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Signes extérieurs : en Belgique

Profitons de cet été pour visiter d’autres pays et voir comment se porte ici ou là l’interprétation en langue des signes à travers des articles parus dans la presse papier ou internet.

Dernière escale, avant de revenir en France, chez nos voisins belges où 53 hôpitaux et 20 centres médicaux offriront d’ici à la fin du mois de septembre un service d’interprète en langue des signes pour les patients sourds ou malentendants comme nous l’explique l’avenir.net :

Un service d’interprètes pour les patients sourds ou malentendants dans les hôpitaux

visio interpretation

S’appuyant sur un site internet et sur la technologie de la vidéoconférence, ce dernier mettra par exemple en relation un patient, un membre du corps médical et un interprète localisé au sein de l’UZ Gand ou du CHU de Charleroi.

Laurette Onkelinx, la ministre fédérale de la Santé publique a présenté mardi lors d’une conférence de presse, organisée à Charleroi, les contours du projet. Initié en 2012 grâce notamment à l’engagement de deux interprètes au sein des services de médiations interculturelles de l’UZ Gand et du CHU de Charleroi, il s’adressait aux patients fréquentant 18 hôpitaux et 16 centres médicaux. Dans sa nouvelle mouture, il concernera davantage d’établissements, tous volontaires.

La possibilité de bénéficier gratuitement des services d’un interprète existe pour les personnes sourdes ou malentendantes. Elle est cependant limitée à quelques heures, a expliqué Laurette Onkelinx. En outre, selon elle, l’offre d’interprètes en langues des signes est relativement réduite.

Dans le cadre du projet, les patients pourront solliciter les services d’un interprète pour une consultation ou pour la prise de rendez-vous qui la précède. Ils pourront également en faire la demande s’ils se présentent aux urgences durant les heures de prestation des deux interprètes.

En Belgique, quelque 10.000 personnes utilisent la langue des signes.

© l’avenir.net : http://www.lavenir.net/

Signes extérieurs : Arabie Saoudite

Profitons de cet été pour visiter d’autres pays et voir comment se porte ici ou là l’interprétation en langue des signes à travers des articles parus dans la presse papier ou internet.

Pour commencer ce voyage, l’Arabie Saoudite et cet article paru dans Arab News le 1er juillet 2013.

Arabie saoudite

Seulement 8 interprètes en langue des signes
pour 750000 déficients auditifs

« On dénombre 8 interprètes en langue des signes pour 750.000 personnes sourdes dans le Royaume d’Arabie Saoudite soit le chiffre incroyable de seulement un interprète pour 93.000 personnes sourdes ou malentendantes » dénonce Ahmad Al-Faheed, membre de la Fédération Arabe des Organisations travaillant avec les personnes sourdes (AFOWD).

En effet, 3% de la population saoudienne souffrirait de troubles auditifs soit un total de 750.000 individus selon un rapport publié par l’UNESCO.
Or, d’après le Ministère de la Fonction Publique il y a seulement huit interprètes/traducteurs en langue des signes accrédités par l’Etat, trois d’entre eux travaillant dans des établissements de formation technique et les cinq autres à l’Université du roi Saoud.

Ahmad Al-Faheed souligne que pour les personnes sourdes ou malentendantes le principal obstacle à une bonne intégration dans la société saoudienne est la difficulté à communiquer dans les lieux publics tels que les centres de soins ou la participation à des activités de loisirs.

Ainsi, dans les hôpitaux publics ils rencontrent de grandes difficultés à expliquer leurs pathologies, leurs problèmes de santé faute d’interprètes diplômés. Ce qui est dramatique, poursuit Al-Faheed, « c’est que cela conduit parfois à une aggravation de leur état de santé ».
Ainsi, raconte-t-il, une personne sourde devant se faire opérer a dû patienter sur un brancard durant plus d’une heure, le temps de trouver un interprète disponible pour lui traduire les consignes du chirurgien.

C’est pourquoi Al-Faheed insiste sur la nécessité que des interprètes-traducteurs en langue des signes soient plus nombreux dans des lieux tels que les hôpitaux, cliniques, pharmacies… afin que les personnes sourdes puissent avoir facilement accès aux soins dont elles ont besoin.

Plus généralement, conclut-il, les personnes sourdes ou malentendantes ont le droit de pouvoir participer pleinement à la vie de la société aussi formule-t-il l’espoir que prochainement, la majorité des lieux publics ou privés seront mieux accessibles aux personnes sourdes grâce, notamment, à une plus forte présence d’interprètes en langue des signes.

© Arab News : Only 8 interpreters serving 750,000 hearing-impared 

Arsène, interprète en LSF, à l’hôpital

Arsène est interprète en langue des signes française (LSF).
Cette après-midi, il se rend dans un hôpital en région parisienne pour traduire une consultation dans le service de cardiologie du Professeur Vainecave :

Arsène, interprète F/LSF à l’hôpital from Stéphan Barrère on Vimeo.

Arsène

(toute ressemblance avec des évènements ou des personnes ayants existé
n’est peut-être pas fortuite ou une simple coïncidence)

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Merci à Lynne Kelly qui m’a donné l’idée de ce petit film

Malaise au sein de la profession

C’est l’automne, la nature se pare de ses couleurs ocre, marrons, orange, les étudiants retournent à l’université. Parmi eux, on compte un nombre croissant de futurs interprètes français/langue des signes française. En effet, il existe à présent, en France, cinq formations universitaires (à Paris, Lille, Toulouse et récemment Rouen) qui délivrent le précieux diplôme Master 2 « Interprète F/LSF » reconnu par l’AFILS.
Spontanément on devrait se réjouir devant cette évolution positive. On se dit que l’offre va enfin combler la demande. On entend assez ici ou là que le nombre d’interprètes est insuffisant, qu’il faudrait plus de « vrais professionnels diplômés », donc d’étudiants…
On imagine facilement que l’avenir de ces derniers ou d’autres en reconversion professionnelle est assuré : depuis le vote de la loi du 11 Février 2005 pour l’égalité des droits et des chances la participation et la citoyenneté des personnes handicapées chaque administration, chaque entreprise bref, la société française dans son ensemble se doit d’être accessible à tous, quelque soit son handicap d’où la nécessité de former de plus en plus de personne vers ce métier.

Voici pour la théorie.

Malheureusement, depuis un an, la réalité sur le terrain est bien différente et en septembre 2011, la promotion arrivant sur le marché du travail (notamment en région parisienne) a dû déchanter : les services n’embauchent pas ou peu, seuls des postes de vacataires (c’est-à-dire pour une mission qui dure au plus un ou deux jours) sont proposés.

Comme l’écrit Laurent sur le blog de A.sourd, un service parisien d’interprètes en langue des signes française : « sans que personne ne voit rien venir, la profession a vu ses assurances ébranlées lorsque, à la rentrée 2011, les promesses d’embauche se sont transformées en des propositions bien moins alléchantes quand elles ne se sont pas simplement évanouies.

Un an après, tandis qu’une vingtaine d’interprètes arrivent en septembre sur le marché, la situation n’est pas réjouissante. Une rapide estimation donne une dizaine de postes équivalents temps plein disponibles à travers le pays alors même qu’une partie de la promotion précédente est toujours en recherche d’une certaine stabilité après avoir écumé deux, trois, voire quatre services tout au long de l’année écoulée.

Dans ce contexte, la réouverture d’une formation (laquelle a cependant été orchestrée avant ce malheureux virage) et l’apparition de formations préparatoires interrogent. Tout comme l’opacité qui règne au sein des formations d’interprètes qui s’apprêtent à accueillir des étudiants dont les chances de trouver du travail apparaissent aujourd’hui incertaines sans que l’information tende à être partagée. »

Cette inquiétude sur l’inadéquation entre l’absence de promesses d’embauches, la précarisation de cette profession et l’arrivée de promotions de jeunes interprètes toujours plus importante a d’ailleurs été dénoncée par Lætitia Benasouli, responsable régionale de l’antenne Afils-Ile de France, dans un long courrier (rédigé par ses soins et approuvé par nombre de ses collègues dont moi) publié dans le Journal de l’AFILS début 2012 et dont je vous livre un extrait (avec son accord) :

« Alors que les centres de formation d’interprètes français-LSF mettent chaque année davantage de professionnels sur le marché de l’interprétation, à la grande satisfaction des demandeurs de nos services d’interprétation, ces mêmes professionnels fraîchement diplômés ne se voient pourtant confier que peu de missions et leurs salaires sont dérisoires. Les nouveaux collègues exerçant en région parisienne nous confient aujourd’hui gagner en moyenne 1100€/mois, après un cursus universitaire en science du langage, sanctionné par un Master 2 (Bac+5).

Ces nouveaux professionnels doivent partager leur temps entre plusieurs services en espérant  compléter leur emploi du temps au coup par coup, sans aucune sécurité de l’emploi, ni même « sécurité de la mission » pourrait-on dire (rejetés sans préavis en cas d’annulation de mission, sans contrats ni garanties spécifiques). Ils se voient jouer des coudes, parmi une liste effrayante de vacataires, pour obtenir une mission payée au lance-pierre, à l’autre bout de la région.

Ces nouveaux professionnels sont parfois contraints d’accepter 3 vacations assez lourdes dans la journée, ce qui ne peut conduire qu’à une médiocre qualité de la prestation et à une usure accélérée de l’ILS (d’autant plus qu’il est encore peu expérimenté, a moins de recul sur les situations et se prend tous les dysfonctionnements de plein fouet sans savoir toujours bien réagir). Ce n’est pas pour rien que l’AFILS a émis des préconisations limitant de préférence le nombre de vacations à 2 dans la journée. Mais après 10 jours sans travail, le choix ne se pose plus et l’injonction du loyer et autres charges à payer prime sur le reste.

Ces nouveaux professionnels ne prennent même plus en compte dans leur évaluation de la mission la notion de distance, et n’hésitent plus à parcourir des kms en RER-bus-pied, monopolisant pour une seule vacation la journée entière, sans bénéficier pour autant de la rétribution correspondant à leur mobilisation.

Le secteur de l’interprétation en région parisienne commence à être sclérosé… et paradoxalement, toutes les demandes des usagers franciliens ne sont pour autant pas encore comblées. La faille n’est pas difficile à déceler, mais probablement complexe à expliquer ».

La situation est donc paradoxale !

D’un coté le nombre d’interprètes professionnels est insuffisant : dans tous les tribunaux les greffiers s’arrachent les cheveux pour trouver un professionnel diplômé disponible (idem dans les commissariats), les personnes sourdes doivent prévoir leurs rendez-vous personnels trois semaines à un mois à l’avance pour espérer pouvoir réserver un interprète, durant des formations il n’y a des interprètes que sur des demi-journées…
Régulièrement je reçois des appels me demandant si je suis disponible pour telle ou telle date alors que mon emploi du temps est déjà finalisé depuis deux semaines.

D’un autre coté, des interprètes arrivant sur le marché du travail avec un bac +5 galèrent pour trouver assez de vacations par mois afin de s’assurer un SMIC car les services n’osent pas embaucher en CDI (ou même en CDD) alors qu’il y a des demandes qu’ils ne peuvent satisfaire.
Pourquoi ?
Généralement ces services sont petits (moins de vingt salariés), ils n’ont pas toujours de visibilité sur leur avenir, rencontrent parfois des difficultés de trésorerie, leur activité est fluctuante, nulle durant les vacances, intenses certaines semaines, embaucher signifie multiplier les démarches administratives et ils n’ont pas le personnel pour cela… D’où leurs réticences a créer de nouveaux postes, ils préfèrent recruter des vacataires chaque semaine, quitte parfois à ne pas pouvoir assurer une prestation s’ils n’en trouvent pas de disponibles.

De plus la crise actuelle touche tous les secteurs économiques et le notre n’y échappe pas. Mais là n’est peut-être pas l’explication principale.

Comme le soulignait cet été Laure Boussard, interprète F/LSF professionnelle, dans une interview au Télégramme : « il n’y a pas assez d’interprètes en France. Ou, plus exactement, pas assez de postes de travail financés. On commence à avoir des interprètes formés, avec un master 2, mais paradoxalement, ils ne trouvent pas de travail. Alors qu’il y a des sourds et des entendants qui ont besoin d’interprètes. La vie a besoin d’interprètes ! »

Ce qui manque en France ce sont donc des postes de travail d’interprètes en lsf financés. Pour garantir une accessibilité pleine et entière aux personnes sourdes de la maternité au cimetière il faudrait créer (parallèlement aux services existants) des postes d’interprètes en langue des signes dans des administrations, services publics, écoles… On pourrait imaginer des équipes d’interprètes travaillant au sein de différents ministères (Justice, Santé, Affaires Sociales, Éducation Nationale…) et mis à disposition sur tout le territoire français. Elles existent déjà sur quelques sites comme dans des écoles autour de Toulouse, dans des hôpitaux accueillant des « Pôles Santé Surdité« etc.

Aujourd’hui c’est l’inverse : l’État donne de l’argent aux personnes sourdes pour qu’elles payent elles-mêmes les interprètes dont elles ont besoin. C’est pourquoi la création de ces postes financés signifierait, logiquement, de revoir tout le circuit de financement notamment en réformant (supprimant ?) la PCH (Prestation de Compensation du Handicap) dont l’utilisation n’est soumise à aucun contrôle d’où les nombreuses dérives.
Évidemment, à l’heure où l’État français se lance dans un vaste programme d’économies avec restrictions budgétaires, non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux… la proposition risque de surprendre (et elle n’est pas prêt de se réaliser).
Mais sans cette solution, on continuera de faire traduire des procès (quand ils sont traduits) par des interfaces incompétents, les élèves n’auront droit qu’à 200 heures maximum par an de cours interprétés en lsf (pour le reste de l’année ce sera un ou une charmant(e) AVS qui ne sait pas signer) et à l’hôpital le fils ou la fille entendante continuera d’accompagner sa maman en consultation de gynécologie pour lui traduire les propos du médecin.
Tandis qu’un nombre croissant d’interprètes, sous-employés, iront pointer à Pôle Emploi.

Pour mieux comprendre cette proposition (créer des postes financés d’interprètes en lsf) il suffit de se rendre au Danemark où la langue des signes est officiellement reconnue dans l’éducation des enfants sourds depuis 1991.
Durant leurs études supérieures, les étudiants sourds peuvent bénéficier d’interprètes mis à leur disposition par les universités. La présence d’interprètes est obligatoire lors d’enquêtes policières ou d’audiences devant les tribunaux. Ils sont également présents dans les municipalités, les hôpitaux, les centres de formations… dans tous les moments importants de la vie. Surtout ils sont « gratuits » pour toutes les activités liées à la santé, la formation professionnelle, la culture… Ils sont pris en charge par la communauté ou l’organisme délivrant la prestation.
Et logiquement le Danemark arrive en tête des pays européens pour le nombre d’interprètes par habitants : 500 interprètes pour 6 millions de Danois (dont 5000 sourds signeurs).

Je vous rappelle les chiffres pour la France : 300 interprètes diplômés pour 60 millions d’habitants dont 120 000 à 200 000 s’exprimant en langue des signes.

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Dans le dernier numéro du Journal de l’AFILS, je vous conseille l’article d’Émilie Coignon : « Le marché du travail des interprètes en Ile-de-France : quelle place pour les jeunes diplômés ? »

La création de « néosimismes » (ou nouveaux signes)

Dans le monde des entendants, les nouveaux mots (ou néologismes) sont souvent véhiculés par les médias, comme les livres, la presse écrite, la télévision, internet… Dans le monde des sourds, les interprètes en langue des signes qui exercent à la télévision ou lors de conférences sont eux aussi un vecteur important de néosimismes (je me suis moi-même amusé à créer un néologisme à savoir « néosimisme » qui vient du grec néos-nouveau et simio-signe en prenant modèle sur néologisme, néo-nouveau, logos-parole).

Néanmoins, en tant qu’interprète, nous devons rester très prudent quant à leur utilisation et donc leur diffusion. Par exemple nous devons toujours nous assurer que le nouveau signe employé est correctement compris, qu’il ne crée pas de malentendus, qu’il ne s’agit pas d’un doublon avec un autre signe déjà existant…

Quoi qu’il en soit les néologismes/néosimismes sont indispensables à l’interprète en langue des signes. En effet, nous évoluons au sein d’une société qui change, se modernise et sans la création régulière de nouveaux signes (par exemple dans le domaine des nouvelles technologies : Internet, intranet, smart-phones, blog, visioconférences…) nos traductions vers la LSF deviendraient rapidement incompréhensibles, car déconnectée de la réalité, et beaucoup trop longues ou surchargées, car bourrées de périphrases, de mots épelés pour tenter de donner du sens à des concepts sans signe.

Heureusement pour les interprètes, la langue des signes est soumise aux mêmes règles que tout autre langue et elle évolue avec l’apparition de nouveaux signifiants (ou signes). Pour cela elle fait des emprunts à des langues des signes étrangères notamment pour les noms propres (personnalités, lieux géographiques…) ou à la langue dominante (le français) par l’intermédiaire de la dactylologie ou de la traduction littérale. Enfin, elle crée des « néosimismes » (ou nouveaux signes).
Attention ! il ne s’agit surtout pas pour l’interprète d’inventer des signes ex-nihilo, tentation fréquente qui guette les amateurs non formés qui s’improvisent traducteurs.
En effet, pour qu’un nouveau signe soit adopté par la communauté sourde il faut d’abord que le concept (le sens, la définition du mot) soit compris et acquis. Ensuite viendra la seconde étape à savoir la création du signe qui s’appuiera notamment sur l’iconicité de la langue des signes (autrement dit le « donner à voir »). Si on veut créer artificiellement un signe en premier, « en forçant la main » des sourds (désolé pour ce vilain jeu de mots), ce signe ne survit pas à la naissance d’un doublon créé par les sourds eux-mêmes et qui respecte quant à lui le génie de la LSF.

Afin d’illustrer ce mécanisme de création lexicale et le rôle de l’interprète dans ce processus, je vous propose un exemple que j’ai trouvé dans l’ouvrage : « L’interprétation en Langue des Signes ». Il s’agit du terme schizophrénie.

Il y a vingt ans, le concept de schizophrénie n’existait pas en LSF. Pourtant à cette époque, les interprètes traduisaient déjà des cours de psychopathologie dans une école d’éducateurs spécialisés à Paris (l’EFPP).

Pour les étudiants entendants, le concept était inconnu mais leur langue véhiculant déjà ce signifiant ils avaient un mot français à leur disposition (même si ce signifiant avait sans doute un sens très vague, une maladie psychique, certes, mais laquelle?).
Pour les étudiants sourds, leur langue ne possédant pas de signifiant gestuel, le mot fut donc écrit au tableau.
Sourds et entendants étaient en quelque sorte à égalité devant ce nouveau signifiant graphique.

Puis l’enseignant expliqua la notion. L’interprétation en LSF fonctionnant en simultané, à la fin de la séance les étudiants entendants et sourds avaient acquis un nouveau concept. La seule différence résidait dans le fait que les entendants avait déjà un signifiant (ou terme) pour le nommer en français ce qui n’était pas le cas des sourds en langue des signe française.

Dans un premier temps les interprètes avaient utilisé le mot écrit au tableau. Puis ce mot beaucoup trop long à dactylologier revenant sans cesse ils ont eu recours à un « code commun » c’est-à-dire un signe provisoire, ad hoc. En l’occurrence il s’agissait de la lettre « S » accompagnée de la labialisation du mot français « schizophrénie ».
Les sourds reprirent ce code commun en le transformant immédiatement : il devint une suite de lettres « SCH » épelées dans l’espace suivi du signe [etc] le tout accompagné d’une vague labialisation.
Puis quelques semaines plus tard ils se mirent d’accord sur un signe n’ayant rien à voir avec le signifiant français mais respectant les règles de l’iconicité inhérente à la LSF.

Il s’agit de la main plate descendant au milieu du visage (évoquant une division), puis arrivant au niveau du cou se resserrant en fermant le poing pour partir vers l’extérieur (signe qui signifie « esclave »).

cliquez sur l’image pour voir le signe « schizophrénie »

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« Esclave d’une division mentale » pourrait en être la traduction littérale ce qui est une assez belle définition de la schizophrénie.
Ainsi, un nouveau signe était né grâce à un groupe d’étudiants. Puis il fut transmis par les interprètes à la génération suivante d’étudiants et par les sourds hors de l’école. Quelques années plus tard il circulait dans tous les milieux où les sourds travaillent dans le domaine de la santé mentale.
La LSF avait acquis un nouveau concept puis un nouveau signifiant.
Quant aux interprètes, grâce à ce nouveau signe, il pouvait produire une traduction plus précise et plus efficace.

Les TMS, troubles musculo-squelettiques

Ce week-end, un article du Monde s’intéressait aux troubles musculo-squelettiques (article réservé aux abonnés).
« Les troubles musculo-squelettiques (TMS) augmentent d’environ 18 % par an depuis plusieurs années. Ils représentent 80 % des causes de maladies professionnelles reconnues pour les actifs du régime général, selon la Caisse nationale d’assurance-maladie (Cnam). « Cette nouvelle épidémie est l’une des questions les plus préoccupantes en santé au travail », lançait en 2010 le professeur Jean-François Caillard, chef du service des maladies professionnelles au CHU de Rouen. Certaines catégories professionnelles sont plus touchées que d’autres, comme le secteur alimentaire – les caissières sont en première ligne -, les salariés des exploitations agricoles, de la métallurgie, de la construction automobile, du BTP… »

La journaliste aurait pu ajouter à cette longue liste des professions l’interprète en langue des signes.
En effet, sous le terme de TMS on retrouve de nombreuses pathologies qui entraînent des douleurs au niveau des articulations et des tissus mous (muscles, tendons, nerfs), situées sur les membres supérieurs (cou, épaule, coude, poignet, main). Ces douleurs constituent évidemment le principal symptôme des TMS chez les interprètes en langue des signes. Elles sont d’ailleurs reconnues comme maladies professionnelles.

Parmi elles, la plus invalidante est certainement le syndrome du canal carpien : il correspond à la compression du nerf médian par des tissus enflés ou enflammés (généralement le ligament) situé dans la région intérieure de la main. Par conséquent, la personne peut ressentir des engourdissements de la main et des douleurs sur les trois premiers doigts (pouce, index, majeur) sur la face palmaire.
Pendant la nuit ou au réveil, il est également possible de ressentir des fourmillements, des brûlures, des picotements. Dans certains cas, les douleurs de la main et du poignet irradient dans l’avant bras, le coude, et parfois l’épaule. Le syndrome du canal carpien provoque donc des douleurs intenses et prolongées, ce qui entraîne des gênes allant jusqu’à la paralysie. Avec l’évolution de la maladie, la personne peut avoir une perte de sensibilité et de mobilité, d’où une fonte musculaire. La personne se sent incapable de bouger ses doigts, a des difficultés pour saisir des objets, même les plus légers, elle devient plus maladroite et a mal dès qu’elle utilise sa main ou son poignet. De ce fait même les gestes les plus simples de la vie quotidienne deviennent douloureux et difficiles à réaliser (ex. téléphoner, conduire, se coiffer).

Selon une étude menée au Quebec 81% des interprètes en langue des signes admettaient avoir des douleurs aux épaules, 79% au cou et 74% dans la région avant-bras poignets-main. Tandis que pour la population québécoise, ils sont 50% à ressentir des douleurs aux épaules, 41% au cou et 28% pour les avant-bras, les poignets et les mains. En France, 80 interprètes ont répondu à un questionnaire et 75% d’entres eux avait déjà consulté pour un syndrome lié au travail, dont 60% pour des troubles au niveau des mains, des doigts et des poignets.
Cela n’est guère étonnant car durant une séquence d’interprétation le corps de l’interprète est mis  à rude épreuve : tension des muscles du dos, des épaules, du cou… et beaucoup de mouvements répétés très fréquemment. Ainsi, selon une étude menée par Forum Européen des Interprètes en Langues des Signes (EFSLI) pour une heure d’interprétation, on compte en moyenne :
• 2 280 mouvements des doigts,
• 3 192 mouvements des poignets,
• 3 540 mouvements des coudes.
Par ailleurs les tensions dues à l’effort de concentration, au contrôle de la qualité de la traduction, au débit (parfois très rapide) du locuteur, au stress lié à la situation accroissent les risques de TMS.

C’est pourquoi on nous recommande de faire des étirements ou de la musculation pour renforcer les muscles des membres supérieurs. Les témoignages d’interprètes révèlent aussi que l’activité sportive comme le vélo, la natation, le rameur est également un moyen de vider le trop plein d’émotion et le stress. Vive le sport !