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Signes extérieurs : en Hongrie

Profitons de cet été pour visiter d’autres pays et voir comment se porte ici ou là l’interprétation en langue des signes à travers des articles parus dans la presse papier ou internet.
En cette dernière semaine d’Août, cap sur la Hongrie où se développe un nouveau service de visio-interprétation, comme nous le raconte le site internet http://www.xpatloop.com .

Pour la 1ère fois en Hongrie,

un service de visio-interprétation

hongrie

Un nouveau service d’interprétation en langue des signes par visio-conférence a été lancé le 4 juillet 2013 en Hongrie. Il est accessible gratuitement pour les personnes sourdes qui souhaitent entrer en communication avec  l’hôpital Péterfy et la polyclinique gérée par la municipalité de Budapest.

Pour les personnes sourdes ou malentendantes la présence d’un interprète en langue des signes est indispensable pour pouvoir communiquer dans la vie de tous les jours.
Représentant la troisième communauté linguistique du pays avec environ 50 000 personnes s’exprimant en langue des signes hongroise, les sourds ont pris l’habitude d’utiliser gratuitement les services d’interprètes en langue des signes. Mais en cas d’accident, lors d’une intervention médicale urgente etc,  la présence de ces derniers n’est pas toujours possible d’où un risque grave de mauvaise communication, d’incompréhension de part et d’autre…

Heureusement, grâce à  la coopération conjointe de la Fondation Hallatlan et de la Fondation Vodafone Hongrie, un premier service d’interprètes en visio-conférence a été créé au sein de deux hôpitaux à Budapest, l’objectif étant de faciliter l’accès à un interprète lors de problèmes médicaux urgents.

Avec ce nouveau système et grâce aux développement des nouvelles technologies itinérantes (smartphones, tablettes…) un interprète en langue des signes peut être solliciter rapidement sans qu’il soit présent sur les lieux du drame (accident de la route, incendie…). Il suffit d’avoir un smartphone ou une tablette ayant le logiciel de visio-interprétation gratuitement disponible, pour ensuite contacter l’interprète assis devant une caméra dans un bureau de la Fondation Hallatlan. Et ceci 24h/24, 7 jours sur 7.

« Les téléphones mobiles aident les gens à se sentir plus en sécurité, nous pouvons par exemple appeler à l’aide dès que nous en avons besoin. Mais certaines des personnes plus vulnérables dans notre société ont parfois des difficultés à utiliser les téléphones mobiles alors qu’ils pourraient justement bénéficier d’avantages supplémentaires. Il s’agit d’un objectif important pour Vodafone de permettre aux personnes handicapées d’avoir accès à des services spécifiques via leur téléphone portable. C’est pourquoi, en collaboration avec la Fondation Hallatlan nous avons travaillé pendant des années à rendre la technologie mobile disponible afin de faciliter l’intégration sociale des personnes sourdes ou malentendantes.
Le premier résultat de notre coopération a été la création d’un dictionnaire de langue des signes disponible via un ordinateur, une tablette ou un téléphone mobile.
Ce service de visio-interprétation en langue des signes, unique en Hongrie, est une nouvelle étape importante destinée à rendre la vie des personnes ayant une déficience auditive plus facile », a déclaré Ibolya Gothárdi, Directeur des Ressources Humaines de Vodafone Hongrie, et membre du conseil d’administration de la Fondation Vodafone Hongrie.

« Le lancement du service de visio-interprétation en langue des signes est un début et  nous espérons que dans un proche avenir notre service gratuit sera disponible dans de nombreux hôpitaux ou établissements publics » a ajouté Bartos Pal, président de la Fondation Hallatlan.

« En tant que personne sourde, je rencontre de nombreuses difficultés chaque jour. Ma langue maternelle, la langue des signes hongroise n’est pas parlée par la majorité des gens. Cela rend donc la communication difficile, voire impossible. Ce nouveau service de visio-interprétation fournit une belle occasion de réduire de remédier aux difficultés de communication entre la communauté sourde et la communauté entendante, de nous rapprocher les uns les autres, de mieux nous comprendre, nous connaître »,  affirmait Fanni Weisz, le célèbre mannequin sourd lors de la conférence de presse qui présentait ce nouveau service.

Une amusante vidéo, destinée à expliquer le fonctionnement et les nombreux avantages de la visio-interprétation en langue des signes, a été réalisée par la Fondation Hallatlan. Et même si vous ne connaissez ni le hongrois, ni la langue des signes hongroise (ce qui est mon cas) vous comprendrez parfaitement le message…

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Source : http://www.xpatloop.com

Le traducteur cleptomane

Dimanche sous la neige.
Oublions un peu la langue des signes et écoutons l’étrange histoire d’un collègue traducteur hongrois-anglais que nous raconte Dezsö Kosztolànyi.

Son ami après avoir été condamné pour vol peinait à trouver du travail dans l’édition. Aussi il l’a recommandé à un éditeur pour qu’il effectue la traduction vers le hongrois du roman policier « Le mystérieux château du comte de Vitsislav ».

Je lui cède la parole :
« J’ai été infiniment surpris quand quelques jours plus tard, l’éditeur m’a fait savoir que la traduction de mon protégé était totalement inutilisable. (…) J’ai commencé à lire le texte. Avec des cris de ravissement. Des phrases claires, des tournures ingénieuses, de spirituelles trouvailles linguistiques se succédaient, dont cette camelote n’était peut-être même pas digne. Ahuri, je demande à l’éditeur ce qu’il avait pu trouver à redire. Il me tend alors l’original anglais, toujours sans un mot, puis il m’invite à comparer les deux textes. Je me suis plongé dedans, je suis resté une demi-heure les yeux tantôt sur le livre, tantôt sur le manuscrit. A la fin, je me suis levé consterné. J’ai déclaré à l’éditeur qu’il avait parfaitement raison.

Pourquoi ? N’essayez pas de le deviner. Vous vous trompez. Ce n’était pas le texte d’un autre roman qu’il avait glissé dans son manuscrit. C’était vraiment, coulante, pleine d’art et par endroits de verve poétique, la traduction du Mystérieux château du comte Vitsislav. Vous vous trompez encore. Il n’y avait pas non plus dans son texte un seul contresens. Après tout, il savait parfaitement et l’anglais et le hongrois. Ne cherchez plus. Vous n’avez encore rien entendu de pareil. C’était tout autre chose qui clochait. Tout autre chose.

Moi-même, je ne m’en suis rendu-compte que lentement, graduellement. Suivez-moi bien. La première phrase de l’original en anglais disait ceci : L’antique château rescapé de tant d’orages resplendissait de toutes ses trente-six fenêtres. Là-haut, au premier étage, dans la salle de bal, quatre lustres de cristal prodiguaient une orgie de lumière… La traduction hongroise disait : « l’antique château rescapé de tant d’orages resplendissaient de toutes ses douze fenêtres. Là-haut, au premier étage, dans la salle de bal, deux lustres de cristal prodiguaient leur orgie de lumière… » J’ai ouvert de grands yeux et j’ai continué ma lecture. A la troisième page, le romancier anglais avait écrit : Avec un sourire ironique, le comte Vitsislav sortit d’un portefeuille bien bourré et leur jeta la somme demandée, mille cinq cents livres sterling… L’écrivain hongrois avait traduit comme suit : « Avec un sourire ironique, le comte Vitsislav sortit un portefeuille et leur jeta la somme demandée, cent cinquante livres sterling… » J’ai été pris d’un soupçon de mauvais augure, qui, hélas, dans les minutes suivantes s’est changé en triste certitude. (…)

Comprenez-vous ce qu’avait fait notre malheureux confrère, cet écrivain si digne pourtant d’un sort meilleur ? Il avait dépouillé avait une légèreté impardonnable le comte Vitsislav, pourtant si sympathique, de ses mille cinq cents livres, ne lui en laissant que cent cinquante et soustrait deux des quatre lustres de cristal de la salle de bal, et subtilisé vingt-quatre des trente-six fenêtres de l’antique château rescapé de tant d’orages. J’étais pris de vertige. Mais ma consternation a été a son comble quand j’ai constaté, tout doute exclu, que la chose, avec un fatal esprit de suite, se retrouvait du début à la fin de son travail. En quelque lieu que sa plume ait passé, le traducteur avait causé préjudice aux personnages, et à peine connaissance faite, et sans égard pour aucun bien, mobilier ou immobilier, il avait porté atteinte au caractère incontestable, quasi sacré, de la propriété privée. Il travaillait de diverses manières. Le plus souvent, les objets de valeur, ni vu ni connu, avaient disparu. De ces tapis, de ces coffres-forts, de cette argenterie, destinés à relever le niveau littéraire de l’original anglais, je ne trouvais dans le texte hongrois aucune trace. En d’autres occasions il en avait chipé une partie seulement, la moitié ou les deux tiers. Quelqu’un faisait-il porter par son domestique cinq valises dans son compartiment de train, il n’en mentionnait que deux et passait sournoisement sous silence les trois autres. Pour moi, en tout cas ce qui m’apparut le plus accablant – car c’était nettement une preuve de mauvaise foi et de veulerie -, c’est qu’il lui arrivait fréquemment d’échanger les métaux nobles et les pierres précieuses contre des matières viles et sans valeur, le platine contre du fer blanc, l’or contre du cuivre, le vrai diamant contre du faux ou contre de la verroterie. (…)

J’ai fini par établir  que dans son égarement notre confrère, au cours de sa traduction, s’était approprié au détriment de l’original anglais, illégalement et sans y être autorisé : 1 579 251 livres sterling, 177 bagues en or, 947 colliers de perles, 181 montres de gousset, 309 paires de boucles d’oreilles, 435 valises, sans parler des propriétés, forêts et pâturages, châteaux ducaux et baronniaux, et autres menues bricoles, mouchoirs, cure-dents et clochettes dont l’énumération serait longue et peut-être inutile. »(…)

Inutile de préciser que je ne recommande pas à mes collègues cette méthode pour arrondir leurs fins de mois.

Le traducteur cleptomane et autres histoires de Dezsö Kosztolànyi traduit (on espère fidèlement, sans omission) du hongrois par Adàm Péter et Maurice Regnaut. Éditions Viviane Hamy.