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Tabarnak, c’est quoi cet interprète en langue des signes ?

Dans la série « mieux vaut en rire qu’en pleurer » après la France, voici le Canada…

Souvenez-vous :
On s’était insurgé devant les ridicules pantomimes de Marianne Dubois, députée française tentant désespérément de traduire en LSF le discours de sa copine Roselyne Bachelot.
On s’était désespéré en regardant le fils d’une amie de Christiane Brunet (candidate UMP) faisant office d’interprète en langue des signes française durant la dernière campagne législative.
Voici que je découvre (grâce à ma collègue Sandrine)  que la France (malheureusement) ne détient plus l’exclusivité de ces bévues.

Ce qui va suivre se déroule au Québec.
Marguerite Blais est une députée, qui s’intéresse et soutient depuis longtemps la communauté sourde. D’ailleurs elle a écrit de nombreux ouvrages à ce sujet : « Quand les Sourds nous font signe : histoires de sourds« , « La culture sourde : Quête identitaires au cœur de la communication« , « Apprendre à vivre aux frontières des cultures sourdes et entendantes« ) et elle milite ardemment pour une plus grande présence de la langue des signes québécoise (LSQ) dans la société.

Aussi a-t-elle logiquement décidé que son message vidéo pour souhaiter un joyeux noël à ses concitoyens serait interprété en LSQ. Mais curieusement elle n’a pas songé à faire appel à un interprète diplômé (pourtant il y en a d’excellents dans la belle province) et elle a pris le premier venu qui s’est porté volontaire pour faire le job.
Hélas ! Le résultat est pitoyable comme le montre cette vidéo :

Les sourds québécois sont bien sûr furieux devant une telle clownerie. Alors, pour souligner le caractère farfelu de cette vidéo ils ont sous-titré ce que tente maladroitement de signer l’homme derrière la députée afin de montrer le non-sens, le décalage avec le discours.

Réponse de la députée à ces critiques légitimes : « Une autre fois, je veillerais à ce que l’interprète soit conforme aux normes. J’ai demandé un interprète et c’est lui qui est venu avec toute sa bonne volonté ».
Bref les mêmes excuses qu’en France : « désolé, je savais pas, mieux que rien, bonne volonté, pas rendu compte… » . 

Caméra Café : « le langage des signes »

Parfois, lorsqu’une personne sourde est engagée dans une entreprise et afin de faciliter son insertion, il est fait appel à un interprète en langue des signes (et non langage des signes comme est intitulé ce sketch) pour que les premiers échanges entre elle et ses collègues ou sa hiérarchie se passent pour le mieux. Cela permet de faire tomber les appréhensions des uns et des autres, d’éviter tout malentendu durant cette première journée.

On pourrait arguer que la vidéo ci-dessous est une démonstration par l’absurde, qu’elle montre justement ce qui se passe en absence d’un interprète. Mais, pour faire un mauvais jeu de mots, je dirais que ce serait « sur-interpréter » cette vidéo et il faut savoir rester modeste 😉 .
D’ailleurs je ne suis sûr que la présence d’un interprète en LSF – ou en langue des signes québécoise (LSQ) – aurait pu sauver la situation (et pour rien au monde j’aurais voulu être celui-là).

Une de mes collègues, « Sandy », a eu l’heureuse idée de sous-titrer la vidéo afin de la rendre parfaitement accessible (il suffit d’actionner la fonction CC). Il faut saluer ce travail remarquable et particulièrement difficile car comme elle le souligne, « j’ai eu du mal à entendre/comprendre les dialogues, car les comédiens ont un sacré accent québécois… Franchement, je me demande si c’est le langage caribou qui vraiment dur à décoder ou si c’est moi qui doit aller passer un audiogramme… J’ai repassé des parties plusieurs fois, et maintenant que je vois les corrections, c’était super évident… Pfffff… »

Les TMS, troubles musculo-squelettiques

Ce week-end, un article du Monde s’intéressait aux troubles musculo-squelettiques (article réservé aux abonnés).
« Les troubles musculo-squelettiques (TMS) augmentent d’environ 18 % par an depuis plusieurs années. Ils représentent 80 % des causes de maladies professionnelles reconnues pour les actifs du régime général, selon la Caisse nationale d’assurance-maladie (Cnam). « Cette nouvelle épidémie est l’une des questions les plus préoccupantes en santé au travail », lançait en 2010 le professeur Jean-François Caillard, chef du service des maladies professionnelles au CHU de Rouen. Certaines catégories professionnelles sont plus touchées que d’autres, comme le secteur alimentaire – les caissières sont en première ligne -, les salariés des exploitations agricoles, de la métallurgie, de la construction automobile, du BTP… »

La journaliste aurait pu ajouter à cette longue liste des professions l’interprète en langue des signes.
En effet, sous le terme de TMS on retrouve de nombreuses pathologies qui entraînent des douleurs au niveau des articulations et des tissus mous (muscles, tendons, nerfs), situées sur les membres supérieurs (cou, épaule, coude, poignet, main). Ces douleurs constituent évidemment le principal symptôme des TMS chez les interprètes en langue des signes. Elles sont d’ailleurs reconnues comme maladies professionnelles.

Parmi elles, la plus invalidante est certainement le syndrome du canal carpien : il correspond à la compression du nerf médian par des tissus enflés ou enflammés (généralement le ligament) situé dans la région intérieure de la main. Par conséquent, la personne peut ressentir des engourdissements de la main et des douleurs sur les trois premiers doigts (pouce, index, majeur) sur la face palmaire.
Pendant la nuit ou au réveil, il est également possible de ressentir des fourmillements, des brûlures, des picotements. Dans certains cas, les douleurs de la main et du poignet irradient dans l’avant bras, le coude, et parfois l’épaule. Le syndrome du canal carpien provoque donc des douleurs intenses et prolongées, ce qui entraîne des gênes allant jusqu’à la paralysie. Avec l’évolution de la maladie, la personne peut avoir une perte de sensibilité et de mobilité, d’où une fonte musculaire. La personne se sent incapable de bouger ses doigts, a des difficultés pour saisir des objets, même les plus légers, elle devient plus maladroite et a mal dès qu’elle utilise sa main ou son poignet. De ce fait même les gestes les plus simples de la vie quotidienne deviennent douloureux et difficiles à réaliser (ex. téléphoner, conduire, se coiffer).

Selon une étude menée au Quebec 81% des interprètes en langue des signes admettaient avoir des douleurs aux épaules, 79% au cou et 74% dans la région avant-bras poignets-main. Tandis que pour la population québécoise, ils sont 50% à ressentir des douleurs aux épaules, 41% au cou et 28% pour les avant-bras, les poignets et les mains. En France, 80 interprètes ont répondu à un questionnaire et 75% d’entres eux avait déjà consulté pour un syndrome lié au travail, dont 60% pour des troubles au niveau des mains, des doigts et des poignets.
Cela n’est guère étonnant car durant une séquence d’interprétation le corps de l’interprète est mis  à rude épreuve : tension des muscles du dos, des épaules, du cou… et beaucoup de mouvements répétés très fréquemment. Ainsi, selon une étude menée par Forum Européen des Interprètes en Langues des Signes (EFSLI) pour une heure d’interprétation, on compte en moyenne :
• 2 280 mouvements des doigts,
• 3 192 mouvements des poignets,
• 3 540 mouvements des coudes.
Par ailleurs les tensions dues à l’effort de concentration, au contrôle de la qualité de la traduction, au débit (parfois très rapide) du locuteur, au stress lié à la situation accroissent les risques de TMS.

C’est pourquoi on nous recommande de faire des étirements ou de la musculation pour renforcer les muscles des membres supérieurs. Les témoignages d’interprètes révèlent aussi que l’activité sportive comme le vélo, la natation, le rameur est également un moyen de vider le trop plein d’émotion et le stress. Vive le sport !

Interpréter les députés canadiens

Après la Suisse, nous faisons aujourd’hui escale au Canada, au Québec plus précisément où, si effectivement on y parle français on n’y pratique pas la LSF mais la LSQ.

Voici un article de La Presse Canadienne présentant Ann Missud, interprète en langue des signes qui travaille au Parlement fédéral.

La diminution des attaques verbales aux Communes fait au moins une heureuse

Depuis le début de la nouvelle session aux Communes le niveau des attaques verbales a été réduit de façon importante pendant la période de questions.

Ce changement de ton allège la tâche colossale qui repose sur les épaules d’Ann Missud.

En effet, Mme Missud traduit chaque session de questions au gouvernement pour les personnes sourdes et malentendantes, un travail qui inclut aussi l’interprétation des cris, des attaques verbales et éventuellement des moments de chahut.

On peut souvent l’apercevoir dans le coin supérieur droit de l’écran de télévision, juste au-dessus des lettres «LSQ», durant les retransmissions officielles des questions des parlementaires.

Ann Missud est une spécialiste de la Langue des signes québécoise. Elle travaille à partir d’un petit studio du centre-ville d’Ottawa, d’où elle écoute et interprète attentivement les échanges entre députés.

Avec un décalage d’environ 10 secondes, Mme Missud interprète énergiquement les propos échangés, en utilisant tout le haut de son corps, son visage et ses mains.

Lorsque certains mots ne se trouvent pas encore dans le «dictionnaire» de la LSQ. L’interprète doit alors les épeler lettre par lettre.
Des concepts complexes doivent aussi être reformulés en LSQ, une langue riche qui possède une culture, une poésie et même son propre humour. Elle a été créée pour les francophones du Québec, mais elle partage néanmoins environ 40 pour cent de son vocabulaire avec la langue des signes américaine (ASL).

Mme Missud dit qu’après avoir «traduit» 45 minutes d’échanges acrimonieux entre parlementaires, elle est « épuisée, à la fois physiquement et mentalement, à cause de la tension du direct. C’est tout un défi. »
D’autant qu’elle doit traduire tout ce qu’elle entend même s’il s’agit de propos « non parlementaires », comme les insultes.
« Il n’y a pas de censure », affirme Ann Missud, qui fait partie de l’équipe des quatre travailleurs autonomes actuellement employés par le bureau de la traduction de Travaux publics Canada.

Et même lorsqu’elle ne peut comprendre les mots criés d’un côté à l’autre de la chambre basse, l’interprète doit tenter de relayer les cris et le chahut avec son corps. Parfois, elle indiquera aux téléspectateurs que «des députés crient» si l’éruption sonore est trop importante.

Dès le début de cette 41e session du Parlement, avec une majorité conservatrice en place aux Communes, les députés ont adopté un comportement presque irréprochable. Les attaques verbales sont sporadiques par rapport à la situation qui prévalait lors des dernières sessions. Le leader de l’opposition, Jack Layton, a notamment promis de réduire au silence tout chahut provenant de son caucus.

Dean Beeby, La Presse Canadienne – 14 juin 2011

Ce texte est extrait d’un reportage vidéo de 2mn que je vous encourage à regarder.

Voici le lien :

http://fr.news.yahoo.com/video/ycanada-222561/interpreter-les-deputes-federaux-25725435.html