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Des interprètes afghans abandonnés à leur sort par la France

Oublions quelques instants l’interprétation en langue des signes pour évoquer le cas de nos collègues afghans aujourd’hui en danger de mort.

Si la France a quitté l’Afghanistan en décembre 2014, de nombreux interprètes ayant travaillé avec l’armée sont restés sur place. Au total plus de 160 interprètes sont menacés de mort par les Talibans et attendent toujours leur visa pour gagner la France.
Notre attitude à l’égard de ces anciens interprètes est non seulement une honte, mais aussi un manquement aux principes d’accueil, d’humanité, de solidarité. S’ils sont à présent en danger, c’est parce qu’ils ont accepté d’aider les forces militaires occupant leur pays pour lutter contre les islamistes et la barbarie. Par leur présence, leur connaissance du terrain, leurs compétences linguistiques et culturelles, ils ont certainement sauvé de nombreuses vies de soldats occidentaux.
Aujourd’hui, c’est pour la leur qu’ils se battent. Quand les pays de la coalition se sont retirés d’Afghanistan aucun ne s’est préoccupé des conséquences dramatiques pour ceux qui nous ont fait confiance. Tous les ont abandonnés.

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En France, face à cette situation, 35 avocats travaillent pour faire bouger les choses et permettre à ces anciens interprètes de l’armée de vivre leur vie loin des menaces.
En avril 2015 ils ont adressé une lettre ouverte au Président de la République François Hollande.
Puis ils ont mis en ligne une pétition intitulée : « Soutenez la défense des auxiliaires afghans qui ont servi l’armée française en Afghanistan entre 2001 et 2014 » que je vous encourage à signer.
Par ailleurs, Caroline Décrois, une avocate parisienne à la tête de ce collectif  s’est exprimée dans de nombreux médias français pour nous alerter :

« Aujourd’hui, 90% des interprètes se sont regroupés à Kaboul qui reste la zone la plus sûre en Afghanistan, malgré des attentats. Ils sortent très peu de chez eux et sont clairement menacés. Ils reçoivent des lettres de menaces, glissées sous leurs portes ou placardées, provenant des Talibans ou d’un groupe de Talibans affilié à l’Etat islamique (Daech).
On les menace de mort, mais également de les torturer pour obtenir des informations, des renseignements ou leur savoir-faire acquis auprès de l’armée française. Ceux qui pouvaient ont pris la fuite, les autres vivent cloîtrés, déménageant toutes les semaines.
Si je n’ai pas connaissance d’interprètes des Français exécutés, certains qui ont travaillé avec les Américains ont été tués. En général, quand on travaille avec l’armée, on espère une protection quand les troupes s’en vont. La promesse d’un visa, ce n’était pas dans leur contrat, mais la France ne pensait pas non plus laisser l’Afghanistan dans cette situation catastrophique. Les critères posés pour sélectionner les dossiers ont été dévoyés.
Avant leur sécurité, on a fait passer leur possibilité d’intégration. On s’est plus demandé comment matériellement intégrer ces gens plutôt que de se demander s’ils étaient menacés. Pourtant, la relocalisation, c’est de la protection de personnes menacée, toute autre question n’a pas lieu d’être. » 

Voici le portrait d’un interprète afghan « oublié » par la France (source Le Monde) :

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Adil Abdulraziq, 29 ans. Il a été interprète pour l’armée française entre 2001 et janvier 2014. Marié, il a deux enfants. Ingénieur de construction de formation, il est au chômage aujourd’hui et cherche à partir en France. Sa demande de visa a été rejetée. Il est le porte-parole de cinquante autres interprètes, qui affirment être menacés dans leur pays.
Pendant treize ans, Adil Abdulraziq était chargé de mettre en place des barrages sur les routes, d’entrer dans les maisons des villageois, de leur demander de sortir avant que les forces françaises procèdent à des fouilles. « Les Français ne connaissent pas la culture afghane. C’était donc à l’interprète afghan d’entrer et d’avertir les occupants, surtout les femmes », explique l’Afghan de 29 ans.
Les villageois l’ont à de multiples reprises photographié et filmé, en tenue militaire, fusil à la main et le visage découvert. Cela lui vaut de nombreuses menaces. « En 2011, j’ai trouvé une lettre collée à ma porte. Quelques jours plus tard, j’ai reçu un appel téléphonique. La voix me disait que j’étais un infidèle, un espion et un traître et que je serai décapité », se souvient l’interprète. Quelques mois plus tard, une explosion a détruit le mur de sa maison.
La police afghane a confirmé qu’il avait été ciblé en raison de son engagement auprès des Français. La demande de visa d’Adil Abdulraziq date de mi-2013. Un mois après le dépôt de sa demande, on lui a signifié que la procédure de visas pour les interprètes était close.
Depuis, il sort rarement de chez lui et vit dans l’angoisse permanente. Il a essayé de trouver du travail dans différents domaines. Sans succès. « Les employeurs pensent que, s’ils nous engagent, ils seront en danger eux aussi », explique Adil Abdulraziq.

Il y a aussi Abdul qui témoigne dans le Nouvel Obs : ancien traducteur de l’armée française, victime d’intimidation de la part des Talibans il a demandé en vain un visa de réfugié pour la France. A Kaboul, il tremble pour sa sécurité.

D’autres Afghans estiment qu’ils ne peuvent plus attendre, que leur vie devient trop dangereuse dans leur pays. C’est le cas de Naqibullah, arrivé clandestinement en France. Ce médecin de formation vit maintenant comme un sans-abri à Lyon… Il ne sait toujours pas si son cas va pouvoir être examiné dans le même cadre que celui de ses collègues interprètes restés en Afghanistan.

De leur côté, les autorités françaises prennent en compte 3 critères pour valider leur accueil : la qualité des services rendus, la capacité à s’insérer en France et surtout l’exposition à une menace réelle de l’interprète et de sa famille. Pour Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, « la France a des devoirs envers ses personnels ; elle ne s’y dérobera pas. Si le fait d’avoir travaillé avec la France ne peut ouvrir un droit absolu à s’y installer, la réalité du risque encouru doit évidemment être prise en compte. » 
Un porte-parole du Quai d’Orsay ajoute : « on doit traiter au cas par cas. C’est complexe, un travail interministériel. Il faut vérifier la situation de chacun, la réalité du danger. Il n’y a pas d’accueil automatique. »

Il semble que les Talibans procèdent, eux, de façon plus expéditive. Ainsi que le révèle le Daily Mail, la semaine dernière un interprète ayant travaillé pour l’armée britannique et connu sous le nom de Popal a été torturé puis assassiné tandis qu’il tentait de fuir les Talibans, sa demande de visa ayant été rejetée par les autorités britanniques. On reste sans nouvelle de ses quatre collègues qui l’accompagnaient.

Aux Etats-Unis, la mobilisation pour tenter de sauver les interprètes locaux ayant travaillé en Irak ou en Afghanistan est menée par Katharine Allen & Barry S Olsen qui ont lancé un appel pour récolter des fonds – via leur blog – afin de financer un film intitulé « The Interpreter »,  l’histoire banale de Farouq, un interprète abandonné par les forces militaires américaines lors de leur retrait et en danger de mort.
Comme des centaines d’autres restés sur le terrain.

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© Stéphan – ( i ) LSF

An interview with the new EFSLI President

efsli_twitterL’EFSLI (European Forum of Sign Language Interpreters) est l’organisation européenne représentant les intérêts des interprètes en langue des signes. C’est un lieu d’échanges où sont partagées les bonnes pratiques professionnelles, une instance qui oeuvre à une meilleure reconnaissance du métier d’interprète en langue des signes et qui organise des sessions de formations spécialisées pour ses membres.
En ce mois de Mai où nous allons bientôt voter pour renouveler le parlement européen, je vous propose une interview (en anglais) par Josefina Kalousova – rédactrice en chef d’EFSLI Newsletter – de son Président Peter Llewellyn-Jones récemment élu à ce poste.


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Why/how did you become a sign language interpreter?

I originally trained as a social worker with Deaf people or, as it was called in those days, a ‘Welfare Officer for the Deaf’. The ‘Deaf Welfare Examination Board’ was established in 1928 and its Diploma was still recognised as a social work qualification in the UK until the early 1970s. Looking back, what was extraordinary was that to pass the Diploma, as well as passing the social work elements, you also had to pass an interpreting assessment. This means that although the Register of Interpreters in the UK wasn’t established until the early 1980s, there had been a formal sign language interpreting qualification since the late 1920s.

In those days it wasn’t a full-time college course. Instead we worked under supervision in our local Deaf associations for three years; going to a polytechnic college in London every few months for a one-week residential block of theoretical lectures and seminars. There were no formal sign language classes in those days so, as I didn’t know sign language (I was one of only two students during my time who didn’t have Deaf parents) I had to attend all the Deaf clubs in the area which meant I was taking part in Deaf community activities every day of the week.

By the end of my training I had realised that I liked interpreting far more than the social work part of the job so I started to specialise in interpreting for meetings, conferences, short courses; in fact, anywhere interpreters were needed. As soon as I qualified I went to work as a ‘national officer’ for the British Deaf Association and I was then interpreting for events and courses all over the country.

What do you value most about the profession?

Looking back, I couldn’t have chosen a more satisfying career. On the one hand I’ve had the opportunity to meet and work with people from all walks of life and, on the other, I quickly realized that interpreting is far more complex than simply being able to use two languages. From 1979 to 1981 I was fortunate enough to spend three years at Bristol University researching interpreting cognitive processes and, although I’ve been involved with researching and thinking about a range of difference facets since then, that original interest had never waned. That is one of the reasons I am so pleased the Belgian Association of Sign Language Interpreters has chosen ‘Mind Tricks’ as the topic for the 2014 EFSLI conference.
Interpreting is always a source of fascination, whether because of the range of settings or the complexity of the processes.

What are your duties and responsibilities as EFSLI president?

As President I am ultimately responsible for the governance of the organisation; that is ensuring that we work within the constitution and meet the legal requirements of a formally registered, democratic, non-profit international association. I also have to ensure that any activity or campaign we embark on is within the spirit of the organisation, i.e. that it meets the aims of furthering the interests of its members and contributes in a positive and constructive way to the lives of the people who use interpreting services, both from the Deaf and hearing communities.
On a day-to-day level I’m responsible for the ‘international department’ of EFSLI, which entails developing and strengthening its working relationships with other European organisations that share our goals or complement our work, e.g. the EUD and EULITA. Most recently I have been representing signed language interpreters at the first meetings of the new European Public Service Interpreters and Translators Network (which is due to become a formally constituted European organisation at a meeting in Alcala, Spain, later in March) and holding discussions with Deb Russell, the President of WASLI, about formalizing a ‘Memorandum of Understanding’ with WASLI (see the most recent ‘EFSLI in Brief’).

I also, of course, chair the EFSLI Board meetings. Although each board member has her or his own areas of responsibility, there is so much to do that we work, as much as possible, as a team.

What is the biggest challenge for you as EFSLI president?

The main challenge over the last five months has been learning how EFSLI works. It has so many procedures and hosts so many events that I have had to rely on the knowledge and advice of previous board members and a host of individuals who have been working with EFSLI over the years.

The other challenge has been finding the time to keep on top of the EFSLI work whilst giving enough time to my own work as an interpreter trainer in the UK. Luckily I run my own company so my time is flexible but it is still a challenge.

What is your vision for EFSLI for the future?

This is something that we, as a board, are only now beginning to think about. All of us have been busy getting up to speed and it has taken us this long to really understand the complexity of the organisation and the diversity of its activities. What is obvious is that EFSLI’s structure, procedures and resources will need to be strengthened if it is to continue to grow as an active and influential European organisation. I will be proposing that we embark on a consultation exercise, involving full members, existing committees and long-term individual supporters, to develop a realistic yet visionary five-year plan. Only by taking a step back and looking objectively at how EFSLI currently operates will able to see how we can gear ourselves up for the challenges of the future whilst retaining the spirit, openness, supportiveness and friendliness that makes EFSLI such a special organisation.

© EFSLI newsletter – Josefina Kalousova, Editor – spring edition – april 2014