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« Je bouge les mains mais ça n’a aucun sens » avoue un interprète en langue des signes

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Ce sont des révélations qui risquent d’ébranler le petit monde de l’interprétation en langue des signes. En effet, un célèbre interprète F/LSF, Lucas Billaud, diplômé en 1989, a décidé de se confier au magazine « Double-Face, le mensuel des Interfaces » dans le numéro d’Avril 2015 que j’ai pu consulter en avant-première.

Il y raconte avoir pris lui même la décision de parler, expliquant que sa conscience l’obligeait, après plus de 20 années de mensonges, à un témoignage « nécessaire mais douloureux »  sur son métier, qu’il qualifie lui-même « d’incroyable escroquerie qui ferait passer Madoff pour Mère Teresa ». 

« J’ai bientôt 50 ans. Cela fait déjà plus de 20 ans que je suis complice de cette mascarade généralisée. Aujourd’hui je ne peux plus rester muet comme une carpe, je veux briser l’omerta car je sais qu’un jour le public sourd et/ou entendant réalisera qu’on bouge les mains sans savoir ce qu’on fait » explique-t-il.

« Tout cela n’a aucun sens, les gens pense qu’on est bon, qu’on traduit mais en réalité nous en sommes incapables. Je le dis haut et fort, aucun interprète en langue des signes ne traduit réellement. Nous bougeons nos mains, nos bras, notre corps, nous faisons des grimaces, mais on invente au fur et à mesure, cela n’a aucun sens.
Et les sourds ou les entendants qui connaissent la LSF n’osent pas dire qu’ils ne nous comprennent pas (car bien sur personne ne comprend rien à ce que nous signons) ils ont trop peur qu’on les prenne pour des idiots. Tout le monde se fait berner.

Une fois le pot aux roses a failli être découvert et un scandale éclater. C’était pendant les obsèques de Mandela retransmises mondialement par la télévision. Quelques personnes se sont posées des questions sur l’interprète à coté d’Obama, ils ont pensé qu’il y avait anguille sous roche. Mais rapidement notre association professionnel des interprètes en langue des signes, qui travaille dans l’ombre telle une Mafia, l’a fait passer pour un imposteur, un schizophrène (ce qu’il n’était pas bien sur) et, après l’avoir engueulé comme du poisson pourri pour sa bévue, l’a fait interner en hôpital psychiatrique. On a sacrifié un des nôtres pour sauver notre profession, pour étouffer le scandale de notre incompétence qui aurait pu nous faire disparaitre. On est des requins ». 

Et Lucas Billaud d’ajouter : « Quand j’ai commencé mes études pour devenir interprète en langue des signes dans une université parisienne, je pensais qu’il s’agissait d’un vrai métier, que l’interprète traduisait réellement les échanges entre des sourds et des entendants, j’était bien naïf. En réalité on est juste là à bouger comme des cons, à faire des gestes qui n’ont pas de sens, à faire des yeux de merlan-frit comme si on avait des TOC… Quand j’y repense… J’agite les bras en toute impunité depuis tant d’années », admet-il. « Et ça marche ! Pire, on me paye pour ça ! Réfléchissez une minute : comment pourrait-on dire avec des gestes la même chose qu’avec la voix ? C’est impossible ! »

Mon futur ex-collègue revient ensuite sur ses jeunes années : « À la fac, juste après mon admission, on m’a emmené dans une pièce et 5 membres du Conseil d’administration de l’association des interprètes m’ont expliqué que notre métier relevait de l’emploi fictif mais que cela permettait de créer du travail, que ça donnait bonne conscience à ceux qui nous embauchaient et qui pensaient lutter ainsi contre les discriminations liées à la surdité. Surtout cela permettait à un petit groupe de privilégiés de vivre grassement en toute impunité ; on se sentait important, indispensable même, en faisant 3 signes qu’il suffisait d’inventer et qui ne voulaient rien dire. »

Comme il l’admet, malgré cette désillusion, Lucas Billaud, petit à petit se laissera entraîner dans ce mensonge devenu institution au fil des siècles, depuis l’époque de l’Abbé de l’Epée en 1760 qui fut le 1er à imaginer cette mystification.
Pourquoi ? Par faiblesse selon lui : « Je n’avais pas de solution de repli et, peut-être pour me convaincre moi-même, je me suis rappelé que c’était d’abord la gestuelle qui m’avait plu chez les interprètes en langues des signes, que le reste était accessoire dans le fond », raconte l’homme, désenchanté.

A la fin de l’entretien, il explique vouloir changer de métier, quitter ce monde hypocrite du silence pour aller vers le bruit, le son, la musique : « J’aimerais devenir chef d’orchestre pour diriger tous ces instruments de musique. Je cherche un poste avec des mouvements de bras vraiment utiles. Alors chef d’orchestre, oui je sens que c’est pour moi, je m’y sentirais comme un poisson dans l’eau. »

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© Stéphan – ( i ) LSF

( i ) LSF , agence d’interprètes en langue des signes

LOGO RVB

Avec mon collègue et ami Alexandre Bernard, nous avons créé ( i ) LSF , une agence d’interprètes en langue des signes française, réunissant des professionnels diplômés et expérimentés.

Nos langues de travail sont la langue des signes française (LSF) le français et l’anglais. Situés en région parisienne, nous nous déplaçons sur toute la France ainsi qu’à l’étranger.

Membres de l’AFILS, nous respectons les trois règles du Code déontologique : secret professionnel, fidélité aux messages, neutralité.

Si vous voulez nous, contacter une seule adresse, notre site internet : http://ilsf.fr 

( i ) LSF from Stéphan Barrère on Vimeo.

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© Stéphan – ( i ) LSF

Arsène, interprète en LSF, à l’hôpital

Arsène est interprète en langue des signes française (LSF).
Cette après-midi, il se rend dans un hôpital en région parisienne pour traduire une consultation dans le service de cardiologie du Professeur Vainecave :

Arsène, interprète F/LSF à l’hôpital from Stéphan Barrère on Vimeo.

Arsène

(toute ressemblance avec des évènements ou des personnes ayants existé
n’est peut-être pas fortuite ou une simple coïncidence)

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Merci à Lynne Kelly qui m’a donné l’idée de ce petit film

« Les interprètes sont des messagers de paix »

« Demain je vais m’approprier un nouveau public. Pendant une semaine, je vais m’identifier aux participants. Leur cause sera la mienne. Leurs inquiétudes, les miennes. Et pourtant, je garderai toujours mon esprit critique, ma distance nécessaire à la réalisation de mon travail. Car même si je parle pour l’autre, en son nom, et même si je suis moi avec mon identité personnelle et unique, je suis et reste avant tout interprète, médiateur entre deux langues, deux cultures, passeur de messages, d’annonces, jeteur de ponts entre deux terres que tout sépare. Je suis le terrain neutre, l’îlot d’entente vers lequel ils convergent. Je suis interprète, et rien ne pourra acheter ma parole ni mon intégrité. Toujours, je serai au service du message et non pas de l’humain. Toujours , je rechercherai la vérité, non pas la vérité universelle, ni la vérité d’une philosophie ou d’une doctrine, mais la vérité des mots qui me sont confiés et je dois transporter vers l’autre rive pour permettre un échange, et si possible un accord.
Je suis consciente de l’importance de mon rôle : permettre le dialogue, créer de l’écoute dans un monde de bruits sourds et de coups de feu, où la parole n’a souvent que la seconde place derrière la violence, et où elle seule pourtant peut parfois résoudre des conflits.
Les interprètes sont des messagers de paix, car ils ne prennent jamais parti. »

Jenny Sigot Müller : Entre Deux Voix, Journal d’une Interprète de Conférence.

Je ne pouvais pas trouver mieux comme texte
pour souhaiter à tous mes collègues interprètes/traducteurs
une très belle année 2013 !!!

PS : je n’oublie pas ceux tués en 2012 dans le cadre de leur fonction en Irak, en Syrie et surtout en Afghanistan :
Paris s’inquiète du sort de ses interprètes afghans in Le Monde