parisienne) a dû déchanter : les services n’embauchent pas ou peu, seuls des postes de vacataires (c’est-à-dire pour une mission qui dure au plus un ou deux jours) sont proposés.

Comme l’écrit Laurent sur le blog de A.sourd, un service parisien d’interprètes en langue des signes française : « sans que personne ne voit rien venir, la profession a vu ses assurances ébranlées lorsque, à la rentrée 2011, les promesses d’embauche se sont transformées en des propositions bien moins alléchantes quand elles ne se sont pas simplement évanouies.

Un an après, tandis qu’une vingtaine d’interprètes arrivent en septembre sur le marché, la situation n’est pas réjouissante. Une rapide estimation donne une dizaine de postes équivalents temps plein disponibles à travers le pays alors même qu’une partie de la promotion précédente est toujours en recherche d’une certaine stabilité après avoir écumé deux, trois, voire quatre services tout au long de l’année écoulée.

Dans ce contexte, la réouverture d’une formation (laquelle a cependant été orchestrée avant ce malheureux virage) et l’apparition de formations préparatoires interrogent. Tout comme l’opacité qui règne au sein des formations d’interprètes qui s’apprêtent à accueillir des étudiants dont les chances de trouver du travail apparaissent aujourd’hui incertaines sans que l’information tende à être partagée. »

Cette inquiétude sur l’inadéquation entre l’absence de promesses d’embauches, la précarisation de cette profession et l’arrivée de promotions de jeunes interprètes toujours plus importante a d’ailleurs été dénoncée par Lætitia Benasouli, responsable régionale de l’antenne Afils-Ile de France, dans un long courrier (rédigé par ses soins et approuvé par nombre de ses collègues dont moi) publié dans le Journal de l’AFILS début 2012 et dont je vous livre un extrait (avec son accord) :

« Alors que les centres de formation d’interprètes français-LSF mettent chaque année davantage de professionnels sur le marché de l’interprétation, à la grande satisfaction des demandeurs de nos services d’interprétation, ces mêmes professionnels fraîchement diplômés ne se voient pourtant confier que peu de missions et leurs salaires sont dérisoires. Les nouveaux collègues exerçant en région parisienne nous confient aujourd’hui gagner en moyenne 1100€/mois, après un cursus universitaire en science du langage, sanctionné par un Master 2 (Bac+5).

Ces nouveaux professionnels doivent partager leur temps entre plusieurs services en espérant  compléter leur emploi du temps au coup par coup, sans aucune sécurité de l’emploi, ni même « sécurité de la mission » pourrait-on dire (rejetés sans préavis en cas d’annulation de mission, sans contrats ni garanties spécifiques). Ils se voient jouer des coudes, parmi une liste effrayante de vacataires, pour obtenir une mission payée au lance-pierre, à l’autre bout de la région.

Ces nouveaux professionnels sont parfois contraints d’accepter 3 vacations assez lourdes dans la journée, ce qui ne peut conduire qu’à une médiocre qualité de la prestation et à une usure accélérée de l’ILS (d’autant plus qu’il est encore peu expérimenté, a moins de recul sur les situations et se prend tous les dysfonctionnements de plein fouet sans savoir toujours bien réagir). Ce n’est pas pour rien que l’AFILS a émis des préconisations limitant de préférence le nombre de vacations à 2 dans la journée. Mais après 10 jours sans travail, le choix ne se pose plus et l’injonction du loyer et autres charges à payer prime sur le reste.

Ces nouveaux professionnels ne prennent même plus en compte dans leur évaluation de la mission la notion de distance, et n’hésitent plus à parcourir des kms en RER-bus-pied, monopolisant pour une seule vacation la journée entière, sans bénéficier pour autant de la rétribution correspondant à leur mobilisation.

Le secteur de l’interprétation en région parisienne commence à être sclérosé… et paradoxalement, toutes les demandes des usagers franciliens ne sont pour autant pas encore comblées. La faille n’est pas difficile à déceler, mais probablement complexe à expliquer ».

La situation est donc paradoxale !

D’un coté le nombre d’interprètes professionnels est insuffisant : dans tous les tribunaux les greffiers s’arrachent les cheveux pour trouver un professionnel diplômé disponible (idem dans les commissariats), les personnes sourdes doivent prévoir leurs rendez-vous personnels trois semaines à un mois à l’avance pour espérer pouvoir réserver un interprète, durant des formations il n’y a des interprètes que sur des demi-journées…
Régulièrement je reçois des appels me demandant si je suis disponible pour telle ou telle date alors que mon emploi du temps est déjà finalisé depuis deux semaines.

D’un autre coté, des interprètes arrivant sur le marché du travail avec un bac +5 galèrent pour trouver assez de vacations par mois afin de s’assurer un SMIC car les services n’osent pas embaucher en CDI (ou même en CDD) alors qu’il y a des demandes qu’ils ne peuvent satisfaire.
Pourquoi ?
Généralement ces services sont petits (moins de vingt salariés), ils n’ont pas toujours de visibilité sur leur avenir, rencontrent parfois des difficultés de trésorerie, leur activité est fluctuante, nulle durant les vacances, intenses certaines semaines, embaucher signifie multiplier les démarches administratives et ils n’ont pas le personnel pour cela… D’où leurs réticences a créer de nouveaux postes, ils préfèrent recruter des vacataires chaque semaine, quitte parfois à ne pas pouvoir assurer une prestation s’ils n’en trouvent pas de disponibles.

De plus la crise actuelle touche tous les secteurs économiques et le notre n’y échappe pas. Mais là n’est peut-être pas l’explication principale.

Comme le soulignait cet été Laure Boussard, interprète F/LSF professionnelle, dans une interview au Télégramme : « il n’y a pas assez d’interprètes en France. Ou, plus exactement, pas assez de postes de travail financés. On commence à avoir des interprètes formés, avec un master 2, mais paradoxalement, ils ne trouvent pas de travail. Alors qu’il y a des sourds et des entendants qui ont besoin d’interprètes. La vie a besoin d’interprètes ! »

Ce qui manque en France ce sont donc des postes de travail d’interprètes en lsf financés. Pour garantir une accessibilité pleine et entière aux personnes sourdes de la maternité au cimetière il faudrait créer (parallèlement aux services existants) des postes d’interprètes en langue des signes dans des administrations, services publics, écoles… On pourrait imaginer des équipes d’interprètes travaillant au sein de différents ministères (Justice, Santé, Affaires Sociales, Éducation Nationale…) et mis à disposition sur tout le territoire français. Elles existent déjà sur quelques sites comme dans des écoles autour de Toulouse, dans des hôpitaux accueillant des « Pôles Santé Surdité« etc.

Aujourd’hui c’est l’inverse : l’État donne de l’argent aux personnes sourdes pour qu’elles payent elles-mêmes les interprètes dont elles ont besoin. C’est pourquoi la création de ces postes financés signifierait, logiquement, de revoir tout le circuit de financement notamment en réformant (supprimant ?) la PCH (Prestation de Compensation du Handicap) dont l’utilisation n’est soumise à aucun contrôle d’où les nombreuses dérives.
Évidemment, à l’heure où l’État français se lance dans un vaste programme d’économies avec restrictions budgétaires, non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux… la proposition risque de surprendre (et elle n’est pas prêt de se réaliser).
Mais sans cette solution, on continuera de faire traduire des procès (quand ils sont traduits) par des interfaces incompétents, les élèves n’auront droit qu’à 200 heures maximum par an de cours interprétés en lsf (pour le reste de l’année ce sera un ou une charmant(e) AVS qui ne sait pas signer) et à l’hôpital le fils ou la fille entendante continuera d’accompagner sa maman en consultation de gynécologie pour lui traduire les propos du médecin.
Tandis qu’un nombre croissant d’interprètes, sous-employés, iront pointer à Pôle Emploi.

Pour mieux comprendre cette proposition (créer des postes financés d’interprètes en lsf) il suffit de se rendre au Danemark où la langue des signes est officiellement reconnue dans l’éducation des enfants sourds depuis 1991.
Durant leurs études supérieures, les étudiants sourds peuvent bénéficier d’interprètes mis à leur disposition par les universités. La présence d’interprètes est obligatoire lors d’enquêtes policières ou d’audiences devant les tribunaux. Ils sont également présents dans les municipalités, les hôpitaux, les centres de formations… dans tous les moments importants de la vie. Surtout ils sont « gratuits » pour toutes les activités liées à la santé, la formation professionnelle, la culture… Ils sont pris en charge par la communauté ou l’organisme délivrant la prestation.
Et logiquement le Danemark arrive en tête des pays européens pour le nombre d’interprètes par habitants : 500 interprètes pour 6 millions de Danois (dont 5000 sourds signeurs).

Je vous rappelle les chiffres pour la France : 300 interprètes diplômés pour 60 millions d’habitants dont 120 000 à 200 000 s’exprimant en langue des signes.

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Dans le dernier numéro du Journal de l’AFILS, je vous conseille l’article d’Émilie Coignon : « Le marché du travail des interprètes en Ile-de-France : quelle place pour les jeunes diplômés ? »

« Signatures » fête ses 1 an !

Je vous en avais rapidement parlé lors de ma série de billets sur l’histoire de l’interprétation en LSF des journaux télévisés : dans l’ouest de la France deux journaux télévisés régionaux sont traduits en langue des signes française par des interprètes diplômées permettant ainsi un décryptage de l’actualité régionale (politique, sportive, culturelle) pour le public sourd.

L’article était court, l’expérience débutait.

Plus de 365 jours se sont écoulés et récemment j’ai été contacté par François Gibert, journaliste à France 3 Poitou-Charentes et pilote de cette émission hebdomadaire. Face à son enthousiasme communicatif, j’ai décidé de faire un billet plus conséquent qui aurait pu également s’intituler :

« 3 questions pour une bougie »

Un/ « Signatures » est un journal hebdomadaire de cinq minutes entièrement signé en LSF (langue des signes française), sur l’antenne de France 3 Poitou-Charentes. Depuis un an, deux éditions différentes sont diffusées, l’une dans le journal du samedi à midi et l’autre dans le journal du samedi à 19h. Vous êtes le rédacteur en chef de ce projet original et à ce titre vous sélectionner les infos qui seront développées. Comment effectuez-vous ce choix, la ligne éditoriale est-elle pensée en fonction du public auquel vous vous adressez ?

François Gibert : les personnes sourdes souffrent d’un déficit d’informations évident d’où de fortes lacunes dans leurs connaissances sur le monde qui les entoure. Aussi la ligne éditoriale de « Signatures » se doit d’être claire : une information générale d’intérêt collectif associée à une dimension didactique de l’info, une mise en perspective. Il ne sert à rien de proposer une information ponctuelle sans expliquer son histoire, le pourquoi et/ou le comment. Cette émission a donc également un rôle « pédagogique » : donner un maximum de clés pour comprendre la société dans laquelle nous vivons afin de ne pas se sentir exclu. D’ailleurs au départ, le projet de l’émission s’appelait « Le monde à portée de vue ».

Nous ne lançons pas des reportages spécifiques à « Signatures ». Tous ceux qui sont diffusés dans les deux éditions hebdomadaires ont été réalisés pour d’autres émissions. Simplement, ils sont retravaillés afin qu’ils soient compréhensibles par tous ; non pas que les reportages diffusés sont incompréhensibles, mais il faut adapter mon langage à la traduction : débit plus lent, phrases courtes dans un français simple, sans lourdeur ni métaphore ; écrire d’une manière chronologique, sans retour en arrière ni parenthèse. J’évite aussi les noms propres et les termes trop techniques (que d’ailleurs la plupart des téléspectateurs ne comprennent pas).

Voici comment je travaille : chaque jour de la semaine, je regarde les conducteurs des journaux de F3 Poitou-Charentes et d’Atlantique (le JT local de F3 La Rochelle) et je « fais mes courses ». Mon choix s’effectue en fonction de l’intérêt du moment, de l’actualité…
Je revendique ces choix, je les assume et bien sur j’ai une totale liberté pour mener cette sélection. Souvent ce qui me guide c’est de privilégier un reportage qui traite d’un problème (ou d’une solution) qui touche de près la vie quotidienne des citoyens (sourds ou pas). Par exemple l’ouverture d’une nouvelle maternité, le principe des élections primaires au PS, la journée nationale de dépistage du cancer du sein… plutôt qu’un reportage sur le braquage d’une banque ou sur un accident de la route.

J’essaye aussi de toujours glisser une info plus culturelle comme une nouvelle exposition, l’ouverture d’un musée, la création d’un spectacle de danse. Seule contrainte : éviter un spectacle qui sollicite l’ouïe.

Enfin lorsque durant la semaine un reportage aborde un problème ou une thématique directement lié à la surdité, il entre tout naturellement dans le magazine. Ce fut le cas avec la menace de fermeture d’une classe accueillant des enfants sourds ou malentendants.

Mais je refuse de m’adresser exclusivement à la population sourde. Ce serait à mon avis une grave erreur éditoriale et ne ferait que renforcer l’idée de ghetto ou d’exclusion. Preuve supplémentaire qu’il ne faut pas hésiter à ouvrir ce journal vers d’autres publics, beaucoup de personnes entendantes me disant combien l’émission est intéressante et surtout qu’ils « comprennent tout ! ».

Deux/ Vous avez sélectionné les sujets, à présent intéressons-nous au travail des trois interprètes Cécile Pinault-Chevallier, Mylene Calvet et Maud Thibault qui interviennent à tour de rôle. Comment s’approprient-elles ce journal, ont-elles la possibilité de s’entrainer avant l’enregistrement de l’émission, avez-vous des contacts avec elles ?

François Gibert : Une fois les textes écrits, nous effectuons le montage de la bobine, pour produire un « tout images » d’une durée de 5’ à 5’30’’ . C’est ce « tout images » que l’interprète va visionner depuis chez elle (grâce à un lien privé Youtube que je lui communique) et sur lequel elle va s’entrainer, réfléchir à des stratégies d’interprétation, rechercher des signes qu’elle pourrait ignorer…
Parallèlement à ce support visuel je lui envoie les textes par mail. Les premiers arrivent le mercredi midi, le reste jeudi midi.

L’émission s’enregistre le vendredi vers 16h dans un studio télévisé. L’interprète qui doit officier arrive à 14h ce qui lui laisse deux heures pour peaufiner son travail dans un bureau, au calme. Souvent elle et moi discutons. Elle me fait part d’une idée, me demande un éclaircissement sur un passage ambigu, m’explique une difficulté qu’elle a pu rencontrer.

L’enregistrement des deux éditions se fait l’une à la suite de l’autre. Parfois en une prise unique, parfois en plusieurs il n’y a pas de règle. Quoi qu’il arrive, l’interprète est toujours seule décisionnaire dans l’appréciation de son travail. Et nous recommençons jusqu’à ce qu’elle soit pleinement satisfaite du résultat et qu’elle le valide.
Nous préférons enregistrer l’émission la veille plutôt que la réaliser en direct le samedi : c’était trop lourd à mettre en place et nous risquions d’avoir une émission de moins bonne qualité.

Trois/ Connaissez-vous les audiences que réalisent ces émissions, considérez-vous que c’est un succès qui devrait permettre d’envisager de nouvelles étapes ?

François Gibert : Les retours sont bons (aussi bien chez les sourds que chez les entendants) et les statistiques de visionnage via internet soulignent l’intérêt porté à ces émissions. Néanmoins il ne faut pas se focaliser sur les chiffres. Nous sommes une chaîne de Service Public et cette émission remplit parfaitement son rôle à savoir « rendre service au public ».

Je suis actuellement en contact avec des partenaires de France Télévision pour développer « Signatures » sous forme de blog, en plus de sa diffusion sur l’antenne de France 3. Ce blog pourrait reprendre le contenu des deux émissions diffusées sur France3 Poitou-Charentes en ajoutant des infos nationales qui ont été développées par d’autres bureaux régionaux et d’informations internationales (en partenariat avec France3 Sat, bureau lyonnais qui travaille en réseau avec les télévisions du monde entier).
Il serait aussi question aussi de signer en LSF l’émission politique du Samedi matin.

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Vous habitez Marseille, Strasbourg ou Paris et vous enragez de ne pas pouvoir regarder ces émissions traduites en langue des signes française ?
Heureusement grâce aux nouvelles technologies, il existe plusieurs solutions :

Ces éditions sont visibles sur le site « Signatures » de France 3 Poitou-Charentes.

Les vidéos sont également mises en ligne sur le site dailymotion :

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et sur le site youtube :

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Enfin « Signatures » possède sa page Facebook, évidemment !