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Art’Pi !

Une fois n’est pas coutume mais je voudrais vous faire part de mon coup de cœur pour ce nouveau magazine accessible uniquement en ligne (car au format PDF) : Art’PI.

Son objectif est de réunir l’Art et le « typique Sourd  » (que l’on traduit en langue des signes par « Pi » – les initiés comprendront).

Vous y trouverez des informations riches et variées sur l’actualité des spectacles vivants, des manifestations, des événements circulant autour de la culture sourde et de la langue des signes.
Ainsi, vous pourrez lire des reportages sur des spectacles mêlant français et LSF, accessibles à tous, sourd ou entendant, grâce au travail spécifique effectué par des interprètes en langue des signes française (LSF).
C’est aussi un support qui permet aux associations, artistes et professionnels sourds ainsi qu’aux professionnels entendants créateur de projets accessibles ou mixtes, de déposer des annonces, de se faire connaître ou de faire connaître leurs œuvres.

Belle mise en page, photographies soignées,remarquables interviews de professionnels sourds ou entendants qui œuvrent dans le secteur culturel, surprenants reportages sur la mode, la télévision, l’art, informations pointues sur les nouvelles technologies, ce magazine est une source d’informations passionnantes sur la culture sourde et ses passerelles vers le monde des entendants.

Bref, vous l’aurez compris, allez vite sur le site de ce nouveau magazine et abonnez-vous, c’est gratuit : Art’Pi Abonnement.
Ou consultez le en ligne grâce à la version feuilletable.

Et voici le sommaire du N°2 pour vous mettre l’eau à la bouche :

Des concerts accessibles aux sourds

Les sourds et malentendants ont aussi le droit d’apprécier les concerts et surtout d’en comprendre les paroles. Or, parmi les différents types d’interprétation vers la langue des signes française ou anglaise ou américaine ou espagnole… que nous sommes amenés à effectuer, l’une des plus délicates est justement l’interprétation de chansons durant des concerts (personnellement je ne m’y suis pas encore risqué).
Récemment, on apprenait même que Lady Gaga prenait des cours de langue des signes avec un professeur particulier. Elle aurait été inspirée par des vidéos sur Youtube dans lesquelles des fans sourds de la chanteuse reprenaient ses morceaux en langue des signes.

Plus sérieusement (quoique…) il  y a un an, les Pays-Bas ont accueilli la première édition de « Deaf Metal », un concert de métal entièrement organisé à l’intention des sourds. La puissance des basses de la batterie était transmise via un plancher vibrant. Ainsi que le remarquait Marie-Florence Devalet, chargée de communication à la Fédération francophone des sourds de Belgique : « La musique est une onde sonore qui fait vibrer la matière qui l’entoure. Tout ce qui est baffle, plancher en bois, caisse de résonance, musique forte aide les sourds à percevoir la musique par les vibrations. Donc le rock passe mieux que la musique classique ». Et on imagine qu’avec le hard rock ou le metal c’est encore plus efficace !
Mais les vibrations ne sont pas les seuls vecteurs de sons. En effet les langues des signes possèdent elle-même un rythme visuel ; il est ainsi tout à fait possible de signer en rythme avec la musique. Marie-Florence Devalet confirme : « le sourd verra le rythme, la mélodie de la musique à partir des signes et des expressions du corps et du visage de celui qui traduit le son ».
Lors du concert organisé en Hollande, ce sont sept interprètes qui se relayaient sur scène pour cet exercice délicat.

Plus tranquille, cette année, chez nos voisins belges, quatre concerts (comme celui de Christophe Maé) ont été traduits en langue des signes durant les Francofolies de Spa. Lorsqu’on sait qu’une chanson représente à elle seule entre 5 et 7 heures de préparation, on réalise l’importance du travail effectué par mes collègues.
Une fois sur scène, après s’être réparti les chansons et les avoir longuement travaillées, parfois en collaboration avec les artistes, les interprètes se succèdent chacun leur tour. La difficulté majeur est qu’il faut commencer et terminer en même temps que le chanteur, sans aucun décalage. Pour traduire, il faut donc privilégier le sens, la beauté des signes ; ce n’est pas du tout littéral et l’expression du corps, du visage est primordial.

En France, les exemples sont également nombreux notamment lors de concerts de rap ou de slam, la rythmique des chansons, les thèmes abordés se prêtant bien à la langue des signes.
Dans la vidéo ci-dessous, Radikal MC interprète « Les Signes » en hommage à ses parents sourds lors des Francofolies à La Rochelle avec Karina Denis qui traduit les paroles en LSF.

Mardi 27 Septembre à la Flèche d’Or à Paris XXème, c’est un concert intégral qui sera destiné aussi bien aux sourds qu’aux malentendants ou aux entendants. A cette occasion, deux groupes se produiront, Furykane et Fumuj.
Ce dernier a conçu un concert electro/rock entièrement accessible : « désireux de fusionner les publics et de briser la barrière du silence, Fumuj propose sur scène une création multi-sensorielle vouée à mêler l’univers des sourds et celui des entendants » explique l’organisateur, Erwan Le Nagard.
Seront mis en place des dispositifs sensoriels tels que des récepteurs somesthésiques distribués au public pour ressentir les vibrations dans leurs mains, deux cheminées en plexiglas de 2,5 m de hauteur placées en salle dans la même optique, une vidéo interactive et une batterie lumineuse créées spécifiquement pour le spectacle ! Enfin, Laetitia Tual, qui maîtrise la langue des signes participera au spectacle en proposant une traduction des textes du groupe Fumuj, ce qui justifie amplement que nous évoquions ce spectacle à venir sur ce blog.

J’y serais, par curiosité.

Toutes les infos en suivant ce lien : http://www.erwanlenagard.com

Mise à jour (28/09/2011) – en suivant ce lien regardez le reportage que BFMTV a consacré à ce concert : http://bit.ly/qjFiLk

L’International Visual Théâtre en danger

International Visual Théâtre (IVT) est un lieu emblématique pour la communauté sourde mais également pour les interprètes en langue des signes française (LSF) qui y interviennent régulièrement, un lieu où se mêlent dans la joie et la découverte sourds et entendants.

Ainsi que l’explique Léna Martinelli sur le site internet Les Trois Coups, « l’I.V.T. est un carrefour culturel, un espace d’échanges et de découvertes où est née une nouvelle approche du spectacle vivant. Première compagnie professionnelle de comédiens sourds, pionnier de l’enseignement de la L.S.F. (langue des signes française), elle œuvre, depuis 1976, à la rencontre entre les cultures sourde et entendante. Depuis plus de trente ans, des hommes et des femmes mettent leurs talents au service d’une mission : transmettre et diffuser la culture de la L.S.F. par des spectacles (ouverts à tous), des ateliers (chaque année près de 900 personnes apprennent la langue des signes à l’I.V.T.), et une maison d’édition ».

Or, aujourd’hui l’existence de ce lieu de cultures est menacée et hier, Emmanuelle Laborit a organisé une réunion d’information dans les locaux du théâtre pour  dénoncer le manque d’intérêt de l’Etat pour cette institution : dès l’inauguration, elle avait rappellé à quel point les subventions étaient modestes, insuffisantes pour assurer la survie d’IVT. Ainsi, souligne-t-elle, « le seul service de l’Etat à soutenir le fonctionnement est la DRAC Ile-de-France à hauteur de 16% du budget global qui s’élève à 1,5 million d’euros« .

En appui à cette revendication, Véronique Dubarry, adjointe (EELV) au maire de Paris chargée du handicap dénonce cette situation dans un billet paru sur le site de Médiapart.

Le voici :

L’International Visual Theatre (IVT), à Paris, est unique: des comédiens sourds s’y expriment en langue des signes. Or son existence de l’IVT est fragilisée par le désengagement de l’État, prévient Véronique Dubarry, membre du conseil d’administration de l’IVT, adjointe (EELV) au maire de Paris, chargée du handicap.

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Emmanuelle Laborit, grande comédienne qui a remporté, en 1993, le Molière de la révélation théâtrale pour son interprétation dans Les Enfants du silence, auteure du Cri de la mouette, livre dans lequel elle relate son combat et sa découverte de la langue des signes, donnera lundi soir, en tant que directrice de l’International Visual Theatre (IVT), une conférence de presse pour tirer la sonnette d’alarme sur la situation de son établissement. Rien que de très banal: les établissements culturels se déclarent les uns après les autres au bord de l’agonie financière et donc tout proches de mettre la clé sous la porte.

Parce que l’IVT, unique en son genre, a un projet qui conjugue projets visuels et corporels et langue des signes française (LSF), la Ville de Paris accompagne ce théâtre depuis sa création. Il est donc possible que les collectivités, suppléant l’Etat, mettent la main à la poche pour venir en aide à ces établissements. Mais la plupart d’entre elles, elles-mêmes au bord de la faillite, ne peuvent qu’assister, désespérées, à la disparition de la culture de proximité pour tous et toutes.

La loi de 2005, jusqu’à ce qu’elle soit récemment sérieusement «rabotée» cet été, a décrété la mise en accessibilité des établissements recevant du public. Mais en ce qui concerne les lieux culturels, l’accessibilité doit aussi permettre aux personnes handicapées d’être les artistes que l’on vient voir. L’IVT fait cela et bien plus. Il permet à des actrices et à des acteurs sourds de se réaliser dans leur passion du théâtre sans pour autant s’enfermer dans une logique qui aboutirait à un théâtre pour les sourds par les sourds. Les spectacles qui y sont proposés, ouverts, mélangent allègrement les acteurs sourds et parlants, proposant des allers-retours entre les deux cultures. Parce que la LSF est une culture. L’IVT lui rend ses lettres de noblesse, langue à part entière, longtemps interdite, encore méprisée.

Des expériences de ce type, mêlant culture et handicap (même si, parfois, le terme même de «handicap» est récusé), il y en a quelques unes, rares. Pourtant, donner à voir le talent des personnes handicapées fait partie de ce que l’on appelle communément le «changement de regard». Si nous voulons que cette diversité puisse continuer à exister, à s’exprimer dans sa différence, nous avons la responsabilité de soutenir ceux qui la font vivre. Le seul effort des collectivités territoriales ne suffira pas à rendre la culture accessible à touTEs. L’engagement de l’Etat doit être une priorité.

Si demain, faute de ce soutien financier, ce type d’expérience innovante, ce genre de lieu devait au mieux survivre, au pire disparaître, c’est autant d’efforts des élus locaux mais surtout des membres d’associations, bénévoles ou salariés, qui resteront vains. Ce sera la mort de la culture pour touTEs qui permet à chacunEs d’enrichir de sa différence une société sans barrière, sans préjugé.

Véronique Dubarry
http://www.mediapart.fr/

Et pour connaître le programme de la saison 2011/2012, cliquez sur l’image ci-dessous:

Jack Jason, l’interprète de Marlee Matlin

Continuons notre tour du monde, franchissons la frontière, descendons la côte ouest et voici Hollywood. C’est là qu’on peut rencontrer Jack Jason, l’interprète en langue des signes américaine (ASL) depuis plus de 20 ans, de la célèbre actrice sourde, Matlee Martin.

Récemment, le Los Angeles Times proposait un portrait de Jack Jason. En voici la traduction (effectuée par moi-même).

Jack Jason prête sa voix mais ne vole pas la vedette à Marlee Matlin

Interprète en langue des signes travaillant depuis plus de 20 ans avec l’actrice Matlee Martin, Jack Jason a été très visible récemment lors de l’émission de télévision  « Celebrity Apprentice ». Pourtant il préfère insister sur le fait que l’attention devrait plutôt être portée sur l’actrice sourde.

Son nom ne vous est pas familier. Mais si vous connaissez l’actrice Marlee Matlin qui a reçu un Oscar, qui a joué dans un épisode d’ « Ellen » et qui a participé dernièrement à l’émission télévisée « Celebrity Apprentice », vous devriez reconnaître Jack Jason : c’est le petit homme aux cheveux courts qui prête sa voix aux paroles de Marlee.

Lors des premières au cinéma, il se tient à ses côtés, comme sur les plateaux de télévision durant les talk-shows. Lorsque Marlee Matlin a remporté l’Oscar en 1987 pour son rôle dans « Les Enfants du Silence », c’était sa voix émue qui donnait du sens aux signes de la jeune actrice sourde. Et Marlee Matlin étant à présent l’une des deux derniers candidats de « Celebrity Apprentice », il a dû scrupuleusement traduire les plaisanteries sarcastiques de NeNe Leakes ou les divagations de Gary Busey (avant que ces deux là soient éliminés).

Bien qu’il soit souvent caché sur le coté de l’écran lors des apparitions de l’actrice à la télévision, Jason a joué un rôle crucial dans la carrière de Marlee. Il n’est pas qu’un simple interprète qu’on loue. Il est aussi un confident, un conseiller en affaires et il sert de  voix à la comédienne qu’il considère comme la « personne sourde la plus visible dans le monde« .

Pour un artiste, il est habituel d’avoir quantité de fans ou d’intrigants continuellement à ses cotés. Mais le rôle de Jason, lui, est unique ce qui est logique car Marlee Matlin elle-même est unique. Il y a peut être d’autres acteurs sourds dans le show business, mais aucun n’a son profil ni son Oscar.

Depuis plus de 20 ans, Jason accompagne l’actrice dans ce monde culturel et vers un public  qui parfois ne comprend pas ce qu’est une actrice sourde. Ainsi, dans les coulisses, il n’hésite pas à la mettre en avant face aux directeurs de casting, à l’aider à adapter les rôles prévus au départ pour des acteurs entendants afin qu’elle puisse réellement participer à la sélection.

Jason se souvient du jour où l’équilibre entre simple interprète et conseillé a basculé. Il assistait à une réunion avec les producteurs quand il a suggéré d’adapter le film « Wait Until Dark » afin qu’il y ait un personnage sourd. A ce moment, dit Jason, « j’ai brisé la carapace, je suis sorti de mon rôle d’interprète ».

Lors de l’émission de télévision « Celebrity Apprentice », « il était là non seulement comme interprète, mais aussi pour indiquer aux producteurs comment accueillir Marlee durant le spectacle, en particulier dans salle de conférence de Donald Trump », explique Page Feldman, un des producteurs exécutifs.

Comme il était constamment à ses cotés durant le show télévisé, il a parfois attiré l’attention sur lui : sur Twitter, des téléspectateurs ont posté des commentaires sur son « beau » look et ont commenté « l’étonnante » équipe qu’il formait avec l’actrice sourde.

Certains ont même été jusqu’à dire que Jack Jason à ses cotés avait été un avantage pour la comédienne. Avoir deux mains ou une paire d’yeux supplémentaire durant ce spectacle où tous les coups sont permis lui aurait permis de faire la différence avec les autres concurrents et ainsi gagner.

Mais Marlee Matlin n’est pas d’accord. « Un interprète n’est pas un avantage, un interprète me garantit simplement une bonne accessibilité. Ce n’est pas comme un matelas qui m’assurerait un bon confort. J’ai besoin de lui pour travailler ».

Dès ses débuts à elle dans le monde du spectacle, il l’a rejoint comme interprète. En effet, Jack Jason a été embauché quand la comédienne a terminé le tournage du film « Les Enfants du Silence », son premier long métrage en 1986. William Hurt, son partenaire et petit ami à l’époque, répondait à de nombreuses interviews dans son appartement de New York. Il voulait Marlee sorte, s’amuse mais la jeune actrice ne connaissait pas la ville. Elle avait besoin d’un guide autant que d’un interprète.

Hurt a appelé l’Université de New York à la recherche d’un interprète ASL. Jack Jason, étudiant en cinéma qui cherchait à gagner un peu d’argent s’est proposé. Enfant de parents sourds, il considère la langue des signes comme sa langue maternelle.

Au début, il ne pensait pas qu’une si longue association puisse durer entre l’actrice débutante et l’étudiant en doctorant aspirant à devenir  maître de conférence. Mais leur même sens de l’humour a fait tilt : tous les deux ont un humour étrange, parfois méchants, parfois enfantin, parfois scatologique, qui renvoie à leurs racines juives. Jack explique qu’entre eux il y a beaucoup de Oy ! et  de longs gémissements plaintifs.

« Ils ont presque leur propre langue », dit Feldman. « Ils sont connectés de bien des façons en raison de leur long passé en commun ».

Pour Jack Jason, il est clair que c’est Matlin qui est « le patron » et celle sur qui les projecteurs doivent converger. Instinctivement dès que crépitent les flashs des photographes il plonge la tête vers le bas. Plusieurs fois durant une conversation autour d’un cappuccino et d’un croissant, il répétait « il s’agit de Marlee », mais sans jamais définir ce qu’il entendait par là.

A un mois de son 55ème anniversaire, Jack Jason est toujours célibataire et sans enfant. Mais il semble ravi d’avoir sa vie toujours si étroitement liée à celle de Marlee Matlin.

« Enfant j’étais considéré comme un enfant petit, gros et juif. Je n’ai donc jamais cherché à attirer l’attention sur moi ».

Il explique qu’il a appris à parler en regardant la télévision et c’est ainsi qu’il a été fasciné par le milieu du show-business. Il se souvient même qu’il avait écrit, dans son journal, qu’il espérait qu’un jour que sa voix serait entendue par des millions de personnes.

Ainsi Marlee Matlin lui a permis  de réaliser son rêve en lui offrant un accès (indirect) sous la lumière des projecteurs.

« C’est une drôle de vie« , dit-il, en plaisantant. « Je ne pense pas qu’il y a d’autres personnes dans ma position, mais j’ai la chance d’y être aux cotés d’une femme exceptionnelle.

rick.rojas@latimes.com

A quand, en France, un reportage sur Corinne Gache, l’interprète LSF attitrée d’Emmanuelle Laborit qui a joué dans l’adaptation française des « Enfants du Silence » et reçue un Molière pour son rôle en 1993 ?
Ou sur Béatrice Blondeau qui fréquemment sert d’interprète à Sophie Vouzelaud, dauphine de Miss France en 2007 et qui s’engage à présent dans une carrière d’actrice.

L’interprète, lien culturel

Article paru dans La Voix du Nord (30/11/2010) :

En partenariat avec l’association Trèfles et le Centre d’éducation pour jeunes sourds, le Théâtre d’Arras propose, depuis quatre ans, des spectacles interprétés en langue des signes ou, s’ils ne sont pas traduits, accessibles à des personnes sourdes. À l’origine de cette initiative, il y a David Lobry, un des deux seuls interprètes de la langue des signes du département. Son objectif : faciliter l’accès à la culture de ce public souvent isolé.

Le Théâtre d’Arras, David Lobry le connaît comme sa poche. Il n’est pas acteur, mais c’est tout comme. Interprète de langue des signes, il traduit régulièrement des spectacles pour les sourds et les malentendants, travaille en collaboration avec les programmateurs, et évolue avec les acteurs pour trouver sa place près de la scène. « Tous les ans, je fais le point avec les responsables de la programmation du théâtre. Nous sélectionnons des pièces et des spectacles que je peux interpréter. Ensuite, je dois collaborer avec les troupes pour interpréter sans gêner le déroulement du spectacle », explique David Lobry.

Danse, théâtre, magie, chaque année, la programmation de spectacles directement accessibles aux sourds ou traduits en langue des signes est diffusée auprès du public concerné. Et certains viennent d’autres régions pour y assister. « Les sourds ne sont pas malades. En revanche, ils font beaucoup d’efforts au quotidien pour s’intégrer aux entendants et ils méritent qu’on en fasse nous aussi de temps en temps pour les sortir de leur isolement », explique David Lobry.

S’il voit dans ces sorties des occasions d’amener le public malentendant à une forme de culture dont il est encore souvent exclu, David Lobry compte aussi sur ces sorties pour permettre aux publics sourd et entendant de se rencontrer. « Les sourds se plaignent souvent d’être dans un ghetto. En se côtoyant régulièrement, je crois vraiment que ces deux communautés auront moins peur d’aller l’une vers l’autre ».

Arrageois d’origine, lui-même a découvert ce handicap au lycée Gambetta où il était scolarisé dans la même classe que trois jeunes sourds. Les adolescents se sont retrouvés ensemble en fac et le désir du jeune homme de pratiquer la langue des signes s’est développé.

Interprète à l’école des sourds d’Arras, membre de l’association Trèfles, où il dispense des cours, David Lobry a créé son propre service d’interprétariat.

Et depuis, il court. D’un bout à l’autre de la région, et largement au-delà. « Nous ne sommes que trois cents interprètes de langue des signes en France, et vu la demande, nous pourrions largement être dix fois plus nombreux. Je ne parle même pas du Pas-de-Calais où nous ne sommes que deux. J’ai été le premier à exercer dans le coin », assure David Lobry Cette traduction simultanée de spectacles vivants, mise en place en 2006 au Théâtre d’Arras, est une sorte d’opération de funambule que l’interprète a appris à maîtriser. Et avec laquelle certaines troupes se sont si bien familiarisées qu’elles font désormais appel spontanément aux services de David Lobry. Une petite victoire, mais le chemin à parcourir en matière d’accessibilité de la culture et des loisirs aux sourds et malentendants reste long.