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Douarnenez, un Festival de cinéma militant pour Entendants et Sourds

Le Festival de cinéma de Douarnenez est né en 1978 à l’époque de grands rassemblements qui ont secoué l’histoire de la Bretagne et renforcé un vaste tissu associatif et militant. Ces luttes ont également aiguisé l’intérêt et la solidarité envers les combats et les résistances d’autres peuples, qu’on nommait « minorités nationales » ou « diversités culturelles ».

Logiquement, dès son origine le Festival s’est interrogé sur les revendications linguistiques, culturelles et politiques de ces minorités d’ailleurs, en écho au contexte de lutte pour la survie de la culture et de la langue bretonnes en s’intéressant à cette notion de patrimoine des humains, celui de l’humanité, des langues, des cultures, des expressions singulières des peuples et des communautés, en présentant un cinéma inédit en France.

Pour sa 41e édition, fidèle à une tradition d’accueil des minorités, pour lesquelles la culture en ­général et le cinéma en particulier expriment des formes de résistance et de lutte, le Festival de ­cinéma de Douarnenez célèbre, jusqu’au 25 août, les « Peuples des Congo(s) ». Un pluriel lié à une partition toujours à l’œuvre, issue des colonisations menées par la France et la Belgique pendant près d’un siècle. D’un côté la République du Congo (Congo-Brazzaville) ; de l’autre la République démocratique du Congo (RDC ou Congo-Kinshasa).

D’autres minorités et cultures en lutte sont également présentes tel les Intersexes ou les Sourds.

Ainsi, depuis 8 ans, le Festival fait une large place au Monde des Sourds (avec un S majuscule pour signifier l’appartenance culturelle et linguistique à une minorité définie de façon anthropologique comme pour une ethnie, un peuple), l’idée étant de les montrer sous l’angle d’une minorité (linguistique) victime de discriminations et engagée dans leur lutte pour la reconnaissance de leur langue et de leur culture. Lutte similaire finalement aux peuples bretons, corses…

Comme le raconte Laetitia Morvan, l’une des initiatrices de ce projet, « au moment où le Festival a intégré le monde des Sourds dans sa programmation, c’était avec la conscience qu’il s’agissait bien d’une minorité avec sa langue et sa culture propre. Mais l’équipe était alors freinée dans sa prise de contact avec la communauté : personne ne maîtrisait la LSF… on ne savait pas comment s’y prendre. Face à ce blocage de communication, le Festival a choisi de faire appel à des personnes entendantes connaissant la langue des signes, d’échanger avec elles pour glaner un maximum d’informations sur les Sourds. L’une de ces personnes entendantes, Maëlc’hen Laviec, s’est tout de suite mobilisée de son côté pour interpeller les Sourds. Elle a insisté pour qu’ils s’investissent dans la programmation afin de s’assurer qu’elle était cohérente avec leur réalité et que l’accessibilité correspondait bien aux besoins. Il est vrai que les Sourds sont très souvent frileux lorsqu’on leur propose des projets dont ils savent qu’ils sont organisés par des entendants. On trouve typiquement cette réaction de défiance chez eux. En effet, les Sourds ont l’habitude depuis très longtemps de voir les entendants tout organiser à leur place, passer leurs appels téléphoniques, etc, etc… en bref, prendre le pas pour tout gérer et tout diriger. Cela entraîne un sentiment de ras-le-bol et de nombreux malentendus culturels. »

Voila pourquoi, sous la houlette de ma collègue Laure Boussard, une vingtaine d’interprètes F/LSF bénévoles se relaient sur les différents sites du Festival pour permettre à chacun de communiquer avec l’autre.

Au delà de cette remarquable concentration d’interprètes en langue des signes (sans doute un record en France), cela permet surtout aux Sourds de découvrir d’autres cultures au même titre que chaque festivalier ; les interprètes étant (comme toujours) le trait d’union entre Sourds et Entendant, sans mise à distance ni différences…

Le site du Festival : http://www.festival-douarnenez