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« Bientôt les interprètes en langue des signes remplaceront les centrales nucléaires »

Face au réchauffement climatique, au danger que représentent les centrales nucléaires, les interprètes en langue des signes seront-ils la solution ? C’est possible.

Rassurez-vous, aucun Docteur Frankenstein n’a prévu de nous transformer en pile électrique. Néanmoins, un nouveau système, qui est encore à l’état de prototype, est en cours d’élaboration ; il devrait prochainement permettre aux interprètes qui traduisent vers une langue des signes de produire de l’électricité.

Les premières phases de test ont déjà eu lieu et les résultats récemment dévoilés sont encourageants.
C’est ce que j’ai pu constater lors d’une conférence, à laquelle j’ai été invitée et qui fut donnée en marge de la COP 21 par le fondateur et président franco-américain de la startup K-Bio, Jonas Whale.

L’idée lui est venue tandis qu’il dansait à l’Aquarium, un nightclub à Amsterdam, aux Pays-Bas.
« Ce club est connu dans tout le pays pour avoir mis en place un sytème de récupération de l’énergie produite par les danseurs sur le dance-floor. Conçues par l’entreprise l’entreprise Sustainable Dance Club (SDC) , des dalles récoltent l’énergie cinétique produite par les danseurs ce qui permet à la boite de nuit d’alimenter l’éclairage grâce à l’énergie produite par les mouvements des danseurs », explique-t-il.

 

Mais pourquoi associer ce système à des interprètes en langue des signes ?
Simplement car la soeur de Jonas est sourde et qu’il a fréquenté de nombreuses interprètes qui traduisaient pour elle. « Je suis même sorti avec l’une d’elle, Gladys Mermaids une interprète en langue des signes américaine (ASL) durant 5 ans. Le soir, assis dans mon canapé, je la regardais traduire frénétiquement le journal télévisé ». C’est ainsi qu’il a eu le déclic.

« J’ai une formation d’ingénieur en génie électrique, dans ma tête mes neurones ne pensent qu’aux protons et aux électrons. En voyant l’énergie qu’elle déployait à bouger ses bras et ses mains dans tous les sens pour suivre le ryhtme du journaliste, j’ai pensé qu’il était idiot de gaspiller toute cette énergie produite et qu’on pourrait la transformer en électricité ».

C’est ainsi que l’idée de l’interprète produisant de l’électricité est née et qu’il a créé dans la foulée, en 2012, sa startup située à Paris, rue du Faubourg Poissonnière dans le 9ème arrondissement, K-Bio.

« Avec cette invention, mon but est que les interprètes en langue des signes soient auto-suffisants durant leur journée. Pour avoir vécu avec une interprète  je sais qu’ils sont toujours en déplacement et qu’ils n’ont pas forcement la possibilité de recharger comme ils le voudraient leur téléphone ou leur ordinateur portable. Avec mon système, ils seront totalement indépendants, ils pourront se passer des prises électriques. Aujourd’hui je travaille pour cette profession car il y a un marché de niche qui me permet de tester grandeur nature mon prototype mais demain j’espère bien le proposer à d’autres professionnels qui sollicitent leurs bras comme les caissières, les policiers réglant la circulation, les maitres-nageurs, les lanceurs de javelots, les peintres en bâtiment… ». 

Voici dispositif : au début de ses recherches, il a conçu un gant comme on peut le voir sur cette photo prise en 2013 lors d’une conférence destinée à trouver des fonds pour financer le développement de son entreprise.

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Ayant parfaitement conscience qu’aucun interprète ne pourrait traduire correctement avec cet engin autour des mains, il a axé ses recherches sur la miniaturisation des composants et autres bobines et il est arrivé à un résultat plutôt encourageant.

« Nos équipes de chercheurs et de techniciens sont parvenus à créer un gant qui épouse parfaitement les contours de la mains. Aujourd’hui il est bleu pour les besoins des démonstrations afin qu’il soit parfaitement visible comme aujourd’hui à la COP21 mais demain il nous sera aisé de le rendre soit transparent soit de couleur chair pour qu’il soit quasi-invisible. »

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Jonas Whales nous en détaille le fonctionnement : « l’énergie cinétique produite par les bras des interprètes en action est convertie en électricité grâce à un mini-transformateur que nous avons conçu au sein de K-Bio. Puis cette électricité est stockée dans une batterie spéciale fixée à l’arrière du pantalon. Il suffit ensuite à l’interprète d’insérer son téléphone à l’intérieur, et d’attendre que la LED verte s’allume, signifiant que la batterie est rechargée ».
Ou comment l’interprète F-LSF se transforme en véritable poisson électrique !

 

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D’après les calculs des ingénieurs de la startup K-Bio et comme on peut le constater sur les graphiques que l’entreprise a projetés durant la conférence, l’interprétation d’une réunion d’une douzaine de personnes pendant une heure produit de quoi recharger de +18% la batterie de son téléphone portable. Pour un entretien, il faut compter deux heures pour atteindre un pourcentage identique.

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Interrogé par une journaliste qui lui demandait quel avenir il imaginait pour cette invention, le jeune entrepreneur a conclu : « nous ne sommes qu’au début du développement de cette nouvelle utilisation de l’énergie cinétique pour produire de l’électricité. Aujourd’hui ce sont les interprètes en langue des signes qui peuvent recharger leur téléphone grâce à leur activité professionnelle. Demain c’est chacun de nous qui produira sa propre énergie et nous pourrons dire adieu aux centrales nucléaires ou à charbon qui polluent tant et qui sont tellement néfastes pour notre terre. Voilà pourquoi je dis que bientôt les interprètes en langue des signes remplaceront les centrales nucléaires ! »

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Un seul regret : cette conférence organisée en marge de la COP 21 n’était pas traduite en LSF.
C’est dommage car vu le débit et l’enthousiasme de Jonas Whales quand il parlait, l’interprète devant le traduire aurait sans doute produit assez d’électricité pour éclairer la ville de Marseille durant une semaine.

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© Stéphan – ( i ) LSF

Maisons closes cherchent interprètes en langue des signes

Les problématiques liées à l’accessibilité se nichent parfois dans des endroits inattendus.

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Nous sommes à Poiskaï, en Belgique. Un pays qui, officiellement, condamne le racolage et le proxénétisme, mais tolère les maisons closes. Il existe même des taxes spécifiques pour ces établissements et des arrêtés municipaux précisant l’obligation de changer les draps à chaque client.

Dans la cuisine où les filles en peignoir fument et regardent la télé, les portables n’arrêtent pas de sonner. Ouvert depuis seulement quelques mois, cette villa, qui compte huit chambres à thèmes (jacuzzi, donjon, gang-bang, Dracula, sirènes du Pacifique…), ne désemplit pas.

Rien que de très banal. Sauf que depuis le 1er avril, un décret oblige les propriétaires de ces instituts à les rendre accessibles à toute personne handicapée, sourds compris.

C’est le journal « Le Temps de Bruxelles » qui nous révèle cette surprenante information : « dorénavant, les maisons closes devront être accessibles à toutes les personnes en situation de handicap. Des rampes d’accès ont été installées à la va-vite pour les fauteuils roulants, les tarifs des prestations sexuelles sont disponibles en braille et plus étonnant, des interprètes en langue des signes seront mis à la disposition des clients sourds. »

Comme le reconnaît Gérard Saumon, le patron du club « Les Vagues de Plaisir », « jusqu’à présent nos clients malentendants avaient des difficultés à expliquer leurs désirs, leurs fantasmes à mes filles. Ils devaient généralement se contenter d’une fellation et de la position du missionnaire. Pendant l’acte sexuel on peut difficilement lire sur les lèvres, la communication est limitée, il y a de nombreux malentendus, on ne comprend pas ce qu’ils veulent, c’est frustrant pour tout le monde. Il n’y avait aucun préliminaire, pas de contact autre que purement sexuel. Dorénavant un interprète diplômé sera installé dans la chambre afin de permettre aux deux amants d’échanger, de se parler, de se comprendre. » 

Placé sur une estrade au pied du lit et grâce à une veilleuse allumée en permanence, mon ou ma collègue pourra traduire les signes du client expliquant ses fantasmes, ses envies, ses manies sexuelles, et inversement, il interprètera en langue des signes les remarques, les questions de la prostituée voir les ordres si le couple se trouve dans la chambre sado-maso.

Aux critiques qui ne tarderont pas à fleurir, on pourra rétorquer qu’on parle toujours d’accessibilité pour les grands événements, les interviews présidentielles, les journaux télévisés mais jamais pour les plaisirs privés. Or pourquoi le plaisir, la jouissance ne devrait pas être accessible au plus grand nombre ?

Seule inconnue : les interprètes langue des signes devront-ils également traduire les cris « oh ! ah ! hum ! » que pourraient pousser les filles pour encourager le client sourd et indiquer l’intensité de leur plaisir ?