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Journal de l’AFILS n°85

C’est un numéro un peu spécial que nous propose aujourd’hui l’équipe de rédaction du journal de l’AFILS avec un bel hommage à notre collègue Laëtitia Bénasouli qui nous a quittés bien trop tôt au mois de mai 2013.
Membre de l’Association des interprètes en langue des signes française depuis 2007, elle a toujours été là pour offrir son énergie, son talent, son dynamisme afin de faire vivre notre métier, de le faire reconnaître mais aussi d’assurer des relations enrichissantes entre collègues notamment en Ile-de-France dont elle était la représentante régionale.
Ayant assisté aux nombreuses réunions qu’elle menait, je ne peux que saluer sa volonté, sa force de proposition et de persuasion pour animer cette antenne régionale.

Ainsi que l’écrit le conseil d’administration de l’AFILS, « dans l’épreuve Laëtitia a toujours gardé le sourire et a toujours fait preuve de la combativité qui était au coeur même de sa force de caractère.
Par son combat sur la défense et la reconnaissance de notre métier, par sa présence sur le terrain, sa réactivité et son professionnalisme, pour son investissement dans l’association, sa joie de vivre, sa chaleur humaine et tous les moments partagés avec elle, pour la personne qu’elle était et ce qu’elle laisse en nous, Laëtitia reste a jamais dans nos coeurs. »

Sinon, dans ce numéro je vous recommande le dossier intitulé « adaptation ou interprétation » qui s’interroge sur les nécessaires adaptations d’une langue à l’autre lorsqu’il faut transmettre un texte théâtral ou religieux et l’article d’après mémoire : « quelle place pour l’interprète dans l’évolution de la langue des signes ».

afils A 85

Capture d’écran 2013-09-19 à 10.20.19

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Si vous souhaitez commander un numéro (celui-ci ou un plus ancien) ou vous abonner, il vous suffit d’aller sur le site de l’Afils où vous trouverez un bon de commande : http://bit.ly/journalafils .

Pater noster – Padre nostro – notre Père

L’annonce, la semaine dernière, de l’élection du cardinal Jorge Mario Bergoglio sur le trône de Saint-Pierre a donné lieu à une jolie controverse sur la mauvaise qualité de l’interprétation de l’italien vers le français des  prières « Notre Père » et « Je vous Salue Marie » que François 1er récitait du haut de son balcon.
Sur TF1, la traduction fut hésitante, les phrases bizarrement construites si on se réfère au texte traditionnel de la première, l’interprète délivrant une traduction littérale et non la version habituelle en français de la prière comme le montre cette vidéo :

françois

C’est ainsi que sur le forum du site de TF1, on pouvait lire des messages critiques postés par les internautes déboussolés : « j’ai tenté de suivre hier sur votre chaîne les premières images et surtout les premiers mots du Pape François. Le Pape avait choisi de s’exprimer en italien et à juste titre vous disposiez d’une traductrice. Les hésitations à répétitions et les absences de traduction ont rendu incompréhensibles les propos du Pape. La tentative de traduction littérale des deux prières connues par plus d’un milliard de personnes sur Terre a été le sommet. Ce n’était pas digne de l’événement. »

Plus étonnant est le débat qu’a ouvert le site internet « Arrêt sur Image » en se demandant si « la traductrice se devait de connaître le Notre Père, alors que TF1 est une chaîne généraliste et laïque ? » Et d’ajouter : « traduire le Notre père en le récitant, est-ce de la culture ou de la religion ? »

Avant d’essayer de répondre à cette question, il faut d’abord rappeler que tous les interprètes/traducteurs doivent posséder une connaissance approfondie (sociale, culturelle, politique…) des deux communautés pour lesquelles ils travaillent, sourds et entendants pour les interprètes en langue des signes. C’est par exemple connaître les productions artistiques des deux communautés (pièces de théâtre, poèmes…) les événements historiques,, les personnages célèbres, les discours emblématiques… pour être capable de traduire au plus juste un locuteur qui y ferait allusion.
Ainsi que le souligne Daniel Gile« certains termes et expressions, notamment les termes culturels sont indissociables d’un fait historique, d’un environnement social, d’une affectivité propre à une communauté linguistique, qui ont des incidences textuelles à travers des nuances dans des emplois et des sens. » 

Or, alors que l’interprète fait d’habitude le choix de ne traduire que le sens, souvent au détriment de la forme (surtout quand il travaille dans l’urgence, en interprétation simultanée) dans ces situations ou la référence culturelle est prégnante (comme lors de cérémonies rituelles) et où la forme elle-même devient porteuse de sens il se doit de la respecter intégralement, l’objectif premier étant, bien sur, que le message soit compris. C’est seulement ainsi qu’il sera réellement fidèle au discours et à l’intention du locuteur.
En modifiant la forme de phrases que certains téléspectateurs ont apprises par coeur lors de cours de catéchisme, l’interprète a rendu ces phrases incompréhensibles non parce que le sens était faux ou peu clair mais parce qu’elles n’étaient plus reconnues.

Sans vouloir accabler ma collègue qui officiait ce soir là durant la grande messe du 20h (nous ne connaissons ni le contexte de son intervention, ni ses conditions de travail) sa mésaventure nous rappelle en outre qu’il faut posséder une culture générale de qualité quand on veut exercer le métier d’interprète quelles que soient les langues de travail.
En l’occurrence, on peut imaginer qu’un interprète intervenant lors de l’élection d’un pape va, à un moment ou un autre, se trouver à devoir traduire des textes « normés » (comme les prières). D’où la nécessité d’avoir une bonne culture religieuse dans les deux langues pour pouvoir traduire justement en respectant et le fond et la forme non seulement de ces textes mais aussi le vocabulaire spécifique comme camerlingue, protodiacre…

D’ailleurs, comme le stipule l’article 2 du deuxième titre du code éthique de l’Afils (Association Française des Interprètes en Langue des Signes) : « l’interprète s’engage, dans la mesure du possible, à se former dans le but de répondre aux besoins des usagers. »

Cela signifie, pour poursuivre sur le thème du religieux, que si un interprète est amené à traduire en LSF (par exemple) un mariage ou un enterrement suivant le rite catholique il fera auparavant des recherches pour savoir si des sourds ou d’autres interprètes ont déjà proposé des traductions des textes ou des prières qui seront lus ou, si ce n’est pas le cas, il réfléchira à des stratégies d’interprétation pour tel ou tel terme ou expression.
Il pourra par exemple se reporter au DVD « L’Evangile de Luc traduit en LSF » dont je vous ai déjà parlé lors d’un précédent billet.
Idem s’il traduit un événement en lien avec la religion musulmane, il pourra certainement trouver des informations précieuses en consultant le site « Donne Moi un Signe. »
Mais cela nécessite donc d’avoir du temps pour la préparation afin de garantir une traduction de qualité ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas.

Par conséquent, se demander si, en exigeant d’un interprète traduisant une cérémonie au Vatican qu’il connaisse la version française du « Notre Père », ce serait renoncer à l’exigence de laïcité de l’espace publique (la télévision en l’occurrence) est absurde.
En tant qu’interprète, quand je traduis un événement catholique je me dois de connaître les principales prières non pour des motifs religieux (je laisse mon éventuelle foi de coté quand je travaille car je suis neutre) mais simplement car mon travail pour être compris de tous, doit respecter les références socio-culturelles de chacun.
C’est comme cela que l’interprète est le médiateur entre deux langues, mais aussi entre deux cultures, le pont entre deux communautés.

À lire également : cet intéressant point de vue sur le blog « Les Piles Intermédiaires » .

En cliquant sur ce lien vous trouverez quelques éléments sur comment traduire le Notre Père en LSF : « L’atelier de traduction : Notre Père en LSF »

L’Atelier de traduction : « Notre Père » en LSF

Pour prolonger le billet précédent qui vous présentait la traduction de l’Évangile de Luc en langue des signes française, je vous propose de nous attarder sur l’un des passages les plus connus, le « Notre Père » (Luc 11:1-4), qui, notons le, est plus court que celui de Matthieu (6:9-13) récité lors de l’eucharistie.

La traduction présentée par cette femme sourde dans le DVD me semble très juste, elle illustre bien comment on passe d’un texte écrit à une langue visuelle qui se déploie dans l’espace. Aussi je vous propose de décomposer son travail en 8 images avant de l’apprécier dans son intégralité.

D’abord l’extrait du texte traduit du grec classique vers le français (Luc 11:1-4).
« Jésus priait un jour en un certain lieu. Lorsqu’il eut achevé, un de ses disciples lui dit : Seigneur, enseigne-nous à prier, comme Jean-Baptiste l’a enseigné à ses disciples.
Il leur dit : Quand vous priez, dites : Père ! Que ton nom soit sanctifié ; que ton règne vienne.
Donne-nous chaque jour notre pain quotidien ;
pardonne-nous nos péchés, car nous aussi nous pardonnons à quiconque nous offense ; et ne nous induis pas en tentation. »


La traductrice commence par placer le décor. En haut à gauche de l’écran, Jésus-Christ (le signe est : majeur droit touche paume gauche puis majeur gauche touche paume droite) prie.
Ses disciples, placés à droite le regardent (les doigts en V qui se tournent vers le Christ). Enfin ce dernier se dirige vers eux (c’est l’index qui descend de la colline) pour entamer la conversation.

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Elle tourne son buste et son regard vers l’emplacement supposé de Jésus-Christ et elle  « devient » les disciples (en linguistique on dit qu’elle opère un transfert ou une prise de rôle) qui s’adressent au Messie.
Le signe qu’on voit sur la capture d’écran « enseigner » est tourné vers elle indiquant ainsi dans sa prise de rôle que c’est Jésus-Christ qui va enseigner à ses disciples comment prier (et non l’inverse).

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A présent elle s’est redressée, elle « est » le Christ qui s’adresse à son Père quelque part devant elle (et cela jusqu’à la fin de cette prière).
Pour signifier « saint » elle fait un signe de haut en bas pour désigner quelque chose qui vient du ciel et se dirige vers le cœur. La paume ouverte est un geste de confiance.

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Toujours face à nous la traductrice/Jésus-Christ  poursuit sa prière.
Le signe pour exprimer le terme  «Royaume de Dieu» est très élaboré (je le trouve très beau). Il part d’un doigt dressé désignant le ciel pour l’attribuer à Dieu. Puis les deux mains ouvertes se rapprochent – elles indiquent ainsi que le projet de Dieu implique une rencontre de plusieurs personnes – puis les mains forment une boule, comme une mappemonde. Elles dessinent enfin ce royaume en pivotant l’une sur l’autre, dans un mouvement qui montre qu’il est en devenir.

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On retrouve le signe standard pour [pain] : elle tourne sa main vers le torse, comme si elle tenait un pain, tandis que l’autre main le tranche pour le partager.

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Le péché est désigné par la main droite en forme de bec de canard qui frappe deux coups rapides dans le côté (c’est le même signe que pour dire coupable).
Puis le pardon est exprimé par les deux mains qu’on frotte l’une sur l’autre comme pour laver quelque chose. Ce frottement est effectué en un large mouvement circulaire des bras, qui sert à englober la multitude, à désigner le « nous ».
Notez aussi l’expression douloureuse du visage. Ce n’est plus une simple demande, c’est une supplication. Enfin vous aurez remarqué qu’on signe la phrase dans un ordre différent du français : « nos péchés, pardonne-nous ».

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Le poing fermé évoque la violence, tandis que l’autre main cogne vers la traductrice/Jésus-Christ.
C’est de nouveau un verbe directionnel pour figurer tous ceux qui veulent faire du mal aux chrétiens en général, au Christ en particulier. L’expression du visage a changé pour suggérer la souffrance puis elle s’apaisera avec le signe du pardon.

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Pour exprimer la tentation, les égarements, sa main droite avance en mouvement sinueux. Par ce mouvement on peut aussi y voir une allusion à l’image du serpent rampant sur le sol (la main à plat). Cela rappelle bien sûr le serpent qui tente Eve dans la Genèse.

Maintenant le tout en mouvement :

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Un autre article de ce blog revient sur la traduction des textes religieux et la nécessaire adaptation culturelle : « Pater Noster – Padre Nostro – Notre Père »

L’Evangile de Luc à portée de mains

Au delà de ses propres convictions ou croyances, interpréter en langue des signes des événements religieux est toujours un exercice délicat et complexe. Il faut gérer ses propres émotions (lors d’obsèques par exemple), parvenir à trouver sa place sans troubler la cérémonie (difficile de se glisser auprès du prêtre lors de la communion), s’adapter à l’inconfort sonore (souvent dans les églises le son résonne ou est peu audible) et surtout cela demande des compétences particulières en linguistique, en histoire et en théologie.

Ainsi, la Bible – le livre des 3 religions monothéistes que je connais le mieux – et son corollaire de textes religieux est tout sauf un livre simple. Les phrases sont longues, les références culturelles et historiques nous sont peu familières, les paraboles et métaphores nombreuses et beaucoup de termes utilisés dans le Nouveau Testament n’ont pas d’équivalent en langue des signes française à commencer par les noms propres (Galilée, Abraham, Saint-Jean-Baptiste, Hérode…) ou certaines expressions caractéristiques des Évangiles (Royaume de Dieu, Fils de l’Homme, Maître de la Loi…).

Or, bien que la Bible soit le livre le plus traduit au monde (des parties de celle-ci seraient disponibles en 2400 langues) il n’existait pas jusqu’à récemment de version en langue des signes française sur laquelle nous aurions pu nous appuyer pour imaginer des stratégies d’interprétation, voir des signes lexicaux nous manquant.
Cette situation était d’ailleurs paradoxale car les religieux se sont beaucoup impliqués dans l’éducation des sourds le plus célèbre étant bien sûr l’Abbé de l’Epée dont nous fêtons le tricentenaire de la naissance cette année.

Bref, les interprètes en langue des signes manquaient de matériels pour effectuer des traductions précises et les sourds signeurs ne pouvaient pas avoir accès aux textes bibliques ce qui, en raison de notre passé judéo-chrétien, signifiait, pour eux, être privé d’une part importante de la culture générale qui a participé à l’édification la nation française (et plus largement européenne).
En outre, ces derniers ne pouvaient pas non plus percevoir l’émotion qui se dégage de ces textes religieux car pour un sourd qui n’a jamais eu accès au son, les mots sont comme des coquilles vides et le fait de pouvoir les lire ou les écrire ne change rien, il manque la dimension visuelle.

Par chance pour ces deux groupes (sourds et interprètes) cette lacune est (en partie) comblée.
En effet, il y a 5 ans, plusieurs équipes francophones ont travaillé sur la traduction de l’Évangile de Luc en lsf et c’est ainsi que trois DVD ont été réalisés par l’Alliance biblique française. Le résultat de ce travail considérable est remarquable.
Pour ce seul Évangile, neuf équipes totalisant cent bénévoles (sourds et entendants, enseignants de langue des signes, religieux, théologiens, linguistes, interprètes, techniciens vidéo) en Suisse, France, Belgique et au Congo-Brazzaville ont travaillé durant trois ans.

La traduction a été réalisée à l’aide de l’original grec, comme pour toute nouvelle édition de la Bible. Comme le raconte l’un des participants : « chaque passage a d’abord donné lieu à une étude biblique avec nos interprètes. Ils tentaient ensuite de le signer. A chaque difficulté de traduction, nous creusions à nouveau le texte original en grec ».
En effet il est primordial que la traduction reprenne fidèlement le sens du texte qui est souvent abstrait.
Par exemple l’épisode du lépreux (Luc 17-19). Jésus lui déclare « Lève toi, va ; ta foi t’a sauvé ». Le terme « sauvé » est ambigu : il indique d’une part la notion de guérison physique et d’autre part il intègre la dimension spirituelle de la personne. Le miracle ne concerne pas uniquement le corps débarrassé de la maladie mais aussi la personne dans sa globalité (corps et âme).
Il faut alors transmettre via son interprétation cette double dimension en utilisant notamment des expressions du visage adéquates soulignant « l’illumination » de la personne.

De plus, pour combler le manque lexical, 90 nouveaux signes ont été inventés. « Il fallait se mettre d’accord sur une manière commune de traduire des termes comme «la foi» – un geste partant du front jusqu’au cœur – ou des prénoms comme Abraham – le mouvement d’un coup de couteau stoppé de l’autre main en référence au sacrifice d’Isaac ».

Ce travail de traduction sur l’Évangile de Luc souligne aussi (pour ceux qui l’aurait oublié) que la langue des signes par sa richesse, sa précision, sa finesse permet de traduire n’importe quel texte ;
– du plus concret : « Au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des maîtres; il les écoutait et les interrogeait ». (Luc 2-46)
– au plus abstrait : « en effet toute personne qui s’élève sera abaissée, et celle qui s’abaisse sera élevée ». (Luc 18-14)

la bande-annonce du projet de l’Alliance biblique française :

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Pour se procurer ce triple DVD : http://bit.ly/saintlucenlsf

Au commencement était le verbe…

Tout comme Jésus-Christ qui nous mettait en garde contre les charlatans et autres faux prophètes, « gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtement de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs » Matthieu 7:15, il faut se méfier des « faux interprètes » en langues des signes française.
Ce n’est pas parce qu’une personne est placée dans le coin d’un écran de télévision qu’il faut en déduire que c’est un interprète en LSF.
En ce domaine il n’y a pas de miracle, être interprète c’est un métier qui s’apprend et devoir le répéter sans cesse relève du chemin de croix pour nous autres professionnels.

La preuve ci-dessous.

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Pour cette jeune fille transfigurée en haut à gauche manifestement les voies de l’interprétation en langue des signes française sont impénétrables. D’ailleurs elle ne s’exprime pas en LSF mais dans un français signé de très mauvaise qualité.

Cela n’est guère charitable mais, si je coupe le son et que je traduis les 30 premières secondes cela donne : « Content vous voir mon rendez-vous dimanche L octobre dans l’église P O C C là ensemble toi je réponds mets en garde évolution, mets en garde évolution mot église cherche question réponse … ». Bref, c’est apocalyptique.

Je m’arrête et même si on m’a appris qu’avant de voir « la paille qui est dans l’oeil de ton frère, n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton oeil ? » Matthieu 7:3  comment ne pas s’offusquer d’un tel résultat. Il aurait mieux valu relire et méditer l’épître de Paul aux Corinthiens : « s’il n’y a point d’interprète, qu’on se taise dans l’Église, et qu’on parle à soi-même et à Dieu » 1 Cor 15:28.

Surtout, et plus sérieusement, pourquoi se permet-on publiquement de malmener ainsi cette langue (des signes) ? N’est-ce pas là humilier une communauté, une culture ? Accepterions-nous que notre propre langue soit interpréter avec tant de fautes dans un jargon aussi incompréhensible ? Peux-t-on imaginer voir à la télévision une traduction d’un si piètre niveau vers l’anglais, l’espagnol ou le chinois ?
On peut en douter et, contrairement à Ponce Pilate, il ne faut pas s’en laver les mains (Matthieu 27:24), mais affirmer que ce n’est pas mieux que rien mais que c’est pire que tout.
Il faut en outre cesser de croire que l’interprète en langue des signes est une « âme charitable » qui prête son concours à une situation où les intervenants se comprennent mal. Son rôle, son métier est de permettre les échanges de pensées, en transmettant fidèlement dans une langue un message prononcé dans une autre.

Ou bien, choisissons la solution radicale mise en œuvre par le Christ : « On lui amena un sourd, qui avait de la difficulté à parler, et on le pria de lui imposer les mains. Il le prit à part loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et lui toucha la langue avec sa propre salive; puis, levant les yeux au ciel, il soupira, et dit: Ephphatha, c’est-à-dire, ouvre-toi. Aussitôt ses oreilles s’ouvrirent, sa langue se délia, et il parla très bien ». Marc 7:32-35.