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Comment devenir le journaliste présentateur du journal de 20h ?

Rassurez-vous, je ne suis pas atteint par la folie des grandeurs et ce billet n’a pas pour objectif de vous expliquer comment évincer Laurence Ferrari, David Pujadas, Claire Chazal ou Laurent Delahousse afin de vous installer aux commandes du 20h de TF1 ou de France 2.

Plus modestement, ayant dû récemment interpréter en langue des signes française le journal de LCI diffusé à 20h, je souhaite évoquer la difficulté principale à laquelle il faut faire face quand on doit interpréter un journal télévisé à savoir « devenir » l’énonciateur c’est à dire le journaliste-présentateur.

Attention, quand j’écris « devenir l’énonciateur » il ne faut pas comprendre que l’interprète serait tellement efficient qu’il disparaîtrait du champ de la communication et deviendrait transparent voire évanescent.
En réalité, il s’agit en devenant le journaliste ou tout autre interlocuteur durant ce journal télévisé (commentateur, témoin, expert, interviewé…) de s’insérer intelligemment dans le processus du journal, dans sa mise en scène, pas de disparaître.
Plus précisément l’interprète en langue des signes doit parvenir à retranscrire l’intonation et le rythme du locuteur afin de ne faire plus qu’un avec lui.
Ainsi, qu’une personne s’exprime avec un débit rapide ou lent, saccadé ou fluide, nerveux ou calme etc. nous devons faire ressentir ces  couleurs via notre interprétation, nous devons faire ressortir ces points caractéristiques.

En écrivant cela, je ne fais que reprendre le schéma de communication proposé par Roman Jakobson et décrivant les différentes fonctions du langage telle que :
– la fonction expressive : l’émetteur du message informe le destinataire sur ses pensées, son attitude, ses émotions via l’intonation, le timbre de voix, le débit de parole…
– la fonction poétique : elle fait du message un objet esthétique et inclut la forme que l’on donne au message, le ton, la hauteur de la voix…

Voilà pour la théorie.
A présent revenons sur notre plateau de télévision ou le journal a commencé depuis quelques minutes pour constater, qu’hélas le ou la journaliste s’exprime trop très vite en lisant (via son prompteur) un texte écrit.

Selon une étude citée par D. Seleskovitch et M. Lederer dans leur célèbre ouvrage Interpréter pour Traduire (p.81) un discours normal (c’est-à-dire spontané) se déroule à environ 150 mots par minute (d’autres études le situent à 135).
D’après mes calculs, si on compte le nombre de mots prononcés par un journaliste durant le journal qu’il présente, on trouve en moyenne par minute : France 2 (Télématin) : 195 mots, BFMTV : 207 mots, iTélé 200 mots et LCI 190 mots.
Le débit est donc soutenu comparé à une conversation classique ou à une conférence dans un amphitéâtre (idem pour les commentaires en voix off durant les reportages). Le journaliste a conscience d’ailleurs de la difficulté pour l’interprète à suivre ce rythme infernal et s’en excuse parfois à la fin du journal. Ainsi, lorsque la lumière rouge au-dessus de la caméra s’est éteinte, la première question que me posa la journaliste (la charmante et très gentille Katherine Cooley) fut « ça a été, je ne parlais pas trop vite ? ». Poliment je lui ai répondu « non non, ne vous inquiétez pas » tout en essayant de reprendre mon souffle.

Il faut donc non seulement pouvoir signer très rapidement, sans hésitation, éliminer les « signes parasites » qui rallongent (voire alourdissent) votre traduction et donc vous font perdre du temps mais aussi trouvez des expressions iconiques, c’est à dire « donner à voir » en un minimum de signes.
La difficulté supplémentaire face à ce débit de paroles est qu’on ne peut pas décaler entre le discours et notre interprétation, le risque étant de traduire une information tandis que les images en montrent une autre, par exemple des résultats sportifs tandis qu’à l’écran s’affiche la météo du lendemain.

Une fois cette première épreuve franchie, surgit la seconde difficulté qui est d’intégrer la prosodie du journaliste, toujours dans le but d’être lui ou elle. Or justement, il n’en n’a pas ou très peu. Je veux dire par là que son discours manque cruellement d’intonation, de reliefs.
Attachés à leur neutralité, ne voulant pas faire apparaître leurs opinions, les journalistes à la télévision délivrent une information qui se veut objective. Pour cela leur discours n’exprime que peu d’émotions, ils gardent une élocution monocorde qui est renforcée par la lecture du texte. Ils transmettent un message vers un récepteur (le téléspectateur) en essayant d’intervenir au minimum sur la forme.

Devant la caméra, le journaliste a pour rôle principal d’être un médiateur : il accueille le téléspectateur (« Madame, Monsieur bonsoir »), il introduit les événements (l’actualité), il prend en charge les transitions (le fameux « sans transition » pour effectuer une transition), il fait la clôture par une conclusion finale (« tout de suite la météo »). Sobre dans sa diction, le discours rapide de cet anchorman comme l’appelle les anglo-saxons (celui qui ancre, qui retient) est purement informatif et linéaire.

D’ailleurs, lorsqu’on examine les journaux télévisés, si on étudie leur mise en scène on note de nombreuses similitudes : le cadrage du présentateur est unique. La posture du corps est relativement rigide. On voit simplement son buste. L’expression du visage reste figée. Quelle que soit l’information communiquée, il reste grave, impassible. Il faut généralement attendre un sujet culture comme le 65ème Festival de Cannes ou le lancement des sujets sportifs pour apercevoir quelques notes d’humour, un léger relâchement dans l’expression.
De plus, sa parole est dépouillée de toute opérateur de modalisation : les yeux rivés sur son prompteur, il lit rapidement et sur un ton monocorde un texte purement descriptif (factuel) qu’il a rédigé auparavant.
Le présentateur est donc un support neutre, un simple point de passage du discours de l’information qui en quelque sorte « parle par sa bouche ». On pourrait presque l’appeler « journaliste-ventriloque ».

Et c’est lui que l’interprète en langue des signes doit traduire c’est cette personnalité volontairement lisse (mais qui s’exprime très rapidement) qu’il nous faut intégrer.
Or, en tant qu’interprète pour pouvoir justement effectuer un transfert afin de devenir ce journaliste nous avons besoin d’aspérité, de ruptures de rythme, de vie dans le discours. Là, il n’y a pas de pause, pas de respiration, tout est énoncé d’une même voix ce qui complique notre tache pour nous y retrouver et traduire fidèlement le discours (en prenant en compte l’intention du locuteur).
De plus, pour accorder sa prosodie à son visage ce dernier est relativement inexpressif. Nous sommes donc supposés avoir ce même visage inexpressif ce qui est à l’opposé de la langue des signes elle-même où justement les expressions du visage (mimiques faciales) sont l’un des cinq paramètres majeurs de la grammaire de cette langue.
Bref, tant que le journaliste reste muré dans son rôle « sérieux », sa neutralité forcenée l’entoure d’une sorte de carapace qu’il est difficile de briser.

A l’inverse dès qu’un sujet plus léger est relaté (rarement hélas) et que le journaliste tente une note d’humour par exemple, on entre alors beaucoup plus facilement dans le personnage, on se détend soi-même et le travail de traduction est alors plus aisé car le discours offre des contrastes, le journaliste rythme son discours par des apartés, des commentaires, tout simplement il exprime une personnalité, sa personnalité.
On peut alors l’endosser et devenir, l’espace de quelques minutes, le présentateur vedette du journal de 20h.

Voici trois exemples du journal de 20h de LCI traduit en lsf.
Cliquez sur l’image pour accéder à la vidéo :

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Rue89 en parle…

J’ai été contacté cette après-midi par Emilie Brouze, journaliste à Rue89.
Suite à mon billet, elle souhaitait m’interroger sur la malheureuse prestation de Marianne Dubois qui a tenté (et échoué selon moi) de s’improviser interprète en langue des signes française durant un discours de Roselyne Bachelot.

Je vous invite à lire son article joliment intitulé :

« Pour les sourds,le discours de Bachelot traduit avec les pieds »

(une simple remarque : je ne suis pas un interprète des langues des signes mais plus modestement uniquement en français/langue des signes française)

Je ne peux néanmoins que me réjouir de cet article, qui espérons le, permettra aux partis politiques de prendre enfin conscience de la nécessaire présence d’interprètes diplômés durant les débats, les meetings qui jalonneront la campagne des élections présidentielles puis législatives.

Rendre l’information télévisée accessible aux sourds (5)

Je vous ai récemment expliqué les enjeux liés à l’accessibilité de l’information télévisée pour les personnes sourdes et de la présence indispensable d’interprètes en langue des signes françaises (LSF).
Le premier billet de cette série est ici.

A présent quittons quelques instants Paris et portons notre regard vers les côtes ouest de la France pour nous rendre à Poitiers. Depuis un mois, France 3 Poitou-Charentes propose tous les samedi, à 12h00 et 19h00, deux journaux télévisés traduits en LSF permettant ainsi un décryptage de l’actualité régionale (politique, sportive, culturelle) pour les sourds.
L’émission s’intitule « Signature » et cette expérience est d’autant plus intéressante que manifestement, la ligne éditorial de ce journal est pensée pour la communauté sourde. Ainsi, dans l’exemple ci-dessous on évoque un spectacle de rue se déroulant à Poitiers et entièrement signé.
L’interprète en LSF de cette édition du 1er Octobre est Marion Le Tohic.

Rendre l’information télévisée accessible aux sourds (4)

Quatrième et dernière partie :

L’interprétation des journaux télévisés
en langue des signes française (LSF) aujourd’hui

France 2

Depuis le 4 septembre 2006, dans le cadre de l’émission Télématin, deux journaux d’informations d’une durée d’environ cinq minutes, sont interprétés dans l’émission à 6h30 et à 8h55, du lundi au vendredi.

Le premier journal est en moyenne regardé par 1 130 000 téléspectateurs et le second par 2 250 000.

Deux ans plus tard, le 6 septembre 2008, il est décidé que les journaux du samedi à 7h00 et à 8h40 seraient également interprétés.

Télématin est une émission de télévision française d’informations et de conseils pratiques, diffusée depuis le jeudi 10 janvier 1985 sur France 2 de 6h30 à 9h00.

L’émission fait se succéder des flashes d’information et des rubriques culturelles et de vie quotidienne. William Leymergie, l’animateur est également le producteur délégué de l’émission. Il fait office de rédacteur en chef pour la partie magazine de l’émission ; mais pas pour les journaux qui dépendent directement de la rédaction de France 2 et possèdent leur propre rédacteur en chef.

Télématin est également un des programmes importants pour TV5 Monde, qui le rediffuse sur l’ensemble de son réseau dans la journée dans près de 200 pays.

Pour assurer ce service, cinq interprètes de Serac se relaient : Sophie Charmet, Frédéric Chevalier, Michelle Kerdal, Nelly Plateau et Sandrine Schwartz (que vous pouvez voir en action ci-dessous).

Les chaînes d’informations en continu

Quelques années après CNN, de nouvelles chaînes françaises apparaissent sur le câble, le satellite et enfin la TNT. Le principe est le même : ce sont des chaînes thématiques réservées à l’actualité et qui fonctionnent comme un journal permanent proposant à leur auditoire des informations, certes mais aussi des reportages, des magazines, des débats…

Créée le 24 juin 1994, la Chaîne Info, plus connue sous le sigle LCI, est une filiale du groupe TF1. Chaîne à péage, elle est accessible notamment sur la TNT payante, le câble, le satellite et les réseaux de télécommunication à haut débit.

Première chaîne d’informations en continu lancée en France, LCI a été conçue pour s’adresser prioritairement aux téléspectateurs de la catégorie « CSP+ » (cadres supérieurs et dirigeants d’entreprises). Cependant, avec le lancement de ses concurrentes, la chaîne a fait évoluer son contenu éditorial vers un public plus large sans toutefois abandonner son cœur de cible. Les débats y sont nombreux, l’actualité économique est très présente en journée et rares sont les reportages sur le terrain, notamment en régions. La grille des programmes de LCI est construite autour des journaux, avec cinquante-cinq éditions par jour, autour desquels sont diffusés des débats et magazines.

iTélé (anciennement iTélévision), filiale du groupe Canal+, est librement accessible principalement sur la TNT, le câble, le satellite, l’ADSL TV, la télévision mobile personnelle et en lecture en continu sur Internet.

Créée le 4 novembre 1999 comme une chaîne à péage, iTélé devient une chaîne gratuite à son arrivée sur la télévision numérique terrestre française en octobre 2005.

En septembre 2008, face à la concurrence des autres chaînes, la nouvelle direction d’iTélé adopte un «nouveau modèle éditorial» visant à reconquérir ses parts d’audience. Ainsi, iTélé se veut désormais plus réactive, plus événementielle, avec une antenne «en direct intégral entre 6h00 et 0h15».

BFM TV, filiale du groupe NextRadioTV, est présidée par Alain Weill depuis sa création le 28 novembre 2005.

Elle est librement accessible principalement sur la TNT, le câble, le satellite, l’ADSL TV, la télévision mobile personnelle et en lecture en continu sur Internet.

Se basant sur les audiences fournies par l’institut Médiamétrie, elle se présente depuis juin 2008 comme «la 1re chaîne d’information de France, tous supports de réception confondus».

Le credo de BFM TV est l’actualité généraliste en continu, sous tous ses angles et à toutes les heures. Quelques émissions thématiques (politique, économie, débat…) sont proposées en plus de sa principale composante d’information: journaux et éditions «tout-en-images».

Ces trois chaînes pour précisément se conformer aux différentes dispositions législatives, auraient dû rendre 40 % de leur antenne accessible aux malentendants au plus tard en Février 2010. Mais, d’après leur calcul, cela aurait représenté «14 % de leur budget. Avec la crise, elles parlaient de mettre la clé sous la porte… Il a donc fallu trouver une solution qui convienne à tous, un vrai casse-tête !» explique Christine Kelly, en charge du dossier au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel.

«Mais elles se sont engagées à le faire et elles ont joué le jeu, certes, après un combat acharné, un travail difficile, nous avons négocié chaîne par chaîne et finalement nous y sommes arrivés».

C’est ainsi que ces chaînes, pourtant concurrentes, sont parvenues à trouver un accord et à se partager la journée en trois tiers égaux.

Selon la Convention signée avec le CSA, BFM TV s’engage à mettre à l’antenne «du lundi au vendredi entre 8 heures et 13 heures, trois journaux comportant un sous-titrage adapté aux personnes sourdes ou malentendantes ainsi qu’un journal traduit en langue des signes à 13 heures».

C’est à la Société Red Bee Media que BFM TV a confié l’ensemble de la gestion de son accessibilité aux sourds et malentendants. Cela signifie que non seulement cet opérateur lui fournit les sous-titres pour ces émissions mais aussi qu’il est responsable des interprètes. Toutefois, les discussions sont encore en cours pour la rédaction des contrats de travail. En effet, Red Bee Media ne souhaite pas s’adresser à un service d’interprètes mais préfère les missionner soit en tant que vacataires, soit comme auto-entrepreneurs.

Parmi les interprètes qui interviennent régulièrement, on notera : Nelly Plateau-Olivier, Laetitia Benasouli, Isabelle Lombard, Sandrine Mustière, Fabrice Penot…

Le journal de 13h00, d’une durée de 12 minutes, interprété en LSF, est regardé en moyenne par 90 000 téléspectateurs.

Selon la Convention signée avec le CSA, ITélé doit à mettre à l’antenne «du lundi au vendredi entre 21 heures et minuit, trois journaux comportant un sous-titrage adapté aux personnes sourdes ou malentendantes ainsi qu’un journal traduit en langue des signes à 17 heures».

Afin de respecter ses obligations, cette chaîne a décidé de signer un partenariat avec Serac qui lui fourni les interprètes en langue des signes, et comme sur France 2, chacun traduit en moyenne un journal par semaine.

Le journal de 17h (environ 10 minutes) interprété en LSF est regardé en moyenne par 90 000 téléspectateurs.

Enfin, pour LCI, les créneaux sont « du lundi au vendredi entre 14 heures et 20 heures, trois journaux comportant un sous-titrage adapté aux personnes sourdes ou malentendantes ainsi qu’un journal traduit en langue des signes à 20 heures».

Pour cela, cette chaîne a fait appel aux services de Sibils. Ainsi que nous l’expliquait une interprète de cette Agence d’interprètes, «LCI était très inquiet pour la mise en place de ces interprétations en direct, pour eux c’était la première fois. Aussi le fait que Sibils s’occupe également de l’interprétation des questions au gouvernement à l’Assemblée Nationale, cela les a rassurés». C’est donc ce service qui gère intégralement l’organisation, les plannings. La seule demande de LCI était d’avoir deux interprètes référents (Béatrice Blondeau et Frédéric Marchesand). «On leur a proposé un homme et une femme ils étaient d’accord et sur le contrat d’engagement, ce sont nos noms qui sont inscrits. Nous sommes identifiés, ils ne veulent pas que cela change sans arrêt qu’on tourne sans cesse. Ils veulent une vraie fidélisation. Bien sûr il y a des suppléants en cas de maladie ou de vacances».

Le journal à 20h00, d’une douzaine de minutes, interprété en LSF, est regardé en moyenne par 20 000 téléspectateurs.

Rendre l’information télévisée accessible aux sourds (2)

Des décisions politiques

Dans une première partie nous avons souligné l’importance pour la communauté sourde d’accéder à l’information notamment avec la présence d’interprètes en langue des signes française (LSF).

Voici, dans cette deuxième partie, les dispositions politiques qui ont permis la mise en place de cette accessibilité.

La loi du 11 Février 2005 (loi n°2005-102) intitulée « Loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées », accorde à la langue des signes française (LSF) une reconnaissance claire et sans détour dans son article 75 ( « la langue des signes française est reconnue comme une langue à part entière. Tout élève concerné doit pouvoir recevoir un enseignement de la langue des signes française » ).

Surtout, elle a modifié la loi du 30 septembre 1986, sur la liberté de communication.

C’est pourquoi, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), réuni en assemblée plénière le 26 juin 2007, après une période de concertation avec les diffuseurs et les associations représentatives des personnes sourdes ou malentendantes, a adopté les principes suivants :

1/ les chaînes hertziennes dont l’audience moyenne annuelle est inférieure à 2,5% de l’audience totale des services de télévision doivent s’engager à rendre accessibles aux personnes sourdes ou malentendantes, par des dispositifs adaptés (interprètes, sous-titrages…) définis en concertation avec les associations représentatives, et en particulier aux heures de grande écoute, 40% des émissions, hors écrans publicitaires, à compter de l’année 2010, en s’attachant notamment à assurer l’accès à la diversité des programmes diffusés ;

2 / les chaînes conventionnées du câble et du satellite doivent s’engager à rendre accessibles aux personnes sourdes ou malentendantes, par des dispositifs adaptés (interprètes, sous-titrages…) définis en concertation avec les associations représentatives, et en particulier aux heures de grande écoute, 20% des émissions, hors écrans publicitaires, à compter de l’année 2010, en s’attachant notamment à assurer l’accès à la diversité des programmes diffusés.

Cela signifie que toutes les chaînes publiques et certaines chaînes privées (TF1 – M6 – Canal +) ont l’obligation de sous-titrer tous leurs programmes, quel que soit leur mode de diffusion.

Cette loi déclarait Anne-Marie Monchamp, actuelle Secrétaire d’Etat aux Solidarités et à la Cohésion Sociale,  «est une victoire politique au sens large du terme puisque c’est une victoire de la citoyenneté. En ayant accès à la télévision, les personnes sourdes et malentendantes sont désormais des citoyens comme les autres, si vous me permettez l’expression des citoyens ordinaires».

Fin 2008, selon les chiffres publiés par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, toutes les grandes chaînes dépassaient la barre de 50% de programmes sous-titrés et la plupart avaient même atteint le seuil de 75% et l’objectif des 100% de sous-titrages a été quasiment atteint en Février 2010.

Par exemple, Canal + sous-titre ses programmes emblématiques depuis le 1er Février 2010 tels que « Les Guignols » ou « Le Grand Journal » tandis que France Télévisions a sous-titré (en direct) les épreuves des jeux olympiques à Vancouver.

Cette première étape franchie, de nouveaux objectifs ont été définis par le Gouvernement dans le «Plan Gouvernemental 2010-2012 en direction des personnes sourdes ou malentendantes».

Dans la continuité de la loi du 11 février 2005, ce plan doté de 52 millions d’€ comprend 52 mesures concrètes en direction des personnes sourdes ou malentendantes pour :

– améliorer la prévention, le dépistage et l’accompagnement lors de la découverte d’une déficience auditive.

– mieux prendre en compte la déficience auditive à tous les âges de la vie (école, enseignement supérieur, emploi, personnes âgées devenues sourdes)

– rendre notre société plus accessible aux personnes sourdes ou malentendantes (accès à l’information et à la culture, téléphonie, développement des métiers de l’accessibilité).

Concernant ce dernier point, il est précisé qu’afin de renforcer l’accès à l’information et favoriser l’accès à la culture, le plan prévoit par exemple la mise en place par France Télévision, dès 2011, d’au moins un journal télévisé du soir traduit en langue des signes (mesure n°38). Toutes les campagnes audiovisuelles publiques et les spots des campagnes électorales officielles seront désormais accessibles aux personnes sourdes et malentendantes (mesure n°39).

Nous en verrons les conséquences concrètes sur les programmes télévisés dans un prochain billet.

A suivre…

Rendre l’information télévisée accessible aux sourds (1)

Devenir un citoyen à part entière

Université d’été du Parti Socialiste à La Rochelle, Campus de l’UMP à Marseille, organisation de primaires pour désigner le candidat du PS, vote des militants d’Europe Ecologie Les Verts en faveur d’Eva Joly… la campagne en vue de l’élection présidentielle est déjà bien engagée.

Pendant longtemps pour la communauté sourde, ces événements demeuraient largement incompris voire inconnus car inaccessibles. En effet, ils n’avaient connaissance de ces informations, ces dernières n’étant pas ou très peu traduites en LSF.

Or, comme le souligne Arlette Morel, ancienne Présidente de la Fédération Nationale des Sourds de France et initiatrice du premier service d’interprétation Français/LSF à Paris, «l’interprétation en langue des signes permet aux sourds d’avoir accès in vivo à l’information. Autrefois, il y a une vingtaine d’années, en matière de politique, les sourds étaient influencés par leur entourage immédiat, souvent ils votaient comme leurs parents. Ils n’avaient pas accès aux débats télévisés à l’occasion desquels les candidats présentent leur programme. Aujourd’hui, des meetings sont interprétés le débat opposant les deux candidats à la dernière élection présidentielle [1995] a été rediffusé accompagné d’une interprétation en LSF. Cela représente un gros progrès. Si on leur en donne les moyens, les sourds peuvent être des citoyens responsables et autonomes. Il faut que les sourds aient accès à la culture, à la formation et à l’information».

Si le «réveil sourd» a permis à cette communauté de se prendre en main, d’affirmer son existence, il a également mis en lumière la difficulté pour cette population non seulement d’accéder mais aussi de comprendre l’information.

Or, comme le rappelait l’ancien ministre délégué à la Sécurité sociale, aux Personnes âgées, aux Personnes handicapées et à la Famille, Philippe Bas «l’accès à la télévision est la condition même de la participation à la vie sociale. Informer, divertir, offrir à chacun les clés pour trouver sa place dans la société, pour devenir citoyen et s’ouvrir à la culture de son pays, telles sont les missions de la télévision».

En ce domaine, la situation vécue par les sourds est bien différente de celle des entendants et s’ils ne font pas preuve d’un certain acharnement, ils passent immanquablement à côté de l’information. En effet, les entendants sont inondés par un flot continu d’informations sonores provenant de médias multiples (radio, télévision, Internet, téléphonie) qui leur permettent plus facilement et plus rapidement de se construire une opinion, tandis que les sourds ont bien conscience d’être largement sous-informés et en constant décalage par rapport au reste de la société.

Certes, il est vrai qu’aujourd’hui internet offre une information écrite à tout moment de la journée mais encore faut-il avoir accès à ce moyen de communication. Quand bien même, il apparaît souvent des problèmes de compréhension liés au vocabulaire propre aux informations qu’elles soient nationales ou internationales. Et il est parfois difficile pour un sourd d’en saisir tous les mots, les subtilités et autres implicites, et donc, d’avoir accès au sens réel. L’information délivrée par un journaliste, qu’elle soit écrite ou télévisée, se base sur des idées, des concepts et fait référence à des notions, des événements ou à des personnalités qui peuvent être inconnus d’une majorité de sourds.

Ainsi, beaucoup de sourds ne s’approprient pas l’écrit et la lecture, malgré des années d’apprentissage scolaire et/ou ont de graves lacunes en français qui les mettent en situation d’échec. Selon le rapport de Dominique Gillot, alors député du Val d’Oise (1998), en France le pourcentage de sourds illettrés est de 60 à 80 % sur 4 millions de personnes sourdes environ : les chiffres variant selon les paramètres qui peuvent aller de l’enfant né sourd à la personne âgée devenue sourde.

C’est pourquoi les sourds, et particulièrement l’UNISDA (Union Nationale pour l’Insertion Sociale du Déficient Auditif) se sont battus pendant des années pour obtenir un accès à l’information télévisée non seulement via les sous-titres mais surtout grâce à la présence d’interprètes en langue des signes afin d’avoir un accès quotidien à l’information.

Passerelle entre deux communautés, l’interprète en LSF devient alors une clé pour que chaque sourd puisse être librement un citoyen à part entière.

A suivre…