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Le défi quotidien de la neutralité

L’un des trois piliers du code déontologique des interprètes (en langue des signes ou en langue vocale) est la neutralité – en plus du secret professionnel et de la fidélité.

Selon le code éthique de l’AFILS, « L’interprète ne peut intervenir dans les échanges et ne peut être pris à partie dans la discussion. Ses opinions ne doivent pas transparaître dans son interprétation ». La neutralité est un principe fondamental dans l’exercice du métier d’interprète. Les interlocuteurs sont seuls responsables de leur propos. L’interprète n’intervient pas pour corriger, changer, juger expliquer ou conseiller les usagers, sourds ou entendants comme s’ils étaient des enfants irresponsables.
Voici pour la théorie.

Interprète HCR

Mais en pratique ?
Sur le terrain il est parfois difficile de ne pas être tenté d’aider ou de conseiller telle ou telle personne dont on imagine que ses réponses la déservent. Ces dernières semaines, avec l’afflux des réfugiés, les interprètes de toutes langues ont été largement sollicités. Comment face à une telle détresse ne pas être tenté de proposer une solution à leur place, d’orienter vers une réponse qui nous semble plus juste, de traduire sans intervenir ?
C’est sous cet angle (la difficile mais nécessaire neutralité de l’interprète) que le journal Le Monde a récemment publié un reportage très juste intitulé « Pour les interprètes à l’Ofpra, le défi quotidien de la neutralité ».
La journaliste, Clara Wright, a suivi des interprètes dans la salle d’audience de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne).

france-asylum-reform

En voici de larges extraits :

L’entretien dont dépend la vie d’Ahmet est une partie à trois, avec l’interprète au centre. « Je me place toujours à égale distance de l’OP et du requérant », explique Jean Hascout, sa chaise située au bout du bureau où Ahmet et Julie se font face. Une astuce acquise au bout de cinq ans d’expérience à l’Ofpra pour signifier aux deux autres sa neutralité, explique Jean qui « préfère rester dans [ses] bottes d’interprète » : ni collègue enquêteur de l’officier de protection, ni avocat du demandeur.

Mais cette rigueur déontologique constitue un combat intérieur pour les traducteurs, régulièrement sollicités par les deux parties. « Il y avait cette dame qui se disait guinéenne, se souvient Mamadou Ba, interprète dans six langues d’Afrique de l’Ouest depuis quinze ans à l’Ofpra. Son dossier indiquait qu’elle parlait le malinké, mais lors de l’entretien, elle s’exprimait mieux en bambara, la langue du Mali. » Alors Mamadou poursuit en bambara, l’air de rien. « A la fin, l’OP m’a confié avoir des doutes sur son origine. Je lui ai dit que, depuis le début, la femme ne parlait qu’en bambara. Il s’est offusqué, m’a dit que j’aurais dû lui dire plus tôt… Ce n’est pas mon rôle ! »

Le rôle de ces interprètes, c’est plutôt de tout faire « pour que deux personnes qui ne parlent pas la même langue se comprennent ». Et de répéter, inlassablement. « Ce n’est pas facile parfois, lorsque le requérant a parfaitement compris mais fait mine du contraire », témoigne Charles- Guillaume Demaret, qui traduit le macédonien depuis quinze mois à l’Ofpra. « C’est arrivé qu’un OP me demande : “Vous en pensez quoi ?” J’ai rien répondu. Ce n’est pas à moi de lui dire que le demandeur a compris et qu’il ne veut pas répondre. »

Dans le box d’entretien, Ahmet, lui, désire répondre mais bute sur les mots. Il était entré le sourire aux lèvres, mais depuis que l’officier a évoqué les conditions de son arrivée en France, une douleur l’agite. Il croise, décroise ses jambes. Parle avec les mains, rougit, serre la mâchoire. « Ça va, monsieur ? » s’inquiète Julie. Jean Hascout se tourne vers Ahmet, reprend d’une voix plus douce. Sa manière de lui tendre la main.

Mais le désarroi des requérants pèse sur les interprètes. « Il y en a qui disent « Aide-moi », qui veulent qu’on leur souffle les noms des présidents », témoigne Leena, une quarantenaire qui travaille pour l’Ofpra en portugais. « C’est peut-être parce que je suis vieux mais certains m’appellent papa, me tendent les papiers administratifs plutôt qu’à l’OP », raconte Juan, traducteur depuis plus de trente ans. Mais Juan s’efforce de garder une distance, même s’il comprend – il a lui-même été exilé.

Souvent, les interprètes se reconnaissent dans les récits de vie qu’ils transmettent. « Les gens qui quittent mon pays, c’est un peu mon histoire », livre Souham Ghenim, sexagénaire qui a fui la guerre civile d’Algérie, aujourd’hui interprète en arabe.

« Une fois, une femme ne comprenait pas le mot « ethnie », se souvient Leena. Alors j’ai commencé à citer les ethnies de son pays, mais l’OP m’a sévèrement remise à ma place. » Pourtant, du fait de l’absence de certains mots dans une langue ou du niveau d’éducation des requérants, les interprètes « passent leur temps à expliquer les concepts » (comme celui d’hymne national), explique M. Ba.

Les interprètes ignorent la décision de l’officier. « Pour continuer à vivre », confie Jean Hascout, il faut vite s’affranchir. Dès la fin de l’audition, lui fume une cigarette « pour éviter de croiser le requérant dans les transports en commun ». Mais il lui est déjà arrivé de retrouver une demandeuse d’asile sur le quai du métro. « Qui suis-je alors : le moulin à paroles sans sentiment ou le citoyen ? Bien sûr, elle m’a demandé mon ressenti. Mais dans nos langues, on sait tous dire : Je ne suis qu’un pauvre interprète. »

Se souviendra-t-il d’Ahmet ? « Après l’entretien, j’ai dû vaquer à des préoccupations personnelles immédiates », répond Jean Hascout, comme soulagé. Le lendemain, il sera de retour à l’Ofpra, entre l’officier de protection et le futur visage qu’il s’efforcera d’oublier. C’est ce qu’il appelle son « pacte avec le diable ».

© Clara Wright in Le Monde

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© Stéphan – ( i ) LSF

Projet de loi « Pour une République numérique » accessible

294_default_blockHeaderEn mai dernier, la phase d’expérimentation pour les centres-relais téléphoniques s’est achevée. En fonction des résultats, le gouvernement s’était engagé à inscrire dans la loi ce dispositif permettant aux personnes sourdes ou malentendantes de téléphoner (via de la vision-interprétation F-LSF) aux services publics, aux grandes entreprises…
C’est chose faite puisque dans le projet de loi récemment mis en ligne intitulé : « Pour une République numérique » il est fait mention de ce dispositif dans  l’article 28 du Titre III, chapitre III de l’accessibilité des services publics, des services client et des offres de communications électroniques aux personnes sourdes et malentendantes.

Le gouvernement propose (et c’est une première) à chaque citoyen de perfectionner et d’enrichir ce texte avant son examen par le Parlement. Cette consultation inédite d’une durée de 3 semaines (jusqu’au 18 octobre) doit permettre à chacun (vous, moi…) d’émettre des avis, de faire des propositions de modifications… qui seront elles-mêmes soumises à l’avis des internautes. Certaines contributions pourront être intégrées au projet de loi.

Cela tombe bien car cet article 28 est loin d’être parfait. En effet, si les interprètes en langue des signes sont mentionnés, (au même titre que les codeurs LPC et les vélotypistes) il n’est pas indiqué quels diplômes ces interprètes devront posséder (contrairement au texte de l’appel d’offres pour l’expérimentation des centres relais téléphoniques qui précisait les qualifications requises).

Or le métier d’interprète n’étant pas protégé, n’importe qui peut s’attribuer ce titre. Le risque est donc de voir des personnes non qualifiées être embauchées par des entreprises peu regardantes sur la qualité du service et voulant uniquement s’arroger les fonds qui seront distribués par l’Etat ou les entreprises.

Quel intérêt aurait alors une personne sourde à contacter un service public si l’intervenant (interprète non diplômé) ne le comprenait pas, commettait des contre-sens, ne traduisait pas l’ensemble du discours, etc. et surtout s’il n’était pas soumis au code déontologique des interprètes F-LSF à savoir le respect du secret professionnel, la neutralité et la fidélité au discours ? La personne sourde ou malentendante et son interlocuteur entendant n’auraient aucune confiance dans ce service et l’égalité entre chaque citoyen voulu par ce projet de loi ne serait pas atteinte, certains bénéficiant d’un service de qualité, d’autres non uniquement car les intervenants embauchés n’auraient pas les compétences et les diplômes requis pour exercer le métier d’interprète (se prétendre bilingue ne suffisant pas pour exercer cette profession).

L’association française des interprètes et traducteurs en langue des signes (AFILS) a donc jugé qu’il était indispensable que dans cet article 28 soit fait mention que les interprètes F-LSF doivent être en possession d’un diplôme de formation supérieure ou d’un master 2 en interprétation et a proposé l’ajout de cette phrase : « Afin de garantir la qualité du service et les règles essentielles que sont le secret professionnel, la neutralité de l’intervenant et sa fidélité dans l’interprétation des discours, l’interprète doit pouvoir justifier de posséder l’un des diplômes suivants : un DFSSU (diplôme de formation supérieur spécialisé d’un niveau bac + 5) délivré par l’université de Paris VIII, un master d’interprétation F-LSF délivré à ce jour par les universités de Paris III, Paris VIII, Lille III, Rouen et Toulouse le Mirail, ou d’une attestation professionnelle de niveau 3 délivrée par l’association SERAC ».

Je vous encourage à aller avant le 18 octobre sur le site du projet de loi « Pour une République numérique » afin de voter en faveur de cet amendement et espérer qu’il soit pris en compte par le gouvernement.

Il vous suffit de cliquer sur ce lien : http://bit.ly/interpretesdiplomes 
de vous connecter puis de vous rendre en bas de la page pour voter en faveur de la modification et éventuellement de la commenter.

PS : sur ce même article 28 l’association de Jérémie Boroy, Aditus, a fait des remarques intéressantes et je vous encourage également à les soutenir en votant « d’accord ».

Thé ou café ? 

Un samedi par mois, à 10h00, traducteurs et interprètes d’Île-de-France ou d’ailleurs se retrouvent au Café du Pont neuf, pour un petit déjeuner/conférence.
Ce rendez-vous, organisé par le SFT (Syndicat National des Traducteurs Professionnel) est ouvert à tous, adhérents et non-adhérents.

Samedi 30 mai, le STF a invité l’AFILS (Association Française des Interprètes et Traducteurs en Langue des Signes) et les interprètes en langue des signes à venir présenter leur métier. Venez nous rencontrer !
Les échanges seront bien sur traduits en LSF et donc accessibles à tous.

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Voici le texte de l’invitation :

Les interprètes vous font signe ! 

Vous les avez sans doute déjà vus en bas à droite de votre écran de télévision. Ils montent sur scène à coté des orateurs, interviennent aussi bien en milieu médical que judiciaire, dans les administrations, dans des entreprises privées, lors d’événements familiaux ou de meetings politiques… Ce sont les interprètes en langue des signes, ou plus précisément : les interprètes d’une langue vocale vers une langue des signes (et inversement).
Quels sont les grands principes syntaxiques et grammaticaux de cette langue gestuelle ? Peut-elle tout exprimer, y compris les concepts les plus abstraits ? Quel rôle l’expression corporelle joue-t-elle dans la transmission des messages ? Comment se passe concrètement une prestation d’interprétation en LSF ? Quels sont les principaux clients de ce marché ? Existe-t-il une langue des signes universelle ?
Pour répondre à ces questions, et à bien d’autres encore, notre prochaine Matinale est heureuse d’accueillir Stéphan Barrère, Dina Makouke et Pascaline Michel tous trois interprètes et membres de l’AFILS, l’association française des interprètes et traducteurs en langue des signes.
Venez nombreux pour découvrir une langue et un métier pas comme les autres !

Notre rendez-vous aura lieu au : Café du Pont-Neuf, dans la salle à l’étage.
L’adresse : 14, quai du Louvre, Paris 1er, métro Pont-Neuf.
Nous vous attendons le 30 mai à partir de 9 h 30 et la séance débutera à 10 h 01.
Comme chaque fois, nous encaisserons nous-mêmes la consommation (un petit-déjeuner à 9,50 €) à votre arrivée. Si vous pouviez faire l’appoint, cela nous aiderait beaucoup.
Inscrivez-vous auprès de la delegation.idf-matinales@sft.fr d’ici le vendredi 29 mai à 12 h.
Nous pourrons mieux organiser la manifestation et vous remporterez peut-être notre livre du mois.

L’équipe des Matinales 
(Catherine, Chris, Clémence, Ilse, Jacqueline, Larry, Lidia, Maria et Nadia)

Plus d’infos sur leur site : http://www.sft.fr

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Pétition contre la création d’une licence professionnelle « interface de communication »

Cinq associations – FNSF , ANPES, 2LPE-PB, AFFELS et AFILS (dont je suis membre) – réunies en un collectif ont décidé de protester contre la création d’une licence « Interface de Communication » à Lille 3 et Paris XIII, en lançant une pétition.

Je vous encourage à signer cette pétition en suivant ce lien : http://ppfr.it/petitioncollectif5

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Contrairement à ce qu’on peut lire ici ou là, il ne s’agit pas d’un énième combat des interprètes diplômés contre les interfaces.Cette pétition, écrite à 5 mains, veut d’abord alerter sur les conséquences pour les Sourds qu’aurait la création de cette formation d’interface, quelle philosophie se cache derrière ce projet.Par exemple, comment évoluera le regard que porte notre société sur la surdité avec la non-reconnaissance évidente d’une éducation bilingue F/LSF puisqu’on favorisera la présence d’interfaces à la place de professeurs signeurs ?

Quels droits, quelle reconnaissance les Sourds pourront-ils espérer alors qu’ils seront considérés comme des sous-citoyens devant être toujours aidés, assistés par ces interfaces qui nient leur droit à l’autonomie (cette dernière pouvant être néanmoins guidée ou accompagnée notamment via à des intermédiateurs sourds ou des professionnels compétents comme des assistantes sociales) ?

C’est à ces problématiques que renvoie cette pétition : pourquoi ne pas éduquer les Sourds en LSF, pourquoi ne pas leur proposer des outils adaptés, pourquoi ne pas former des professionnels à la langue des signes…

Cette pétition est aussi là pour interpeller l’Etat qui, une fois encore, se défausse de ses responsabilités, en créant ces formations qui n’ont pour but que de pallier à son incapacité à garantir à chaque citoyen sourd une accessibilité entière, durable et bien sur en respectant l’autonomie de chacun.

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Le texte de la pétition :

Nous – Collectif des 5 – sommes un collectif d’associations de professionnels et de particuliers en lien avec la communauté sourde : Association Francophone des Formateurs et Enseignants de/en Langues des Signes (AFFELS), Association Française des Interprètes/Traducteurs en Langue des Signes (AFILS), Association Nationale des Parents d’Enfants Sourds (ANPES), Fédération Nationale des Sourds de France (FNSF), Deux Langues pour l’Education Politique Bilingue (2LPE-PB).

Nous avons appris qu’en septembre 2016 doit être créée une licence professionnelle d’interface de communication (ICASES) au sein de l’Université de Lille 3.
De plus, nous apprenonsqueParisXIII ouvre une formation de ce type en septembre 2015. Nous nous y opposons tout autant.

Nous nous opposons à la création de cette licence 
car elle nie l’efficience de professions déjà opérantes :

  • interprète français – lsf (Master2),
  • intermédiateurs sourds (Licence professionnelle),
  • éducateur spécialisé (DE Bac+3),
  • CESF (Bac+2),
  • traducteur sourd (Licence Bac+3),
  • professionnels soignants signants (entre 5 et 12 ans d’études après le Bac),
  • professionnels signants des domaines judiciaire, médical, social, éducatif etc.

Ces professionnels sur le terrain, pratiquent la langue des signes ou, le cas échéant, exercent en présence d’un interprète et d’intermédiateurs sourds si nécessaire. Le schéma existe et fonctionne, répondant ainsi aux exigences d’autonomie et d’accès à la citoyenneté prévues par la loi. Nullement besoin de le modifier.

A contrario la Licence de Lille 3 prétend vouloir former des personnes qui cumuleraient des responsabilités et des capacités de façon très superficielle (formation courte). Ils généreront une opacité et une confusion dans les rôles de chacun qui n’est profitable pour personne. Se faisant, ils ne font que maintenir les sourds dans une situation de dépendance et d’assistanat.

Nous considérons que les usagers sourds et les professionnels entendants ont le droit d’être en face de personnes réellement qualifiées qui leur garantissent une pleine autonomie. C’est pourquoi nous exigeons la suppression de cette licence professionnelle.

Soutenez notre action en signant cette pétition.

Oui à l’autonomie des citoyens sourds. Non à une accessibilité au rabais…

Sa version en langue des signes française (LSF) :

Pétition pour exiger la suppression de la licence professionnelle « interface de communication – ICASES » from Collectif des 5 on Vimeo.

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© Stéphan – ( i ) LSF

( i ) LSF , agence d’interprètes en langue des signes

LOGO RVB

Avec mon collègue et ami Alexandre Bernard, nous avons créé ( i ) LSF , une agence d’interprètes en langue des signes française, réunissant des professionnels diplômés et expérimentés.

Nos langues de travail sont la langue des signes française (LSF) le français et l’anglais. Situés en région parisienne, nous nous déplaçons sur toute la France ainsi qu’à l’étranger.

Membres de l’AFILS, nous respectons les trois règles du Code déontologique : secret professionnel, fidélité aux messages, neutralité.

Si vous voulez nous, contacter une seule adresse, notre site internet : http://ilsf.fr 

( i ) LSF from Stéphan Barrère on Vimeo.

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© Stéphan – ( i ) LSF

Une charte pour améliorer la présence des interprètes F/LSF à la télévision

Ce début d’année surchargé ne m’a pas permis d’écrire autant que je le voudrais sur ce blog.
Néanmoins cela ne signifie pas que rien ne se passe dans le monde merveilleux de l’interprétation en langue des signes.
Et les nouvelles, récemment, sont plutôt bonnes.

Ainsi, la secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées et plusieurs patrons de chaînes de télévision ont signé au CSA à la mi-janvier une charte pour améliorer la qualité de l’usage de la langue des signes française (LSF) dans les programmes. L’AFILS (Association des Interprètes en Langue des Signes) était également présente et signataire au coté d’autres associations comme la FNSF, l’UNISDA, Planète Langue des Signes…

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Ce document stipule que les signataires doivent porter une attention particulière au respect du sens du discours lors de l’interprétation en LSF ou encore au respect de la langue française, quel que soit la langue cible (français oral, sous-titré ou LSF).

Surtout, la Charte insiste sur la bonne visibilité de l’interprète, dont l’incrustation doit idéalement représenter 1/3 de l’écran de télévision est-il écrit. Le cadrage doit quant à lui être si possible en « plan américain », c’est-à-dire à mi-cuisse, pour une bonne visibilité de tous les signes. Les interprètes doivent être des professionnels diplômés, demande également la Charte. Les signataires s’engagent aussi à explorer de « nouvelles solutions » : proposer par exemple l’accès à un portail LSF avec une bibliothèque de contenus ou d’instruments à travers les solutions de TV connectée ou la possibilité d’une incrustation optionnelle, superposée à l’image vidéo.

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« La fenêtre de l’interprète LSF n’est pas une tâche à l’écran mais un facteur d’inclusion », a souligné la secrétaire d’État Ségolène Neuville lors de son discours, encourageant également à une meilleure représentativité des journalistes sourds dans les écoles de journalisme et à la télévision.
« Cette charte est une image forte car il y a encore un certain nombre de réticences, a-t-elle encore estimé. « Certaines chaînes peuvent avoir peur de perdre en attractivité. »

Malheureusement cela reste une « Charte » et sa mise en oeuvre repose uniquement sur le principe du volontariat ; il n’y aucune obligation légale dans ce domaine. Espérons seulement que les nombreux signataires n’étaient pas là juste pour se donner bonne conscience mais pour réellement s’engager vers une meilleure accessibilité de leurs programmes télévisés.

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Lien vers le texte de la Charte de qualité pour l’usage de la Langue des Signes Française dans les programmes télévisés 

 

© Stéphan – ( i ) LSF

L’AIIC et les interprètes en langue des signes

Comme je vous le signalais dans un billet précédent, Double Sens, la nouvelle revue scientifique autour de l’interprétation, de la traduction et des langues des signes a pour thème de son 1er numéro : « Les interprètes en langue des signes, des interprètes comme les autres ? ». Pour vous donner l’envie de vous procurer et de lire ce 1er exemplaire je vous propose quelques extraits de l’article que j’y ai rédigé sur les relations entre l’AIIC (Association Internationale des Interprètes de Conférence) et les interprètes en langue des signes, ces derniers ayant été admis à en devenir membre en 2012.

logo 03 C’est vers la fin de la Première Guerre mondiale que l’interprétation de conférence est née. Alors que pendant des siècles le français (après le latin) avait été la langue diplomatique internationale, lors des négociations autour du Traité de Versailles (1919) les hommes d’État britanniques, et surtout américains, ne maîtrisant pas cette langue, ont exigé qu’il y ait deux langues officielles, le français et l’anglais. D’où la présence d’interprètes afin qu’ils transmettent la parole, la pensée, pour redire dans l’autre langue officielle les interventions des délégués, en s’exprimant à la première personne. Cette activité, se produisant dans le cadre structuré d’une réunion, fut appelée interprétation de conférence. Elle fut d’abord consécutive, notamment à la Société des nations, puis simultanée au procès de Nuremberg : avec plus de deux langues officielles, la consécutive devenait difficilement supportable. L’interprétation simultanée faisant appel à un plus grand nombre d’interprètes, le besoin d’organiser le métier se fit alors sentir.

Après des initiatives locales, à Genève et à Londres notamment, un petit groupe mené par Constantin Andronikof créa, le 11 novembre 1953 à Paris, l’Association Internationale des Interprètes de Conférence (AIIC). Il s’agissait de créer une association mondiale qui définirait les conditions éthiques et matérielles de l’exercice de la profession d’interprète de conférence et regrouperait aussi bien des free-lances, que des permanents, des salariés, des intermittents… chacun adhérant individuellement à l’organisation centrale. Aujourd’hui l’AIIC est la seule organisation mondiale d’interprètes de conférence, elle rassemble plus de 3000 professionnels établis dans plus de 100 pays. Elle a pour but de représenter l’ensemble de la profession et d’agir au nom de tous les interprètes de conférence. elle assure la promotion de la profession d’interprète de conférence dans l’intérêt à la fois des utilisateurs et des professionnels en fixant des normes, en encourageant de bonnes pratiques de formation, et en faisant respecter un code de déontologie.

Pourtant bien que l’AIIC reconnaisse que les langues sont au cœur de la communication internationale et que la possibilité de dire exactement ce que l’on souhaite dans sa langue maternelle – et de comprendre parfaitement ce que disent les autres – est un droit fondamental, cette association a longtemps refusé que les interprètes en langue des signes puissent y adhérer. En effet, les membres de l’association considéraient les interprètes en langue des signes comme des interprètes « communautaires » travaillant pour une minorité linguistique au sein d’un pays et effectuant des prestations uniquement de type liaison (entretien) ou réunion notamment dans le domaine médical, scolaire ou judiciaire. S’ils participaient à des conférences, là encore elles n’étaient que nationales. Ils n’avaient donc pas ou peu de contacts avec les interprètes de langues vocales, ceux-ci travaillant principalement dans des organismes internationaux ou lors de réunions multi-langues, ils leur manquaient la dimension « internationale » inhérente à cette profession d’interprète de conférence.

Néanmoins, soucieux de mieux connaître les particularismes de cette profession, il a été créé en janvier 2009 au sein de l’association une commission intitulée « Sign Language Network ». Son objet était simplement d’établir puis de maintenir un dialogue avec les interprètes en langues des signes, fournir des informations aux membres de l’AIIC sur les langues des signes et sur les conditions de travail de ces interprètes (formations requises, statuts…). Il s’agissait aussi de créer des liens avec les organisations internationales d’interprètes en langue des signes tel que WASLI (association mondiale des interprètes en langue des signes) ou l’ESFLI (forum européen des interprètes en langue des signes) dont l’AIIC devint membre associé en 2010.

Coopération étroite entre l’AIIC, l’ESFLI et WASLI, participations communes des interprètes de conférence de langues vocales et de langues des signes sur des forums, des réunions internationales, etc., présence accrue de ces derniers dans les médias audiovisuels… Les conditions étaient alors réunies pour qu’ils puissent enfin adhérer à l’AIIC et être reconnus comme interprètes de conférence à part entière.

Cela fut acté le 12 janvier 2012, quand l’association internationale des interprètes de conférence décida lors de son assemblée générale à Buenos Aires que : « L’Association internationale des interprètes de conférence (AIIC) pourra désormais compter des interprètes en langues des signes parmi ses membres. Une coopération étroite et des discussions fructueuses entre l’AIIC et les deux associations représentant les interprètes en langues des signes : l’Association mondiale (WASLI) et le Forum européen (EFSLI) ont permis d’arriver à ce résultat positif pour les deux catégories professionnelles. La décision d’ouvrir les portes de l’AIIC aux interprètes de conférence en langues des signes fut adoptée par une large majorité lors de la dernière Assemblée générale de Buenos Aires et place désormais ces langues sur un pied d’égalité avec les langues orales utilisées dans les conférences internationales. »

Concrètement cela signifie que les interprètes peuvent adhérer à l’AIIC. Pour cela il faut être interprète de conférence et répondre aux critères d’admission.

Cette nouvelle reconnaissance a valu en France à l’AFILS (association française des interprètes et traducteurs en langue des signes) d’être invitée aux célébrations des 60 ans de l’AIIC qui se sont déroulées à Paris, dans les locaux de l’Unesco en décembre 2013. Dans son discours de bienvenue aux membres de l’association, la présidente Linda Fitchett qualifia les interprètes en langue des signes « d’artistes qui parlent avec leurs mains, leur visage et leur corps entier ». Ce fut aussi pour elle l’occasion de rappeler que toute personne a le droit de participer à la vie politique, publique, sociale et culturelle de son pays y compris les personnes handicapées et que toutes les instances, publiques ou privées, ont le devoir de veiller à ce que les services d’interprétation en langues vocales ou visuelles garantissent un niveau de qualité optimum afin de permettre à tous l’accès à l’information dans sa propre langue. Elle en a conclu que travailler ensemble permettrait « d’améliorer toute la profession ».

Cependant, au delà de leurs différences et de leurs singularités, comme l’a exprimé Meei-huey Wang, membre du conseil AIIC France, lors de son discours pour les 60 ans de l’AIIC, en s’inspirant des écrits humanistes de Pic de la Mirandole (1463-1494), ce qui nous unit c’est le mot « interprète » et son préfixe « inter » qui renvoie au statut intermédiaire de l’homme (ni Dieu, ni animal) grâce auquel celui-ci « […] invente le lien entre le connu et l’inconnu du monde, le compréhensible et l’incompréhensible, l’intelligible et l’inintelligible : l’interprète pénètre et éclaire les choses, il s’en fait littéralement l’interprète car il procède à l’interpretatio soit étymologiquement à la révélation des choses cachées, dans un effacement qui est la condition nécessaire et tragique du succès de sa tâche. »

© Double Sens – Stéphan – ( i ) LSF

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Sur le site le l’AIIC, vous pouvez lire une interview de Maya de Wit, première interprète en langue des signes adhérente de l’association : « AIIC’s first sign-language member: Maya de Wit »

Double Sens

Une nouvelle revue scientifique autour de l’interprétation, de la traduction et des langues des signes vient de voir le jour sous la direction de Sandrine Burgat et Florence Encrevé.
Il s’agit de Double Sens, éditée par l’AFILS, dont le 1er numéro (auquel j’ai participé) s’intitule :
« Les interprètes en langue des signes, des interprètes comme les autres ? Premier volume – Théories et techniques ».

Au sommaire vous trouverez les articles suivants :

– Peut-on parler d’une spécificité de l’interprétation français/LSF ? Quelques théories de l’interprétation analysées à la lueur des particularités sémiotiques et culturelles de la LSF, par Sandrine Burgat
– Le décalage au service de l’économie en interprétation de conférence du français vers la langue des signes française (LSF), par Lauranne Chasez
– Les interprètes en langue des signes française dans les textes législatifs et réglementaires, par Pierre Guitteny
– Les interprètes en langue des signes et l’AIIC, par Stéphan Barrère

Ainsi que des comptes-rendus de lectures d’ouvrages et articles portant sur la langue des signes et/ou le métier d’interprète.

Le prochain numéro, à paraître en décembre, portera sur « les formations et les représentations ».

Ci-dessous la couverture du 1er numéro et le bulletin d’abonnement.

Double Sens couverture numéro 1 juin 2014

Double Sens bulletin d'abonnement

© Stéphan – ( i ) LSF

L’AFILS à l’AIIC

Derrière ce titre abscons il faut simplement comprendre que l’Association Française des Interprètes et Traducteurs en Langue des Signes (AFILS), a participé aux 60 ans de l’Association Internationale des Interprètes de Conférence (AIIC) qui se sont déroulés à l’Unesco (oui encore un sigle) en décembre dernier.

A cette occasion, Céline Juillet, vice-présidente de notre Association a pris la parole.
Voici la vidéo de son intervention où elle présente notre métier, son histoire, ses spécificités…

L’imposteur-interprète, un mal pour un bien ?

BbPk7XhCcAEFm-s.png-largeInutile de revenir sur les faits, les images ont parcouru le tour du monde. Lors de la cérémonie organisée mardi en mémoire de Nelson Mandela, un homme s’est fait passer pour un interprète en langue des signes lors des discours officiels des chefs d’État. La communauté des sourds et malentendants s’est rapidement insurgée contre les signes incohérents effectués par l’imposteur, et le gouvernement sud-africain a présenté des excuses formelles vendredi.

Cependant, à cause de ce scandale, le monde a enfin pris conscience de la nécessaire présence d’interprètes en langue des signes diplômés et professionnels  pour permettre aux populations sourdes un accès à l’information condition nécessaire pour une bonne intégration dans le pays où ils vivent, que ce soit en Afrique du Sud, en Russie, en France, en Argentine, en Australie…

À cause de ce scandale, le monde a enfin réalisé qu’on ne pouvait pas s’improviser interprète en langue des signes, que c’était un vrai métier qui demandait des compétences particulières et des années d’apprentissage.

À cause de ce scandale, le monde s’est enfin souvenu de la Convention des Nations-Unies relative aux droits des personnes handicapées qui stipule dans son article 22 intitulé : « Liberté d’expression et d’opinion et accès à l’information » : 

« Les États prennent toutes mesures appropriées pour que les personnes handicapées puissent exercer le droit à la liberté d’expression et d’opinion, y compris la liberté de demander, recevoir et communiquer des informations et des idées, sur la base de l’égalité avec les autres et en recourant à tous moyens de communication de leur choix au sens de l’article 2 de la présente Convention. À cette fin, les États :

  • Communiquent les informations destinées au grand public aux personnes handicapées, sans tarder et sans frais supplémentaires pour celles-ci, sous des formes accessibles et au moyen de technologies adaptées aux différents types de handicap ;
  • Encouragent les médias, y compris ceux qui communiquent leurs informations par l’internet, à rendre leurs services accessibles aux personnes handicapées
  • Reconnaissent et favorisent l’utilisation des langues des signes. »

Bien sur, en tant qu’interprète en langue des signes française je ne peux que dénoncer la mascarade à laquelle nous avons assisté lors de l’hommage à Nelson Mandela. 

Mais je n’oublie pas non plus qu’en France, il y a deux ans, une députée connaissant 3 signes en LSF avait tenté de « traduire » un discours de Roselyne Bachelot sous le regard  bienveillant des spectateurs, tandis qu’une autre candidate à la députation avait fait appel à un ami de la famille pour traduire son clip de campagne.

Je n’oublie pas, qu’en France, on n’exige pas la possession d’un diplôme reconnu par l’Afils (Association Française des Interprètes Traducteurs en Langue des Signes) pour pouvoir se prévaloir du titre d’interprète F/LSF d’où les dérives, les escroqueries, les abus de confiance et autres tromperies.

Je n’oublie pas, qu’en France, les interventions du Président de la République ne sont que très rarement traduites en LSF et généralement en différée de 24h.

Je n’oublie pas, qu’en France, faute de moyens et de volonté des pouvoirs publics, des personnes sourdes assistent à leur propre procès, qu’elles soient témoins, victimes ou accusées sans pouvoir comprendre les débats, les interprètes étant souvent remplacés par des interfaces (moins chers et moins rigoureux) n’ayant pas les compétences nécessaires pour traduire les échanges.

Je n’oublie pas, qu’en France, le seul journal télévisé traduit en LSF sur une chaîne publique dure 10mn et est diffusé à 6h30 du matin puis à 8h50.

Je n’oublie pas, qu’en France, l’actuelle campagne électorale pour les élections municipales n’est que peu ou pas accessible aux citoyens sourds, les meetings n’étant qu’exceptionnellement interprétés en langue des signes, tout comme les conseils municipaux (hormis quelques villes comme Toulouse, Lille, Joinville-le-Pont).

Je n’oublie pas, qu’en France, l’Education Nationale demande à des AVS, n’ayant eu que quelques semaines d’initiation à langue des signes de traduire le cours du professeur pour des élèves sourds.

Je n’oublie pas, qu’en France, dans certaines grandes entreprises, les salariés sourds n’ont droit qu’une fois par an à un interprète en langue des signes – pour leur entretien annuel – mais jamais pour les réunions d’équipe, les moments conviviaux, les séminaires…

Je pourrais hélas poursuivre cette litanie qui nous rappelle que notre pays ne devrait pas regarder avec condescendance et amusement cet imposteur gesticulant en pensant qu’ici tout va bien, que nous sommes une société égalitaire et accessible pour les personnes sourdes ou malentendantes (sous-entendu contrairement à l’Afrique).

Espérons néanmoins que cet événement inédit permettra une prise de conscience pour qu’enfin les langues des signes soient reconnues à leur juste valeur et que des interprètes correctement formés et diplômés soient présents et en nombre suffisant là où c’est nécessaire pour garantir à chaque personne sourde d’être éduquée dans la langue de son choix et d’être considérée comme citoyen à part entière grâce à une complète accessibilité à la vie de la cité.

C’est aussi à nous, interprètes en langue des signes, de profiter de cette mise en lumière à cause de ce scandale pour faire avancer nos revendications légitimes.

Nelson Mandela aurait-il fait aux interprètes en langue des signes un dernier cadeau posthume ?
C’est possible…
A présent quand je me présente pour aller travailler j’ai droit à un commentaire sur l’importance d’avoir des interprètes qui ne sont pas des « imposteurs » et une collègue a raconté qu’après avoir traduit un discours dans une entreprise, le PDG l’a remerciée de lui permettre d’avoir une communication riche et complète avec tous ses salariés en ajoutant « je vous le promets, elle, c’est une vraie interprète » tandis que la salle applaudissait.