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L’AFILS à l’AIIC

Derrière ce titre abscons il faut simplement comprendre que l’Association Française des Interprètes et Traducteurs en Langue des Signes (AFILS), a participé aux 60 ans de l’Association Internationale des Interprètes de Conférence (AIIC) qui se sont déroulés à l’Unesco (oui encore un sigle) en décembre dernier.

A cette occasion, Céline Juillet, vice-présidente de notre Association a pris la parole.
Voici la vidéo de son intervention où elle présente notre métier, son histoire, ses spécificités…

Quelles qualités pour un interprète en langue des signes ?

Malheureusement ces dernières semaines je ne consacre pas assez de temps à mon blog mais je suis sur que cela n’est que temporaire.
Heureusement d’autres que moi s’intéressent au métier d’interprète en langue des signes. Et leurs écrits me permettent d’alimenter notre réflexion.

Ainsi, l’Association « Bébian, un autre monde » a consacré son numéro de rentrée aux interprètes en langue des signes.

A travers le témoignage de cinq interprètes professionnels, ce journal dresse un joli portrait de notre profession, dont la mission est d’abord de « rendre intelligible la parole de l’Autre, vocale ou gestuelle. Tache aussi fondamentale qu’ardue car il ne s’agit pas tant de naviguer entre 2 langues que de saisir l’intention, la pensée, qui avec toutes ses nuances, s’exprime à travers un système linguistique, pour la restituer avec un respect maximal. »
Cela demande donc des qualités, des connaissances particulières. Ainsi comme le rappelle Guylaine Paris, interprète F/LSF et ancienne présidente de l’Afils, « il s’agit d’un métier de la communication. Il faut donc avoir les qualités de ce type de profession : politesse, savoir-vivre, patience, être à l’aise dans les relations humaines. De plus, du fait que notre travail consiste à prendre la parole de quelqu’un pour la transmettre à une autre personne, l’humilité doit être de mise, il ne faut pas se mettre en avant. Il faut avoir conscience qu’une parole est fragile et que lorsqu’on nous la confie, elle doit être manipulée avec précaution, ce qui implique d’être attentif à l’autre, soigneux et rigoureux. Il y en a bien d’autres bien sur : l’honnêteté, la curiosité, l’autonomie, le contrôle de soi. Il ne s’agit pas d’être parfait mais d’avoir conscience que ces qualités permettent d’instaurer un climat de confiance qui permet de travailler plus sereinement donc mieux. »

Pour poursuivre la lecture de cette interview et découvrir les autres, cliquez sur l’image :

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La page Facebook de l’Association Bébian, un Autre Monde

Il était une fois une langue des signes…

Contrairement à ce que pourrait laisser croire ce titre, ni prince ni princesse ne surgiront au détour d’un paragraphe. Il s’agit d’une histoire vraie que j’ai découverte dans l’ouvrage de Nicholas Evans « Ces Mots qui Meurent ».
De plus, contrairement aux contes pour enfants, cette histoire finira mal car à la fin, cette langue des signes meurt.
Autre originalité, nous ne verrons passer que fugitivement et à la fin du texte des interprètes en langue des signes car ils sont (pour une fois!) inutiles.
Mais l’histoire est belle et il aurait été dommage qu’elle demeure oubliée. A travers elle, il s’agit de ressusciter pour quelques instants la langue des signes ottomane qui était partagée par le Sultan, le Grand Vizir, la Cour et ses serviteurs (d’où l’absence d’interprète) de façon qu’aucun secret ne fut éventé.

Istanbul, XVIe siècle : à la cour du Grand Sultan Ottoman

A cette époque, le Sultan voulait des serviteurs dans l’incapacité d’écouter ce que lui-même disait et qui seraient également incapable de révéler les propos échangés, même sous la torture.
Ainsi, en 1554, l’aristocrate flamand Ogier Ghislain de Busbecq visitant la Sublime Porte, rapporte que « les sourds-muets étaient très prisés comme serviteurs auprès des dignitaires turcs. Le vocable turc, dilsiz, « sans langue », était amplement utilisé pour désigner cette catégorie de domestiques, en faveur auprès de la cour ottomane pour de nombreuses raisons. Étant donné qu’ils étaient sourds et muets, même s’ils avaient été témoins d’échanges politiques confidentiels, il n’y avait guère de risque que des ennemis puissent les soudoyer ou les torturer pour qu’ils révèlent des secrets qu’ils n’avaient pas entendus et ne pouvaient conter. »

C’est pourquoi la Cour recrutait activement ces serviteurs sourds et comme un nombre important de malentendants se trouvaient ainsi regroupés au même endroit, ils finirent par développer une langue des signes originale.

Rålamb Costume Book (1657)
« Mutus »

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Le Sultan les embauchait également pour exécuter ses basses œuvres. Dans leur Encyclopédie, Diderot et d’Alembert définissent ainsi les Dilsiz :
« Dilsiz : noms des muets mutilés qui accompagnent ordinairement le grand seigneur quand il va dans les divers appartements du vieux et du nouveau sérail. Ils sont en particuliers les gellaks, c’est-à-dire les bourreaux qu’il emploie toutes les fois qu’il veut faire périr quelqu’un en secret, comme des frères, ou d’autres parents, des sultanes, des maîtresses, des grands officiers. Alors les dilsiz ont l’honneur d’être les exécuteurs privilégiés de sa politique, de sa vengeance, de sa colère, ou de sa jalousie. Ils préludent à quelque distance leur exécution par des espèces de hurlements semblables à ceux du hibou et s’avancent tout de suite vers le malheureux ou la malheureuse condamnée, tenant leurs cordons de soie à la main, marques funestes d’une mort aussi prompte qu’infaillible. »

Les Sultans se succédant ont conservé ce groupe de serviteurs sourds et dévoués en les formant générations après générations à la langue des signes qui avait été mise en place des années auparavant. Mieux, ils les considéraient comme des amis, des confidents car ils se situaient hors de la stricte hiérarchie de la Cour, hors d’un trop sévère protocole.

Les Sultans prirent un tel plaisir à pouvoir converser secrètement avec ces sourds qu’ils apprirent eux mêmes cette langue des signes ottomane. Comme le rapporte Louis Deshayes de Courmenin en 1624 : « Outre tous ceux-là qui sont destinés pour le service du Prince, il y en a plusieurs autres qui servent à luy faire passer le temps, dont les uns s’appellent Dilsiz, c’est à dire sans langues car ils sont muets. Il n’y a rien qu’ils ne fassent entendre par signes beaucoup plus facilement et plus promptement que s’ils parloient. Et ce qui est encore davantage à admirer est, que non seulement ils se font entendre de jour, mais encore de nuit par le simple attouchement des mains et des autres parties du corps. Le feu Sultan Osman prenoit si grand plaisir à ce langage muet, qu’il l’avoit appris et l’avoit fait apprendre à la pluspart de ses Ichoglans et de ses Eunuques. »

Les gens de la Cour ont donc eux aussi appris cette langue soit pour pouvoir partager des moments intimes avec le Sultan soit tout simplement pour lui plaire.
Alors, événement unique dans l’Histoire de l’humanité, via le handicap (la surdité) le silence et l’expression en langue des signes ottomane devinrent la plus haute norme au sein du Sérail.

Rålamb Costume Book (1657)
« Mutus precipuus imperatoris »

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D’autres témoins attestent de la large utilisation de la langue des signes ottomane, tel le diplomate Ottaviano Bon :
« Et il est fort digne d’observation que dans le Sérail, le sultan et ses sujets peuvent raisonner et discourir de toutes choses aussi bien et aussi distinctement, par signes et hochements de tête, que par des mots ; et cela convient fort bien à la gravité de la meilleure sorte des Turcs, qui n’ont cure de babillage. Le même usage est en vigueur auprès des sultanes et autres femmes du Sultan : elles sont pareillement accompagnées de femmes muettes, jeunes et vieilles. Et cela est une antique coutume du Sérail. Ils recueillent autant de muets qu’il est possible d’en rassembler et ce principalement pour cette raison qu’ils tiennent peu convenable pour le Grand Seigneur et guère approprié à sa Grandeur de s’adresser à quelque personne présente sur un ton familier mais il peut de cette manière et de façon plus convenable et domestique badiner et se divertir avec les muets qu’avec les autres membres de son entourage. »

Car il passait pour inconvenant de perturber la tranquillité du Sultan en faisant résonner le fracas de la parole, nombre de courtisans apprenaient aussi à signer. Le silence se devait de régner dans le Palais.

Alors, « la nécessité de ne s’exprimer que par signes en présence du Sultan Mourad porta la langue des muets à son plus haut point de développement : les clignements d’yeux, le mouvement des lèvres, le craquement des dents avaient remplacé la parole. » Joseph Hammer, Histoire de l’empire ottoman (1837).

Autre voyageur, d’Ohsson  raconte à la fin du XVIIIe siècle :
« il y a dans chaque Oda trois ou quatre muets (dilsiz) qui ont pour chef le plus ancien d’entre eux, appartenant à la seconde chambrée. Il doit se tenir à la porte du cabinet du Sultan, lorsqu’il est en conférence secrète avec son Premier Ministre ou avec le Mouphti. Les muets portent un bonnet brodé en or, différent pour la forme de celui des autres pages. Ils s’expriment par des gestes rapides, et ce langage est connu des gens du palais, des dames du Harem, du Sultan lui-même, qui d’ailleurs ne fait souvent que des signes de la main pour donner ses ordres à ceux qui l’entourent. Au reste, le Grand-Vizir, le Kehaya-Bey et les Paschas, gouverneurs de province, sont les seuls qui puissent avoir des muets à leur service. »

Mais, à partir de la moitié du XIXe siècle, « l’empereur actuel Mahmoud a détruit ces usages; il a tout changé dans l’état. La révolution ne vient point là du peuple; elle descend du trône: ainsi se fait-elle difficilement; le peuple manque de lumière pour apprécier les bienfaits de ces changements. Déjà les janissaires ont disparu, et les troupes sont armées et habillées à la française. Le sultan sort à pied, sans turban et avec un chapeau sur la tête, une badine à la main. Ses domestiques ne seront plus bientôt ni muets ni eunuques, et ses femmes non seulement ont la liberté de franchir les portes du sérail, mais encore elles sont obligées de se montrer aux promenades publiques. » [Auteur Jésuite]  Note sur Constantinople. Lettres Édifiantes et Curieuses concernant l’Asie, l’Afrique et l’Amérique.

Puis survint la 1ère Guerre Mondiale, la fin de l’Empire Ottoman, l’instauration de la République turque par Mustafa Kemal Atatürk (1923) et cette langue disparut à jamais avec ses locuteurs qui moururent ou s’enfuirent pour se préserver des représailles.

Malheureusement, de cette longue et illustre histoire (500 ans), nous n’avons que des témoignages visuels rares et fragmentaires de signes individuels et aucune description verbale détaillée. Il était encore trop tôt pour que cette langue soit filmée et les quelques documents photographiques que nous possédons datent de 1917 : ils dépeignent deux serviteurs sourds de la Sublime Porte en train de communiquer par signes.

Cette perte est particulièrement frustrante pour notre compréhension des diverses langues des signes dans la mesure où il est probable que la langue des signes ottomane ait été la plus ancienne à avoir bénéficié d’une tradition linguistique continue et d’une communauté substantielle d’usagers ce qui lui a sans doute permis de développer un niveau de complexité significatif.

Reste néanmoins l’hypothèse fragile que la langue des signes turque moderne serait la descendante directe de celle qui était en usage à la Cour ottomane. Mais le système d’enseignement turc a connu suffisamment de bouleversements au cours du XXe siècle pour que nous restions très prudents à ce sujet souligne Nicholas Evans dans son ouvrage. Cela dit, la chronologie de l’émergence des écoles pour sourds de la Turquie moderne peut laisser supposer qu’une telle connexion n’est pas impossible. Il est prouvé qu’on trouvait encore des serviteurs sourds à la Cour au début du XXe siècle. A la même époque, un certain nombre d’écoles modernes pour malentendants commencent à fonctionner. Une interaction minimale entre la dernière génération de serviteurs impériaux sourds signeurs et la première génération d’écoliers malentendants aurait suffi à assurer une certaine continuité de la langue des signes.

Mais en l’absence de documents historiques détaillés sur la langue des signes ottomane ou d’enregistrement visuel des derniers serviteurs sourds de la cour impériale, cette hypothèse séduisante reste invérifiable.

Cette histoire nous rappelle que l’un des rôles des interprètes en langue des signes est d’être une passerelle entre différentes communautés. Ils permettent à ces langues de se diffuser sur les territoires, aux nouveaux signes (néosimismes) de se répandre et ainsi à ces langues de vivre au delà des communautés ou elles sont pratiquées. En l’occurrence dans l’Empire Ottoman il n’y avait pas d’interprète puisque tout le monde dans le Sérail signait et cette langue, sans relais au sein de la population turque, confinée en un Palais, disparut en même temps que lui et ses habitants.

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PS : j’ai eu connaissance de cette histoire en écoutant « Tire ta Langue » excellente émission diffusée sur France Culture.

L’Evangile de Luc à portée de mains

Au delà de ses propres convictions ou croyances, interpréter en langue des signes des événements religieux est toujours un exercice délicat et complexe. Il faut gérer ses propres émotions (lors d’obsèques par exemple), parvenir à trouver sa place sans troubler la cérémonie (difficile de se glisser auprès du prêtre lors de la communion), s’adapter à l’inconfort sonore (souvent dans les églises le son résonne ou est peu audible) et surtout cela demande des compétences particulières en linguistique, en histoire et en théologie.

Ainsi, la Bible – le livre des 3 religions monothéistes que je connais le mieux – et son corollaire de textes religieux est tout sauf un livre simple. Les phrases sont longues, les références culturelles et historiques nous sont peu familières, les paraboles et métaphores nombreuses et beaucoup de termes utilisés dans le Nouveau Testament n’ont pas d’équivalent en langue des signes française à commencer par les noms propres (Galilée, Abraham, Saint-Jean-Baptiste, Hérode…) ou certaines expressions caractéristiques des Évangiles (Royaume de Dieu, Fils de l’Homme, Maître de la Loi…).

Or, bien que la Bible soit le livre le plus traduit au monde (des parties de celle-ci seraient disponibles en 2400 langues) il n’existait pas jusqu’à récemment de version en langue des signes française sur laquelle nous aurions pu nous appuyer pour imaginer des stratégies d’interprétation, voir des signes lexicaux nous manquant.
Cette situation était d’ailleurs paradoxale car les religieux se sont beaucoup impliqués dans l’éducation des sourds le plus célèbre étant bien sûr l’Abbé de l’Epée dont nous fêtons le tricentenaire de la naissance cette année.

Bref, les interprètes en langue des signes manquaient de matériels pour effectuer des traductions précises et les sourds signeurs ne pouvaient pas avoir accès aux textes bibliques ce qui, en raison de notre passé judéo-chrétien, signifiait, pour eux, être privé d’une part importante de la culture générale qui a participé à l’édification la nation française (et plus largement européenne).
En outre, ces derniers ne pouvaient pas non plus percevoir l’émotion qui se dégage de ces textes religieux car pour un sourd qui n’a jamais eu accès au son, les mots sont comme des coquilles vides et le fait de pouvoir les lire ou les écrire ne change rien, il manque la dimension visuelle.

Par chance pour ces deux groupes (sourds et interprètes) cette lacune est (en partie) comblée.
En effet, il y a 5 ans, plusieurs équipes francophones ont travaillé sur la traduction de l’Évangile de Luc en lsf et c’est ainsi que trois DVD ont été réalisés par l’Alliance biblique française. Le résultat de ce travail considérable est remarquable.
Pour ce seul Évangile, neuf équipes totalisant cent bénévoles (sourds et entendants, enseignants de langue des signes, religieux, théologiens, linguistes, interprètes, techniciens vidéo) en Suisse, France, Belgique et au Congo-Brazzaville ont travaillé durant trois ans.

La traduction a été réalisée à l’aide de l’original grec, comme pour toute nouvelle édition de la Bible. Comme le raconte l’un des participants : « chaque passage a d’abord donné lieu à une étude biblique avec nos interprètes. Ils tentaient ensuite de le signer. A chaque difficulté de traduction, nous creusions à nouveau le texte original en grec ».
En effet il est primordial que la traduction reprenne fidèlement le sens du texte qui est souvent abstrait.
Par exemple l’épisode du lépreux (Luc 17-19). Jésus lui déclare « Lève toi, va ; ta foi t’a sauvé ». Le terme « sauvé » est ambigu : il indique d’une part la notion de guérison physique et d’autre part il intègre la dimension spirituelle de la personne. Le miracle ne concerne pas uniquement le corps débarrassé de la maladie mais aussi la personne dans sa globalité (corps et âme).
Il faut alors transmettre via son interprétation cette double dimension en utilisant notamment des expressions du visage adéquates soulignant « l’illumination » de la personne.

De plus, pour combler le manque lexical, 90 nouveaux signes ont été inventés. « Il fallait se mettre d’accord sur une manière commune de traduire des termes comme «la foi» – un geste partant du front jusqu’au cœur – ou des prénoms comme Abraham – le mouvement d’un coup de couteau stoppé de l’autre main en référence au sacrifice d’Isaac ».

Ce travail de traduction sur l’Évangile de Luc souligne aussi (pour ceux qui l’aurait oublié) que la langue des signes par sa richesse, sa précision, sa finesse permet de traduire n’importe quel texte ;
– du plus concret : « Au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des maîtres; il les écoutait et les interrogeait ». (Luc 2-46)
– au plus abstrait : « en effet toute personne qui s’élève sera abaissée, et celle qui s’abaisse sera élevée ». (Luc 18-14)

la bande-annonce du projet de l’Alliance biblique française :

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Pour se procurer ce triple DVD : http://bit.ly/saintlucenlsf

Choses vues (5)

La scène se déroule, il y a quelques années, dans un lycée en région parisienne.
Les élèves sont en cours d’histoire. Parmi eux, il y plusieurs jeunes sourds en intégration. D’habitude ils sont accompagnés par une assistante de vie scolaire qui les aide à suivre les cours.
Ce jour là, l’AVS ayant eu un empêchement, c’est un interprète en langue des signes qui est présent et qui traduit le cours. Mais arrivé à la dernière minute il n’a pas pu expliquer son rôle au professeur, notamment ce qui le différenciait d’une AVS (neutralité, fidélité…).

Les élèves sont particulièrement énervés, dans la classe c’est le chahut, personne n’écoute. Excédé, l’enseignant tape du poing sur la table et s’exclame :
« puisque vous avez décidé de ne pas travailler, interrogation orale pour voir si vous avez compris le cours. Puis il enchaîne. « Première question : combien de temps a duré la Seconde Guerre mondiale pour l’armée française ? »

Dans la classe c’est le silence, certains élèves font semblant de lire leur cours, d’autres baissent simplement la tête en priant pour ne pas être désignés.

« Je répète ma question : combien de temps a duré la Seconde Guerre mondiale pour l’armée française. Je vous donne un indice : elle a débuté en 1939. Je vous préviens : vous ne sortirez pas d’ici tant que je n’aurais pas entendu une réponse correcte ! »

A ses cotés, l’interprète en LSF traduit fidèlement et énergiquement ses propos pour souligner la colère du professeur.

Soudain, l’un des élèves sourd lève le doigt puis commence à signer une réponse que mon collègue traduit vers le français :
« Pour l’armée française, la guerre a durée jusqu’en 1940. Le 17 juin 1940, Pétain a signé l’armistice et c’est cela que le lendemain le Général de Gaulle lance son appel à la résistance depuis l’Angleterre: l’appel du 18 juin. »

L’enseignant furieux, se tourne alors vers l’interprète qui a fini de traduire et lui lance :
« Mais, vous êtes devenu fou !!! De quel droit répondez-vous à la place des élèves ! Pour qui vous prenez-vous ! Sortez immédiatement de ma classe !!! »

Code éthique (1) : présentation

Je l’évoque régulièrement dans mes billets et nous allons encore souvent le rencontrer. Il convient donc de s’attarder quelques articles sur lui, à savoir, le Code éthique des interprètes/traducteurs en langue des signes française (LSF) élaboré par l’AFILS.

Ainsi, pour juger de la compétence d’un interprète, on peut se référer à trois critères:
– la langue des signes
– les techniques (stratégies) d’interprétation
– la connaissance et la maîtrise du Code éthique.
Il est donc un élément majeur pour garantir une bonne pratique de notre métier. Ce n’est pas qu’un simple texte théorique encadrant notre profession. C’est aussi un atout pour les interprètes professionnels, une protection qui leur garantit d’effectuer une interprétation correcte et respectueuse dans les meilleures conditions possibles.

C’est à partir de 1970 que le mouvement de reconnaissance de la langue des signes initié par les sourds est accompagné par une volonté de professionnaliser le métier d’interprète (voir historique du métier d’interprète en LSF), d’où la nécessité de réfléchir à l’instauration d’un code déontologique.
C’est ainsi que des interprètes qui travaillaient bénévolement prennent conscience qu’ils sont plusieurs à pratiquer la même profession. Ils décident alors de se réunir et fondent la première association française d’interprètes en 1978, l’ANFIDA (Association Nationale Française d’Interprètes pour Déficients Auditifs) qui deviendra l’AFILS en 1988. A cette occasion sont joints à ses statuts des règles déontologiques qui garantissent la fidélité au message, la neutralité et le secret professionnel.
Les adhérents sont des professionnels rémunérés. Ce code donne pour la première fois un cadre permettant de distinguer l’interprète des autres professionnels comme l’interface de communication, le preneur de notes, le répétiteur ou le médiateur social.

De fait, c’est une réponse au discours d’Arlette Morel prononcé à Albi en 1987 dans laquelle elle reprochait aux interprètes, leur manque de déontologie dans l’exercice de leur métier : elle évoquait la nécessité de mettre en place une formation et une déontologie adéquate.
Selon elle, « ces interprètes estimant avoir une solide expérience de l’interprétation sur le plan pratique… n’éprouvent pas le besoin d’aborder l’interprétation comme un vrai métier c’est-à-dire avec une vraie formation….une formation théorique avec une approche déontologique de la fonction, aussi nécessaire que la maîtrise de la LSF. Dommage car ils auraient ainsi appris à être neutres, à ne pas penser à la place du sourd, en résumé à ne pas être plus sourd que sourd ».

En d’autres termes, pour qu’une situation d’interprétation se déroule de manière professionnelle, l’interprète doit respecter des règles. Cela permet aux interlocuteurs sourds et entendants d’être au cœur de la situation. C’est pourquoi toutes les formations qui délivrent un diplôme d’interprète français/langue des signes française (Master 2) intègrent dans leur cursus de nombreuses heures de cours théoriques et pratiques consacrées à ce Code.

Le Code éthique de l’AFILS se compose d’une partie intitulée « Code déontologique » (titre premier) et d’une partie intitulée « Code de conduite professionnelle » (titre deuxième).
C’est l’ensemble des règles et devoirs auxquels les interprètes membres de l’AFILS doivent se référer dans le cadre de leur activité.
Selon l’AFILS, « la déontologie est un contrat moral passé entre les locuteurs (usagers) et l’interprète garantissant que celui-ci interviendra le moins possible dans les échanges. C’est un engagement à respecter les personnes en présence, leur parole et la langue qu’ils utilisent ». Il s’agit donc de préserver l’autonomie de chaque personne sourde, de lui permettre d’exercer ses responsabilités en ayant une information complète, compréhensible et objective.

Voici le texte de ce Code, tel qu’on peut le trouver sur le site internet de l’AFILS, rédigé par Francis Jeggli et Pierre Guitteny.

CODE ETHIQUE

Le présent code éthique définit les conditions d’exercice de la profession par les interprètes membres de l’AFILS.

TITRE PREMIER

Code déontologique

Article 1. – Secret professionnel
L’interprète est tenu au secret professionnel total et absolu comme défini par les articles 226-13 et 226-14 du nouveau code pénal dans l’exercice de sa profession à l’occasion d’entretiens, de réunions ou de conférences non publiques. L’interprète s’interdit toute exploitation personnelle d’une quelconque information confidentielle.

Article 2.- Fidélité
L’interprète est tenu de restituer le message le plus fidèlement possible dans ce qu’il estime être l’intention du locuteur original.

Article 3.- Neutralité
L’interprète ne peut intervenir dans les échanges et ne peut être pris à partie dans la discussion. Ses opinions ne doivent pas transparaître dans son interprétation.

TITRE DEUXIEME

Code de conduite professionnelle

 Article 1.
L’interprète s’interdit d’accepter un engagement pour lequel il n’est pas qualifié. S’il est le seul à pouvoir assurer cette prestation il pourra le faire après en avoir averti toutes les parties concernées.

Article 2.
L’interprète s’engage, dans la mesure du possible, à se former dans le but de répondre aux besoins des usagers.

Article 3.
L’interprète qui exerce une autre activité professionnelle, notamment au sein d’une même institution, doit prendre garde à ce que les exigences de cette autre activité ne soit pas en contradiction avec le code éthique de l’AFILS.

Article 4.
L’interprète doit avoir une présentation appropriée à la situation d’interprétation. Pour le bon déroulement de l’interprétation, il doit veiller à ce que certaines conditions matérielles soient respectées (lumière, placement, etc.).

Article 5.
Conformément à l’article L112-3 du code de la propriété intellectuelle, l’interprète est propriétaire de sa traduction et de son interprétation. Aucune utilisation, diffusion, ni commercialisation de cette dernière ne pourra se faire sans son accord.

Article 6.
L’interprète doit être loyal et solidaire à l’égard de ses collègues. Toute critique sur un collègue ne doit pas être énoncée en public.

Article 7.
L’interprète doit s’assurer qu’il dispose de bonnes conditions de travail. Il doit prévenir son client que des pauses lui sont nécessaires. En aucun cas il ne pourra travailler plus de deux heures sans relais. En situation de conférences, les interprètes travailleront toujours en équipe.

Article 8.
Si l’interprète travaille en équipe, il est en droit de connaître l’identité de son ou ses collègues avant d’accepter un contrat.

Article 9.
L’interprète peut refuser un contrat si, pour une raison éthique et personnelle, il sent que sa prestation ne sera pas conforme au présent code. Le client pourra alors demander une attestation de refus à l’interprète.

Article 10.
Les interprètes qui travaillent ponctuellement bénévolement pour des associations caritatives ou à caractère humanitaire, s’engagent à respecter le présent code et à demander les mêmes conditions de travail que s’ils étaient payés.

Le conseil d’administration peut être interpellé pour tout manquement à ces codes.
Celui-ci, éventuellement aidé d’une commission spéciale nommée à cet effet, statuera sur les suites à donner à toute plainte dans les plus brefs délais. Les sanctions prises par le CA à l’encontre de l’interprète concerné pourront aller jusqu’à sa radiation.

Pour plus d’informations historiques sur la création de ce code déontologique, je vous conseille de lire l’article/chronologie rédigé par Francis Jeggli à l’adresse suivante : http://bit.ly/histoirecodedeonto .

A suivre : le secret professionnel

Le discours d’Arlette Morel (1987)

Mon emploi du temps ces derniers jours ne me permet pas, hélas, d’alimenter mon blog aussi régulièrement que je le voudrais. Je suis, selon la terminologie des pubards « over-charette » ou selon celle des interprétards « totally-décaled ».

Bref, cette semaine, pour compenser mon manque de temps, je vous propose deux textes rédigés à 24 ans d’écart par des personnes sourdes et qui soulignent les préoccupations de leur temps l’un traitant plus du regard, des attentes des sourds vis à vis des interprètes en langue des signes, l’autre s’intéressant au rôle de l’interprète et de l’accessibilité des sourds à la société.

Le premier document, discours fondateur et fondamental qui jette les bases du métier d’interprète en langue des signes tel qu’il est pratiqué aujourd’hui, a été prononcé (signé devrais-je dire) en 1987, par Arlette Morel, grande figure de la communauté sourde. Ancienne Présidente de la FNSF (Fédération Nationale des Sourds de France) elle a aussi été responsable du CPSAS, un des premiers services d’interprètes Français/LSF situé à Paris, dans les locaux de l’INJS.

A cette époque, les premières formations d’interprètes en LSF se mettaient en place et les réflexions, les interrogations de la communauté sourde portaient essentiellement sur la maîtrise d’un code déontologique, la garantie d’une parfaite neutralité et comment différencier un interprète d’un interface (problème non résolu comme je le soulignais dans un billet précédent). Il s’agissait de normer une profession jeune et auparavant pratiquée par des enfants ou des proches (famille, amis, voisins) des personnes sourdes.

 

Intervention de Madame Arlette Morel lors du Symposium Européen des Interprètes à Albi, les 30 et 31 janvier 1987 :

« Je commencerai par parler de l’attitude de certains interprètes, de ceux qui ont des parents sourds. Attention, que l’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit, je ne dis pas que tous les interprètes issus de parents sourds se conduisent ainsi que je vais le dénoncer, mais, dans leur grande majorité, les problèmes qui découlent de cette attitude sont les suivants : impossibilité d’être neutres, tendance à prendre les problèmes de sourds trop à cœur et à en faire les leurs, impossibilité pour eux de se retenir de donner leur avis alors que nous ne le leur demandons pas, tendance à influencer le débat, la discussion, partialité flagrante.

Je me rends parfaitement  compte que ce que je dis là est dur, car ce n’est pas tout à fait leur faute. Très jeunes et souvent trop jeunes, leurs parents les ont mis en situation d’interprète, ils ont été catapultés dans le monde des adultes à un âge où l’on joue encore à la poupée. A peine sortis de leurs berceaux ils sont confrontés à des problèmes qui les dépassent. Mobilisés par l’urgence, pris à témoin, souvent dans toutes sortes de conflits, leurs rêves se brisent, leurs jeux sont détournés, leur imagination se bloque. Leurs parents leur ont, en quelque sorte, volé leur enfance, il est logique que des perturbations psychologiques en découlent.

Si, devenus adultes, ils ont continué à interpréter, cela s’est fait le plus souvent, à la demande pressante des sourds eux-mêmes et les voilà pris dans l’engrenage. Ces interprètes estimant avoir une solide expérience de l’interprétation sur le plan pratique, ce qui  est souvent vrai, n’éprouvent pas le besoin d’aborder l’interprétation comme un vrai métier, c’est à dire avec une formation, car reconnaître la LSF ne suffit pas. Une formation théorique avec une approche de déontologie de la fonction est aussi nécessaire que la maîtrise de la LSF. Dommage, car ils auraient ainsi appris à être neutres, à ne pas penser à la place du sourd, en résumé à ne pas être plus sourds que le sourd. Car, même si la personne sourde dit une bourde, un interprète digne de ce nom doit la traduire exactement et ne pas avoir à en être gêné, or c’est malheureusement ce qui se passe le plus souvent, quand ils ne font pas eux-mêmes une sélection de ce qui se dit ou ne se dit pas !

Des exemples, je pourrais vous en donner des dizaines, je vais en prendre quelques uns au hasard, parce que les plus récents ; dernièrement un couple de sourds souhaitant vendre son appartement se rend chez le notaire accompagné de l’interprète, l’acquéreur éventuel étant également présent. En aparté l’interprète déconseille au couple de vendre son appartement  à cet acquéreur, parce qu’étant “Pied-noir”, il ne lui inspirait pas confiance. Désarroi du couple qui ne savait plus quoi faire, étonnement du notaire devant ce désarroi. Il est à remarquer que ce notaire avait déjà vu le couple de sourds lors d’une entrevue précédente mais avec un autre interprète. Ce notaire ignorait  totalement la LSF et ne pouvait savoir ce qui s’était dit, mais cela ne l’a pas empêché de s’apercevoir de l’attitude étrange de l’interprète et de conseiller au couple de revenir ultérieurement, mais cette fois accompagné d’un autre interprète !

Un autre exemple qui m’est arrivé assez souvent : j’assistais, l’autre jour, à une réunion d’entendants où nous n’étions que deux sourds, à un moment donné, mon voisin sourd me dit : « tiens, je ne suis pas au courant de ce qui est dit, explique moi brièvement », je le mets au courant en quelques gestes. Aussitôt l’interprète nous ordonne: « arrêtez de parler, regardez-moi ! ». A-t-on déjà vu des interprètes professionnels de langues étrangères avoir la même attitude avec leur auditoire entendant et interrompre la séance pour faire remarquer que des personnes bavardent dans la salle ?
Nous avons parfaitement le droit de discuter entre nous, de consulter des dossiers ; si le sujet débattu, à l’instant même, ne nous concerne pas, à nous de juger, à l’interprète de faire son travail, c’est à dire interpréter, il est payé pour ça, pas pour nous surveiller.

Ces deux attitudes citées plus haut démontrent un besoin  urgent de formations. Mais combien sont fautifs les parents sourds ! Vous parents sourds, qui avez des enfants entendants, vous vous dites quelle aubaine ! avoir chez soi, en permanence, un intermédiaire qui vous relie au monde des entendants, la tentation est grande de le transformer en interprète. L’enfant, lui, fait ce qu’on lui dit  de faire sans trop savoir comment s’y prendre. Mais cet enfant est avant toute chose un enfant, sachez avoir pour lui le respect dû à une personnalité en devenir. Ne le noyez pas dans des problèmes qu’il ne comprend pas, qui ne sont pas de son âge. Que n’a-t-on  pas vu des gosses de 7/8 ans, chez le notaire, au commissariat… Cet enfant appartient à un monde qui n’est pas le nôtre, celui des entendants, sachons l’admettre et le respecter. En retour, devenu adulte, il saura respecter et comprendre le monde des sourds.

Je vais maintenant vous parler de l’attitude de certains sourds face à l’interprète. Pour ces sourds le rôle de l’interprète n’est pas bien défini. Ils ont tendance à les prendre pour des assistantes sociales, leur demandant leur avis sur ce qu’ils doivent dire, faire, ne pas dire, ne pas faire, sollicitant leur aide  dans telle ou telle situation. S’ils tombent sur un interprète qualifié, formé, neutre et impartial, ils lui reprochent de ne pas les avoir aidés. Ceci maintient, perpétue et encourage la dépendance du sourd vis à vis de l’entendant, alors que, paradoxalement, le sourd dénonce, nie et même renie cette dépendance.

Nous, sourds, manquons d’informations, ayant pendant des décennies, eu affaire aux interprètes issus de parents sourds. Nous attendons que les interprètes nous prennent en charge, par atavisme, nous nous mettons nous-mêmes en position d’assistés, ne facilitant pas la tache de l’interprète.

Nous avons besoin que, dès l’école, on nous apprenne ce qu’est un interprète, quel est son rôle, quelles sont ses limites. Ayant pris l’habitude jeune de l’utiliser en peine connaissance de cause, il y aura une meilleure entente entre interprètes et sourds Nous avons besoin d’eux, c’est vrai, mais eux aussi ont besoin de nous, ce sont nous, les consommateurs. Une bonne formation pour les uns, une bonne information pour les autres devrait aplanir bien des difficultés.

Dans la formation des interprètes, nous souhaiterions voir inclure la culture sourde : on ne peut pas bien traduire une langue si on n’a pas connaissance de la culture qui lui est propre et qui régit souvent le comportement et l’acquis de la compréhension. Par culture, on entend généralement, outre la langue, les usages et coutumes qui régissent un peuple, une communauté, un groupe. Quels sont les interprètes qui ont une approche exacte de notre culture ?
Il est bon de savoir que ce qui choque chez les entendants, paraît tout à fait normal chez les sourds et vice-versa. Beaucoup d’incompréhensions découlent de cette lacune dans la formation.

Abordons maintenant l’identité de la personne sourde, son niveau de L.S.F., de français, son niveau culturel, son milieu culturel, ceux-ci différent d’un sourd à l’autre, est-il normal d’interpréter de même façon une personne sourde qui signe “châtié” ou B.C.B.G.. Un interprète convenablement formé ne doit  pas seulement savoir interpréter suivant l’identité de la personne qui s’exprime, il en a le devoir.

Tout cela demande une formation sérieuse et approfondie, est-ce trop tôt pour la mettre en place ?
Jusqu’à présent, quelques ébauches de formation ont vu le jour mais vite abandonnées. Devant la tâche immense qui reste à accomplir, je me soupçonne de demander l’impossible.

Maintenant abordons la banalisation de l’interprétation, c’est à dire le fait de faire appel à un interprète pour un oui, pour un non. Un interprète est nécessaire dans certains cas, tribunaux, notaires, commissariats, avocats et certaines affaires délicates demandant une bonne communication de part et d’autre, mais pourquoi faire appel à lui systématiquement, pour aller chez un employeur éventuel, par exemple, comment diable faisions-nous avant ?
Est-ce une bonne chose ?
Cela prépare-t-il bien le sourd à se battre ?
Cela ne l’affaiblit pas plutôt?
Allons-nous devenir des sur-handicapés?
L’utilisation d’un interprète a ses limites, l’interprétariat a été fait d’abord pour donner plus de liberté et d’autonomie aux sourds, il ne doit en aucun cas devenir un assujettissement, une contrainte qui restreint cette liberté tant recherchée. »