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Comment évaluer la qualité d’une interprétation ?

C’est la fin de l’hiver et telles les hirondelles annonçant le printemps, voici les stagiaires interprètes qui apparaissent un peu partout en France. Suivis par un tuteur, ils ou elles se frottent (angoissés) à la réalité du métier : ils vont enfin apprendre durant plusieurs mois les astuces de la profession, s’entrainer à résister à la pression, parfaire leur expression en langue des signes et en français. Bref il vont apprendre à être un « bon » interprète.

C’est en discutant avec un tuteur sur les critères d’évaluation (« comment évaluer la qualité d’une interprétation ») que m’est revenu en tête l’article que R. Locker McKee avait rédigé en 2008 et intitulé « Quality in Interpreting », The Sign Language Tranlator and Interpreter et qui est présenté dans l’ouvrage « Entre Sourds et Entendants » publié sous la direction de Pierre Guitteny.

Dans son étude, l’auteur note que les critères de qualité d’une interprétation en langue des signes varient selon le point de vue d’où on se place, coté interprètes ou coté sourds : les premiers mettent l’accent sur la neutralité, l’attitude professionnel (bref sur un respect scrupuleux du Code déontologique), tandis que les seconds mettent en avant la « fiabilité » de l’interprète, qui comprend sa connaissance du monde des sourds, de leur culture, son respect de la communauté sourde, un mélange d’éléments linguistiques, affectifs et interactionnels.

Le chercheur a mené une enquête auprès d’interprètes en langue des signes de Nouvelle-Zélande. Parmi les critères de qualité d’une interprétation, ceux-ci ont retenu :
– la « précision », la fidélité de la traduction ;
– la « conduite professionnelle » (secret, ponctualité, intégrité…) ;
– la « gestion de l’interaction » (l’adaptation aux circonstances, l’adaptation culturelle culturelle, le rapport avec les clients).

Face à ces critères mis en avant par les interprètes néo-zélandais, il faut rappeler que généralement, pour évaluer la qualité d’une traduction on distingue 3 niveaux :

1- la justesse de la traduction : la fidélité au sens du message original ;
2- la finesse de la traduction : l’adaptation au style d’expression des locuteurs, à la situation, aux niveaux de langue, etc. ;
3- la beauté de la traduction : la capacité à trouver immédiatement l’image ou l’expression qui reflètera le plus adéquatement possible ce qui a été énoncé dans l’autre langue.

Le premier niveau est le niveau minimum requis pour réussir un examen d’interprète. Le deuxième niveau, pour des étudiants interprètes, est souvent considéré comme un plus lors des examens (ce qui fera passer la note de 12 à 18). Le troisième niveau est souvent perçu comme l’apanage d’interprètes expérimentés, le « Saint Graal » pour chacun d’entre nous.

Pour revenir à l’interprétation d’une langue vocale vers une langue des signes (du français vers la LSF par exemple) cette différence entre une traduction simplement bonne et une traduction très bonne, cette différence entre une traduction réalisée par un interprète débutant et un interprète plus expérimenté concerne principalement voire exclusivement le maniement de « l’iconicité ».

Ainsi, vers le français, une des principales difficultés concerne la capacité à trouver rapidement des mots ou expressions permettant de formuler, de retranscrire toute la richesse tout le foisonnement de l’image dépeinte  en signes dans l’espace de signation. Or cela peut-être un véritable défi : il est possible en quelques signes de planter un décor, dépeindre des personnages voire toute une situation, ce qui nécessite de longues et multiples phrases dans une langue vocale.
A l’inverse, vers la langue des signes, le plus difficile, ce qui permet aux locuteurs sourds d’apprécier la qualité des traductions, est de passer d’une succession de mots et de phrases non pas à une succession de signes, mais avant tout à un tableau spatialisé, toute une scène avec ses avant-plans et arrière-plans, ses rapports et distances, ses décors, ses personnages…

Or, il serait faux de croire que cela ne concerne que quelques types de traductions, comme les contes ou les récits imaginaires.
Ce passage d’un texte ou discours purement linéaire à une scène en trois dimensions peut concerne tout type de traductions, que ce soit l’austère cours de physique-chimie, l’ultra-technique cours d’informatique, une consultation médicale, un procès en cours d’assises…

Je me souviens que durant ma formation, on nous demandait de traduire des extraits de textes compliqués comme ceux d’une loi.
Par exemple, nous devions traduire vers la langue des signes française les articles du code civil que prononce le maire lors d’un mariage (ex : « si les conventions matrimoniales ne règlent pas la contribution des époux aux charges du mariage, ils y contribuent à proportion de leurs facultés respectives »).
En première intention, en interprétation directe, tous les étudiants produisaient une traduction de type linéaire, une suite de signes sans placement particuliers. On nous demandait alors de reprendre l’article en question et d’en réaliser une présentation sous forme dessinée (traduire en image sur une feuille de papier, déverbaliser), présentant les différents objets ou personnes dont il est question et leurs rapports, leurs intéractions. Puis nous signions ces schémas. Immédiatement ces traductions signés était plus claires, plus lisibles.

Ainsi tout texte, tout discours même le plus ardu ou qui peut sembler le plus rétif à une « bonne » traduction s’il passe par l’étape indispensable d’une représentation visuelle peut donner lieu à une traduction claire, précise concise en langue des signes.
Et c’est là sans doute qu’est le critère premier pour produire une interprétation de qualité : maîtriser ce que l’on nomme la pensée visuelle.

La dactylologie

Je vous l’ai déjà dit, on demande régulièrement aux interprètes en langue des signes si on peut tout traduire et invariablement nous répondons oui (avec un charmant sourire) aussi bien du français vers la LSF qu’inversement de la LSF vers le français.

De fait, la langue des signes française est soumise aux mêmes phénomènes de création lexicale que toutes les autres langues.
Pour suivre l’évolution de la société, elle se « modernise » continuellement, de nouveaux signes apparaissent (internet, nanotechnologies, blog …), d’autres tombent en désuétude.
En outre, du fait de la longue interdiction de l’emploi de la langue des signes française dans l’enseignement (à la suite du Congrès de Milan en 1880) et de sa récente réutilisation dans de nombreux domaines spécialisés, le manque de vocabulaire est comblé par l’afflux important de néologismes (création de nouveaux signes). Toutefois, les processus de création et de diffusion prennent du temps et il arrive que les signeurs ne connaissent pas encore les néologismes ou que leurs créations ne soient pas encore stabilisées.
Il faut alors avoir recours à la dactylologie qui peut venir compenser ce manque de vocabulaire.

Historiquement, la dactylologie française (qui est très différente de l’anglaise, très compliquée, un peu de l’américaine, sans doute de la japonaise etc.) est dérivée de l’alphabet utilisé par un instructeur espagnol, Juan Pablo Bonet (1573-1633), disciple de Pedro Ponce de Leon. Juan Pablo Bonet enseignait aux enfants sourds de la noblesse les sons du langage parlé, lettre par lettre, à l’aide d’un alphabet  manuel.
Le terme «dactylologie» est composé de deux mots grecs qui signifient «langage des doigts». La dactylologie ou épellation est un alphabet manuel qui est utilisé comme un outil permettant d’introduire une modalité écrite au moyen des gestes. Elle consiste à former successivement une séquence de configurations manuelles qui correspondent chacune à une lettre de l’alphabet de manière à composer un mot (il s’agit d’écrire dans l’espace en quelque sorte).
L’alphabet de la LSF est composé de vingt-six signes plus ou moins arbitraires pour les lettres de l’alphabet. En effet, certains signes ressemblent à la graphie de la lettre écrite.

Contrairement aux signes, les mots épelés ont une organisation interne séquentielle (une lettre puis une lettre puis une lettre…) car ils représentent nécessairement un mot d’une langue écrite, il s’agit donc d’un transcodage. On peut dire que l’épellation fait partie des emprunts directs opérés par la LSF sur les langues écrites.

La dactylologie est régie par certaines règles de fonctionnement. Tout d’abord, elle est réalisée dans un espace spécifique appelé : espace d’épellation. Cet espace se situe devant l’épaule du signeur du côté de sa main dominante. La dactylologie s’effectue avec une seule main c’est-à-dire la main droite pour les droitiers ou la main gauche pour les gauchers. Il ne faut pas changer de main d’une lettre à l’autre. De plus, elle s’effectue face à son interlocuteur afin que celui-ci puisse avoir une perception visuelle globale et aisée du terme dactylologié. Ce dernier ne doit pas être rythmé lettre par lettre mais il doit rester sur le même plan avec la main fixe. Dans la situation où deux lettres identiques se suivent dans le terme épelé, il faut faire un petit mouvement latéral vers l’extérieur du corps avec la même lettre. Ce phénomène indique aux interlocuteurs le doublement d’une lettre. Enfin, en dactylologie les accents sont facultatifs, ils peuvent être réalisés avec l’index de la main.

Il faut noter ici, qu’il existe une différence d’appréhension de la dactylologie face aux néologismes entre les locuteurs signeurs et les interprètes.
En effet, un locuteur signeur, lors d’une simple conversation, n’aura pas recours systématiquement à la dactylologie lorsqu’il se trouve face à un manque de vocabulaire spécifique. Il aura tendance à utiliser une autre stratégie pour faire comprendre son idée : il est en situation de discours spontané dont il est l’auteur, il a le temps de trouver/chercher une formulation permettant d’éviter l’utilisation du signe/mot qui lui est inconnu.
C’est pourquoi, dans ces situations de communication, la dactylologie est essentiellement utilisée pour traduire des noms propres dont on ne connaît pas le signe (noms de famille, lieux, marques etc.). Récemment je racontais mes vacances à un ami sourd mais ne connaissant pas le signe pour la ville d’Hurghada en Égypte je devais systématiquement dactylologier le nom.

Voici un exemple proposé par une collègue interprète :
Un locuteur signeur veut énoncer ce propos : « mon enfant a de l’acné ».
S’il ne connaît pas le signe adéquat pour dire acné, il peut signer en LSF de cette façon : [MON] [ENFANT] [LUI] [BOUTONS] [TYPIQUE] [ADOLESCENT]. Le référent signé [ACNE] n’existant pas en LSF (du moins à ma connaissance), les locuteurs signeurs utilisent ce qu’on appelle une périphrase.
C’est une figure de style qui consiste à remplacer un terme par sa définition ou par une expression plus longue. En l’occurrence, il s’agit à dire en plusieurs termes ce que l’on pourrait exprimer en un seul, le but étant de faire passer le sens sans pour autant utiliser la dactylologie.
Ainsi, dans cet exemple, le locuteur signeur n’a pas besoin d’avoir recours à la dactylologie car il utilise l’idée générale de « boutons liés à l’adolescence » qui permet aisément de comprendre ce dont il s’agit.

En revanche, pour les interprètes en situation d’interprétation, celui-ci aura recours à la dactylologie.
Reprenons le même exemple. Un locuteur entendant raconte : « mon enfant a de l’acné », l’interprète pourra traduire cette affirmation ainsi : [MON] [ENFANT] [BOUTONS] [QU’ON NOMME] [ACNE].
On a alors recours à la dactylologie pour le dernier terme car « acné » n’a pas d’équivalent signé [ACNE] en LSF.
Nous pourrions bien sur imaginer des périphrases mais souvent la situation d’interprétation simultanée offre peu de temps de réflexion pour trouver la périphrase la plus fidèle à l’intention du locuteur. De plus, il est possible qu’au-delà de l’idée de périphrase, le locuteur ait l’intention de faire passer des termes spécifiques dans son discours, par exemple lors d’une consultation médicale. Dans ce cas, le recours à la dactylologie est indispensable car même si le sens est retransmis fidèlement, l’interprète se doit de communiquer les termes exacts du discours du locuteur.
Donc, la dactylologie, lorsqu’il n’existe pas d’équivalent en LSF, peut être le meilleur moyen pour rester fidèle à l’intention du locuteur qu’on traduit.

Néanmoins, quelques que soient les situations, on essaye d’utiliser cette technique avec parcimonie.
En effet, dactylologier vite et clair demande un long entraînement et généralement on « perd du temps » par rapport à l’énoncer oral. Donc pour l’interprète elle est source d’un décalage très important parfois difficile à rattraper.
Et à l’inverse, réceptionner un terme épelé avec des lettres écrites dans le vide est très compliqué. Comme le souligne Snana qui raconte sur son blog son apprentissage de la LSF, « on le suit jusqu’à la 6ème lettre et puis on décroche ».
En effet, généralement on reconnaît les 2-3 premières lettres, les 2-3 dernières et pour le reste on invente, on imagine, on comble en espérant trouver la bonne solution.

Et lorsque que vous aurez parfaitement acquis les mécanismes de la dactylologie de la langue des signes française, vous pourrez vous initier à la dactylologie du hiéroglyphe égyptien :

Journée Mondiale des Sourds (JMS) 2011

Lancée par la Fédération Mondiale des Sourds (FMS) lors de son premier Congrès le 23 septembre 1951 en Italie, cette manifestation internationale se déroule habituellement le dernier samedi du mois de septembre.

C’est une occasion intéressante pour sensibiliser le grand public au monde de la surdité, pour mettre en lumière les difficultés rencontrées quotidiennement par les personnes sourdes ou malentendantes et pour informer sur les solutions possibles et les adaptations réussies permettant une communication fluide entre sourds et entendants.

Cette visibilité (éphémère) permet également d’exprimer la volonté des sourds de s’intégrer dans la société, de revendiquer une égalité de droits en tant que citoyen à part entière.

En France, cette journée coordonnée par l’Association Mains Diamant et la FNSF (Fédération Nationale des Sourds de France) aura lieu durant une semaine (et oui!!!) du 19 au 24 Septembre 2011 avec en clôture la « Grande Marche » qui se déroulera le samedi 24 dans Paris suivie d’une soirée au Glaz’Art.

Comme chaque année, l’AFILS (Association française des interprètes en langues des signes) est partenaire de la JMS et des interprètes en langue des signes française (LSF) feront une intervention mardi 20 Septembre sur le thème « bénévolat et volontariat, deux concepts à distinguer ».
Par ailleurs des interprètes seront également présents pour traduire les conférences et autres discours durant la semaine ainsi que samedi lors de la manifestation dans Paris.

Le programme (cliquez sur l’image pour l’agrandir) :

Vous trouverez également des informations sur la page Facebook de l’événement en cliquant ici. 

A noter enfin que de nombreuses manifestations se dérouleront dans toute la France en présence d’interprètes LSF. Vous trouvez le programme complet sur le site officiel de la Journée Mondiale des Sourds 2011. 

La LSF à l’honneur pour la Journée européenne des langues

A tous ceux qui s’intéressent à la langue des signes française (son histoire, son rôle au sein de la communauté sourde) ainsi qu’au travail des interprètes en lien avec la LSF, je recommande cette journée d’échanges qui se déroulera Vendredi 7 Octobre dans le cadre de la Journée Européenne des Langues à la Maison de l’Europe de Paris sous le titre :

« La langue, condition de l’accès aux droits :
l’exemple de la langue des signes française (LSF) »

Cette journée étant traduite de la langue des signes française vers le français et vice et versa pour pourrez admirer apprécier le travail de mes collègues et certaines interventions évoqueront plus précisément notre métier, notamment celle de Francis Jeggli qui reviendra sur l’histoire de l’interprétation français/LSF.

PROGRAMME (sous réserve de dernières modifications)

MATIN

9h00 : Accueil des participants

9h15 : Allocutions d’ouverture : Mme Catherine Lalumière, Présidente de la Maison de l’Europe de Paris et Pierluigi Caterino, Chef d’unité à la DG Traduction de la Commission européenne. Présentation du déroulé de la journée par Anne-Sarah Kertudo.

9h30-11h00 : Session 1 – La LSF, une reconnaissance tardive

Table-ronde modérée par Mme Lederer, Professeur émérite à l’Université Paris 3, ancienne directrice de l’ESIT

Histoire de la LSF :

  • Un long parcours vers la reconnaissance : Michel Alessio, chef de la mission langues de France à la DGLFLF (ministère de la Culture)
  • Les conséquences d’une reconnaissance tardive : Fabrice Bertin, professeur d’histoire-géographie, Académie de Poitiers, chargé de cours à l’Université
  • La transmission de la LSF : Marie-Thérèse L’Huillier, formatrice ingénieur au CNRS

Histoire de l’interprétation français-LSF :

  • Présentation du métier : Francis Jeggli, interprète, chargé de cours à l’université Paris 8, Master science du langage, option interprétation
  • Une profession en évolution : l’AEIFLSF
  • Quelle place pour l’interprète ? : Pierre Guitteny, chargé de mission CIS Aquitaine

Pause café – «Café silence»

11h30-13h00 : Session 2 – L’accès à la Justice et au Droit

Table-ronde modérée par (confirmation en cours)

Introduction : Mme Pénélope Komitès, conseillère Handicap à la Région Ile-de-France

  • Retour d’expérience : Anne-Sarah Kertudo, Permanence juridique pour les sourds
  • L’avocat et le client sourd : Me Delouche, avocate au barreau des Hauts-de-Seine
  • Sourds en prison : association Ban Public
  • Le point de vue de la Chancellerie : confirmation en cours
  • L’interprète au tribunal : Émilie Ozouf, interprète
  • Témoignage : Helga Stevens, parlementaire européenne, membre de la Commission Justice du PE (sous réserve)

Synthèse : Mme George Pau-Langevin, députée, adjointe au maire du 20 arrondissement de Paris, auteure d’un rapport sur l’accès au droit

Pause-déjeuner (buffet sur place) et «Café silence » 

APRÈS-MIDI

14h30-17h30 : Session 3 – Citoyenneté : l’égalité dans l’accès aux droits

Table-ronde modérée par Alain Wallon, Antenne à Paris de la DGT

Droit aux soins :

  • L’Administration hospitalière : les pôles surdité en France : Jean Dagron, médecin
  • Témoignage d’un intermédiateur sourd
  • La permanence bilingue de la CPAM : Marie-Christine Baillat, conseillère bilingue
  • Groupe AIDES-Sourds : confirmation en cours

Droit à une éducation bilingue :

  • Le choix d’une scolarité en LSF : Patrice Dalle, président de l’ANPES
  • Témoignage : Anne Ginat, interprète en milieu scolaire
  • Joëlle Ayach, directrice de l’école Roux-Tenon de Massy, pôle LSF (sous réserve)

Droit à l’information et à l’emploi :

  • Didier Flory, journaliste à Echo Magazine, linguiste, interprète et metteur en scène
  • Les centres relais, démonstration par Viable
  • Websourd : Marylène Charrière, journaliste et responsable éditoriale du site WebSourd.org
  • EDF, une grande entreprise qui s’adapte : Jacky Correia, conseiller spécial surdité
  • Projet Ethik Event, une intégration réussie en entreprise : Didier Roche, Directeur général
  • Pascal Touitou, formateur

Synthèse : Mme Marie-Anne Montchamp, Secrétaire d’État au Handicap

Perspectives : M. Benoît Kremer, Président de l’Association internationale des interprètes de conférence (AIIC)

Inscription obligatoire via le formulaire joint ci-dessous à envoyer par mail avant le 30 Septembre : jel2011lsf@gmail.com

 

Formulaire Inscription Journée Européenne des Langues 2011 JEL 2011

Vendredi 7 Octobre 9 h – 18 h
Maison de l’Europe de Paris
35 rue des Francs-Bourgeois 75004 PARIS
Métros : Hôtel-de-Ville, Saint-Paul

Préparation à la formation « interprète en LSF »

L’Association Visuel, en partenariat avec Websourd et Interpretis, innove cette année en proposant une préparation à la formation interprète en lsf.
Cette préparation s’adresse aux personnes entendantes souhaitant intégrer un master « interprétation en langue des signes française ».  L’objectif est de permettre aux étudiants (ou futurs étudiants) de parfaire leur maitrise de la LSF et de les amener à une réflexion sur l’interprétation.

Objectifs de la formation :

Le besoin d’interprètes LSF/Français est considérable.
Les formations d’apprentissage de la Langue des Signes Française sont en plein essor ainsi que le nombre de personnes souhaitant intégrer une formation d’interprètes.
Il n’existe cependant pas de formation approfondie pour préparer l’entrée en Master Interprétation LSF/Français.
La LSF n’est pas une langue territoriale ; les locuteurs sont éparpillés par petits groupes dans tout le pays et il est parfois difficile de rencontrer la communauté qui utilise la LSF et de progresser.
L’objectif de cette préparation est donc de permettre aux stagiaires d’élever leur niveau de langue des signes par un travail de compréhension et d’expression de la LSF.
Elle apportera également des éléments de perfectionnement en français oral et écrit, nécessaires dans le cadre du métier d’interprète, ainsi que des connaissances sur la communauté Sourde et son histoire.

Critères d’admissibilité :

Etre titulaire d’un diplôme BAC + 3 ou être inscrit en Licence 3ème année.
Attester de 420 heures d’apprentissage de la LSF ou avoir acquis le niveau B1 du CECRL
Souhaiter intégrer par la suite une formation diplômante en interprétation LSF/Français.

L’admission sera définitive après examen du dossier de candidature et validation du niveau de Langue des Signes Française et de français lors d’un entretien de sélection.

Comité de pilotage
Alain BACCI, gestionnaire d’Interpretis
Philippe BOSSAVY, coordinateur pédagogique Visuel-LSF Paris
Vincent CASTEL, directeur de Visuel-LSF Toulouse
Patrick GACHE, conseiller et responsable de formation, Interpretis
François GOUDENOVE, directeur de Websourd
Sylvia LECLERC, coordinatrice, Visuel-LSF Paris
Rachid MIMOUN, directeur de Visuel-LSF Paris
Guylaine PARIS, présidente de l’AFILS
Jacques SANGLA, chef de projet, Websourd
Chantal SURGOT, chargée de pédagogie et formatrice, Visuel-LSF Paris

Intervenants
Simon ATTIA, formateur
Alain BACCI, gestionnaire d’Interpretis
Philippe BOSSAVY, formateur Visuel-LSF Paris
Olivier CALCADA, traducteur de LSF, Websourd
Yann CANTIN, doctorant en histoire
José DOBRZALOVSKI, conseiller pédagogique et formateur, Visuel-LSF Paris
Sonia FIORE, doctorante en Sciences du Langage, Université Paris8
Patrick GACHE, conseiller et responsable de formation, Interpretis
Pierre GUITTENY, docteur en linguistique, chargé de mission au CIS
Francis JEGGLI, interprète, AGILS
Marie-Thérèse L’HUILLIER, ingénieur d’étude, CNRS
Mamadou LY, formateur
Nicolas MEDIN, professeur PAST de LSF et doctorant en Sciences du Langage, Université Paris8
Rachid MIMOUN, directeur de Visuel-LSF Paris
Guylaine PARIS, interprète
Béatrice ROUVIERE, formatrice Visuel-LSF Paris
Radouane SAHSAH, formateur, Visuel-LSF Toulouse
Chantal SURGOT, chargée de pédagogie et formatrice, Visuel-LSF Paris

Contenu de la formation :
PDF - 789.6 ko

Prix et dates :
PDF - 149.6 ko

Dossier de candidature :
PDF - 163.5 ko

Visuel-Langue des signes française
13, rue d’Hauteville – 75010 PARIS
Tél : 01 43 15 05 96
contact.iledefrance@visuel.lsf.org

www.visuel-lsf.org

Cunilan.net, dictionnaire français/LSF

Les interprètes-traducteurs, quelque soit leurs langues de travail utilisent des dictionnaires. On perçoit la difficulté de constituer un tel ouvrage pour les langues des signes. Comment figer sur le papier des signes qui doivent se déployer dans l’espace, comment transcrire de façon statique des éléments mouvants ?

Jusqu’à présent nous disposions des ouvrages édités par IVT (un dictionnaire en 3 volumes) et par les Editions Monica Companys. Mais ils demeurent par nature encore trop limités en terme de nombre de signes proposés ou de configuration et d’explications du mouvement. En effet, la langue des signes ne s’exprime pas uniquement par les mains, mais aussi utilise les expressions du visage, des emplacements dans l’espace et des mouvements particuliers. C’est là que se trouvent les limites du livre, il ne peut représenter qu’une image fixe, un moment figé du mouvement, même si parfois des annotations ou les flèches peuvent expliciter de façon plus ou moins claire comment effectuer le signe.

Un exemple pour la traduction de « bonjour » du français vers la LSF :

Par la suite, grâce à internet et aux nouvelles technologies des dictionnaires vidéos se sont développés. C’est ainsi que Wikisign est une plateforme rassemblant une vingtaine sites proposant des traductions du français vers la langue des signes française et suisse.

C’est dans ce contexte que Mains Diamant, une association qui oeuvre pour la promotion de la culture sourde et le développement des échanges entre sourds et entendants a créé Culinan.net. Grâce aux nouveaux médias, ils ont trouvé une réponse simple et efficace : mettre en place une plateforme de diffusion participative dont l’objectif est de répertorier un maximum de signes pour ainsi les partager avec le monde entier à travers LexSign et NeoSign.

1 – LexiSign :

Chaque signeur peut envoyer les signes qu’il souhaite sous forme de courtes vidéos à la manière d’un Wiki.
La méthode à suivre est simple : l’utilisateur n’a qu’à créer son compte et peut ensuite poster ses signes, par un envoi de vidéos ou en utilisant directement sa webcam. Une telle facilité d’utilisation devrait permettre à LexiSign de s’enrichir très rapidement.
Une équipe de modérateurs spécialistes de la LSF s’assurent quotidiennement du bon fonctionnement du site, mais surtout de la qualité des signes postés.

2 – NeoSign :

Les langues signées voient également quotidiennement de nouveaux signes étoffer leur lexique par exemple dans le domaine des nouvelles technologies.
Pourtant, leur diffusion est souvent lente et laborieuse avant de parvenir auprès du public sourd ou entendant.
Cette difficulté de transmission que connaît la LSF est l’un des problèmes majeurs que Culinan.net se propose de résoudre grâce à sa plateforme NeoSign. Neo, comme nouveau, car chacun pourra proposer des signes nouveaux qu’il ou elle aura créés, ou contribuer à diffuser des signes récents encore méconnus des autres signeurs.
La communauté des signeurs notera ensuite ces signes en fonction de leur pertinence et décidera ou non de les utiliser.

Ci-dessous la vidéo présentant ce projet :

Reste un mystère : le rapport entre le nom du site et son objet. Si quelqu’un peut m’éclairer là-dessus…

Quelques mots sur la langue des signes

Bien que l’objectif de ce blog n’est pas de se focaliser sur le monde de la surdité ou sur la LSF, mais plus sur les activités d’un interprète en langue des signes, je voudrais, en cette veille de la Journée de l’Audition (un peu trop axée sur le dépistage et la « réhabilitation auditive » à mon avis), vous présentez rapidement la langue des signes française qui est l’une des deux langues de travail (avec le français) de l’interprète.

La langue des signes est une langue vivante et complexe. Comme toute langue, elle évolue et possède une pleine capacité d’expression et d’abstraction, ce qui nous permet de traduire aussi bien un entretien médicale, qu’une conférence philosophique, une cérémonie religieuse, un cours de mathématique…

Une langue des signes possède sa propre syntaxe qui est intimement liée à la perception visuelle, puisque cette langue répond à une logique visuelle et non auditive. La grammaire de la LSF n’est pas identique à celle du français. Ainsi la place des mots dans la phrase n’est pas la même.
Les signes sont basés sur l’utilisation des mains, du regard et de l’espace : les configurations des mains, leur emplacement, leur orientation et leur mouvement forment des signes qui équivalent à des mots, disposés devant soi comme sur une scène de théâtre. La disposition de ces signes, ainsi que la direction du regard, permettent de visualiser les relations (actif, passif…), le temps (signes tournés vers l’arrière pour le passé, vers l’avant pour le futur). Le visage et le mouvement des épaules servent aussi à exprimer les nuances du discours.
La langue des signes utilise parfois un alphabet manuel (appelé dactylologie) pour épeler certains mots ou noms propres.

La langue des signes n’est pas universelle. C’est pourquoi il existe une langue des signes française, américaine, belge, espagnole, anglaise, chinoise, japonaise, turque, suisse, italienne, coréenne… (car à chaque pays sa langue des signes). Néanmoins, même si le vocabulaire diffère d’un pays à l’autre, la grammaire étant sensiblement la même, les échanges entre signeurs de pays différents sont facilités.

Les premières tentatives connues d’éducation des enfants sourds datent du XVIème siècle et s’adressaient exclusivement aux familles nobles. En 1710, Etienne de Fay sera le premier professeur sourd à enseigner en langue des signes.
L’Abbé de l’Epée ouvre la première école destinée aux jeunes sourds en 1760 à Paris (rue Saint-Jacques) et devient célèbre à travers l’Europe. Pour la première fois, on reconnaît que les gestes peuvent exprimer la pensée humaine autant qu’une langue orale. La langue des signes va s’imposer progressivement. Son essor et l’accès à l’enseignement permettent alors aux sourds d’accéder à de vrais métiers et de se regrouper au sein d’associations.
Interdite de 1880 (lors du Congrès de Milan) jusqu’à la moitié du XXème siècle, la langue des signes est à ce jour de nouveau reconnue pour l’éducation des jeunes sourds notamment grâce à la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.

Certains spécialistes recommandent d’ailleurs d’utiliser le plus rapidement possible la langue des signes avec les jeunes enfants sourds. Bien adaptée à une perception visuelle, cette langue leur permet de communiquer sans efforts et sans difficultés. A condition d’une imprégnation précoce, l’enfant forme ses premiers signes puis ses premières phrases au même âge qu’un enfant entendant (voire avant) ; il entre dans le dialogue, dans l’expression aisé de ses sentiments et de ses désirs…
Il peut ainsi avoir un développement affectif, psychologique, intellectuel et linguistique parfaitement normal.

La parole n’est décidément pas le seul moyen d’expression possible. La preuve avec cette vidéo qui reprend les idées développées ci-dessus :