Catégorie : Linguistique

L’interprète, passeur de signes

La langue des signes est soumise aux mêmes problèmes de création lexicale que toute autre langue, et ces problèmes se résolvent d’une manière identique : soit par emprunt à des langues des signes étrangères ou bien à la langue dominante, en l’occurrence le français par l’intermédiaire de la dactylologie, soit par création intrinsèque d’un néologisme ou néosimisme (comme nous l’avons déjà vu avec l’exemple du signe pour [schizophrénie] ).
Comme nous le soulignions, c’est seulement quand les sourds ont acquis un nouveau concept qu’alors ils créent le signe permettant de l’exprimer. En revanche si on crée artificiellement le signifiant (le signe gestuel) en premier, en « forçant la main » des sourds, ce signe ne survit pas à la naissance d’un doublon créé par les sourds eux-mêmes qui, lui, respectera le génie de la LSF.

Ce préambule pour rappeler que les interprètes en langue des signes ne sont pas (ou très rarement) des linguistes malgré leur excellente connaissance de la LSF ni, a fortiori, des membres de la communauté sourde même s’ils y ont des attaches plus ou moins fortes. Il n’est donc pas dans notre rôle d’imaginer, d’inventer des signes. Au contraire, nous devons faire attention à ne pas malmener cette langue, à la respecter et simplement à patienter. Car l’interdiction de la LSF en 1880 suite au Congrès de Milan pour une centaine d’années a eu comme conséquence (entre autres) une carence lexicale dans certains domaines où la LSF commence seulement à avoir accès.
Ainsi, je participais récemment à la Mairie de Paris à une commission sur l’accessibilité de la culture et nous avons dû rappeler qu’hélas la LSF aujourd’hui était encore très pauvre en vocabulaire sur les techniques picturales, les noms des périodes ou des mouvements artistiques…

C’est surtout un problème pour les interprètes qui, en attendant que les sourds créent de nouveaux signes, doivent faire des prouesses de paraphrases et de périphrases.
Par exemple il n’existe pas (à ma connaissance) un signe unique signifiant [euthanasie]. Nous devons donc passer par un « périsigne » comme « interrompre le traitement médical jusqu’à ce que mort s’en suive ».
Interpréter correctement demande alors comme compétence supplémentaire de savoir jongler dans sa tête avec les définitions des termes pour qu’à tout moment si le signe relié à un concept n’existe pas on puisse le remplacer par la définition du terme en lien avec le contexte. C’est aussi pour cette raison qu’il faut faire confiance aux véritables professionnels (les interprètes/traducteurs diplômés) habitués à cette gymnastique plutôt qu’à des amateurs qui chercheront systématiquement à plaquer un signe (voire un code comme la première lettre du mot en français) sur un mot ; car la tentation est grande pour les pédagogues entendants qui enseignent directement en LSF, les interfaces ou les médiateurs (ou pire, toutes les personnes qui s’improvisent interprètes) d’inventer des signes. C’est tellement rassurant d’avoir toujours un signe en correspondance avec un mot !

Il faut ici préciser que cette carence lexicale est plus un problème pour l’interprète que pour les sourds eux-mêmes. En effet, les sourds ne sont pas avares de périphrases. De plus les langues des signes possèdent un caractère particulier que n’ont pas les langues vocales : la grande iconicité. Ce phénomène décrit par Christian Cuxac permet de faire passer de très nombreux concepts sans avoir recours au lexique standard (ou normé).

Pour revenir sur le processus de création, je vous propose de prendre l’exemple du signe [psychiatre] dont la genèse nous est racontée par Francis Jeggli dans un article qu’il a rédigé pour la revue Persée : « L’interprétation Français/LSF à l’Université (2003) » :

« Ce processus s’est répété pour d’autres concepts des centaines de fois depuis ces vingt dernières années. Voici un autre exemple de l’évolution d’un signe : il y a près de vingt ans il existait un signe qui pouvait se traduire littéralement par « celui qui voit à travers » pour signifier « psychiatre ».

Ce signifiant désignait autant un psychiatre qu’un psychologue ou un psychanalyste. Plus les sourds ont eu accès aux études supérieures (éducateurs spécialisés, aides médicaux psychologique…), plus la stratification conceptuelle s’est affinée. Ainsi est d’abord apparu le signe [psychologue], fait avec les deux mains qui se superposent pour former grosso modo la lettre grecque : « psi ».

Puis est apparu le signe [psychiatre] (correspondant cette fois exactement au français « psychiatre ») : la main dominante rappelant le « P » de la dactylologie, se posait sur la tempe. Le choix de ce signe peut s’expliquer ainsi : l’emplacement de la tempe réfère à la zone de la psyché (par exemple, les signes [fou], [délirant], [rêve], [illusion], [hallucination], etc., se réalisent tous au niveau de la tempe) ; quant au « P », il provient de l’influence du français. C’est ce que l’on nomme l’initialisation d’un signe : la forme de la main correspond en dactylologie à la première lettre du mot en français.
Enfin, ce signe évolua encore pour se libérer de son influence française et devenir ce qu’il est aujourd’hui [psychiatre], avec la main en forme de « bec de canard », qui dérive de la configuration manuelle du verbe [soigner]. C’est donc là aussi un synthème dont la traduction littérale pourrait être : « … qui soigne la psyché ».

Par ces créations linguistiques, on comprend qu’il existe  un danger d’émiettement dialectal du jargon universitaire. En effet certains néologismes ont bien suivi toutes les étapes décrites plus haut mais ne valent que dans une région, alors que d’autres signifiants nouveaux correspondant à une même référence voient aussi le jour à quelques centaines de kilomètres de distance, chaque communauté sourde locale créant ses propres signes. »

C’est là que les interprètes vers la langue des signes française endossent (malgré eux pour certains) un rôle linguistique : en travaillant sur des zones géographiques étendues, en traduisant les journaux télévisés ou sur internet les dépêches de l’AFP comme le fait Websourd, en intervenant via la visio-interprétation, ils participent pleinement à la diffusion des nouveaux signes  les faisant parcourir des centaines de kilomètres en quelques secondes ou quelques minutes grâce aux nouvelles technologies.
Cette fonction (cachée) de passeur de signes est donc fondamentale : en recensant les signes existants pour exprimer telle ou telle idée ou concept pour ne conserver que le ou les plus courants ou à leur yeux les plus signifiants, ils préservent l’unité nationale de la LSF et permettent au communautés sourdes isolées de s’approprier les nouveaux signes créés par d’autres sourds.

À chacun son signe

Récemment, alors que je devais interpréter en langue des signes française le journal de 20h sur LCI, je demandais via Twitter si quelqu’un connaissait le signe pour David Beckham.
En effet, pour l’interprète, l’irruption de noms de famille dans les discours qu’il traduit vers la LSF est souvent synonyme de décrochage, de perte de temps, de dépense inutile d’énergie.

Aussi, pour affronter cet obstacle nous utilisons différentes stratégies.

La première, la plus évidente et la plus fatigante, qui s’apparente à du transcodage, est simplement de dactylologier (ou épeler) le nom. Mais c’est long, fastidieux et la réception (compréhension) est souvent difficile surtout quand l’interprète est en tout petit au bas de l’écran de télévision ou bien si durant une conférence, la personne sourde est assise en haut de l’amphithéâtre.
Par exemple si pendant un journal télévisé je dois épeler Manuel Valls tout va bien (5 lettres) en revanche s’il s’agit de Pierre Moscovici ou pire de Najat Vallaud-Belkacem l’exercice se corse et mes doigts risquent rapidement de s’emmêler. Sans parler des célébrités étrangères qui ont toutes les chances de voir l’orthographe de leur nom écorché.

Seconde possibilité, remplacer le nom par le titre ou la fonction de la personne. On peut alors aisément mettre [Ministre des finances] à la place de Pierre Moscovici ou [Ministre des droits de la femme] pour Najat Vallaud-Belkacem.
L’interprète traduisant du sens, ce dernier est respecté puisque ces personnes sont mentionnées pour leur action (ou inaction) en tant que ministre, président de la République, maire…

Malheureusement si je choisis l’option 2 pour traduire David Beckham cela donne « joueur de football britannique » et c’est un peu vague. Mais si j’ajoute « récemment embauché au PSG pour une durée de 5 mois avec le maillot numéro 32″  je « sur-traduis » et c’est beaucoup trop long.

Heureusement il existe une troisième possibilité ce qu’ Yves Delaporte dans son ouvrage « Les Sourds c’est comme ça », appelle les « noms-signés ».
Ainsi, il suffit qu’une personne (entendante) fréquente régulièrement la communauté sourde ou bien que la communauté sourde parle fréquemment d’une personnalité (homme/femme politique, artiste, sportif, intellectuel, personnage historique…), pour qu’elle se voit attribuer par cette communauté un « nom-signé ».
Bien sur, chaque sourd a, en plus de son nom/prénom d’état-civil, son propre « nom-signé ».

Ces « noms-signés » se construisent de bien des manières.

Le premier ensemble de « noms-signés » est à la fois le plus vaste et le plus hétéroclite : ils font référence à une caractéristique de l’individu nommé.
C’est d’abord l’aspect physique (incluant la coiffure, le vêtement et ses accessoires)  : [yeux en amande], [coupe de cheveux en brosse], [cicatrice sur le front], [pendentif dans le cou], [avant-bras poilu], [longues boucles d’oreille], [grosse joue], [baraqué] …
Exemple : pour désigner Nicolas Sarkozy on signera [sourcil en pointe].

On rencontre aussi quelques métaphores comme [girafe] pour une femme de haute taille, [nounours] pour un garçon rondouillard.

Viennent ensuite les « noms-signés » ayant un rapport avec une habitude, avec le caractère  : [sans cesse remue ses pieds], [timide], [roule en moto], [rêveur], [caresse ses cheveux], [rigole tout le temps]…
Logiquement pour Napoléon, on glissera sa main sur le ventre.
Ce peut être aussi une qualité comme le « nom-signe » de Zidane illustrant sa capacité à être partout sur le terrain de football.

On peut aussi trouver des « noms-signés » se référant à un événement, une anecdote, le meilleur exemple étant Jésus-Christ qu’on désigne par les trous dans ses paumes de main suite à sa crucifixion.

Jésus-ChristCliquez sur l’image pour voir la vidéo du signe Jésus-Christ en LSF

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Enfin certains « noms-signés » rappellent l’origine géographique de la personne [asiatique] ou sa profession [artiste peintre].

De part leur acuité visuelle les sourds repèrent immédiatement le trait saillant d’un visage, le détail qui introduit une disharmonie, l’originalité d’un comportement. Ainsi on peut remarquer que les noms attribués aux personnages publics mettent souvent l’accent sur un trait que l’on retrouve dans les dessins satiriques de nos quotidiens comme ceux de Plantu dans le journal Le Monde. Par exemple [nez pointu] pour Jacques Chirac, [poches sous les yeux] pour Michel Rocard et [goitre proéminent] pour Edouard Balladur.

plantu

Cependant, ces noms, s’ils fonctionnent objectivement sur le mode de la caricature, ne traduisent en général aucune intention satirique et n’ont pas de connotation péjorative. Il ne sont pas là pour se moquer, rabaisser critiquer ou blesser.

C’est en particulier le cas de ceux qui peuvent surprendre par leur extrême franchise, voire leur crudité comme [gros nez], [yeux de travers] [dent du bonheur]…  Ils constatent simplement ce qui est, et permettent un repérage commode. Alors cessez de croire que Gérard Depardieu s’est enfui en Belgique vexé d’apprendre qu’en LSF il était désigné par [nez long et bosselé] !

Néanmoins reconnaissons que parfois l’attribution d’un «  nom-signé  » peut être malicieuse. Deux exemples : François Mitterrand est désigné par le signe vampire en référence à ses incisives qu’il a fait limer à la fin des années 80 et idem pour Ségolène Royal dont le premier « nom-signé » [royal] a été remplacé par [dents de devant rabotées] suite à ses opérations de chirurgie esthétique avant l’élection présidentielle de 2007.

Capture d’écran 2013-02-17 à 19.09.33cliquez sur l’image pour voir la vidéo du signe en LSF de Ségolène Royal

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La seconde catégorie de « noms-signés » regroupe ceux qui ne sont rien d’autre que la traduction en LSF d’un patronyme ou d’un prénom français, lorsqu’ils se trouvent avoir une signification. Mme Leblanc pourra être désignée par le signe [blanc], Claire par le signe [claire]

C’est ainsi qu’en jouant sur l’homophonie que le signe pour Jack Lang est [langue], pour Bernard Tapie [tapis] et pour Alain Juppé [jupe].

Je vous laisse imaginer quel pourrait être le «  nom-signé  » de Néron  !

Enfin il arrive que pour une même personne plusieurs signes entrent en concurrence. C’est le cas par exemple pour François Hollande désigné soit par le signe du pays [Hollande] soit par les grains de beauté sur sa joue :

Il suffit de le savoir pour ne pas être surpris et commettre un contre-sens en traduisant par erreur que Valérie Trierweiler est amoureuse de la Hollande et non du président de la République !

Pour le jeune sourd le premier lieu où il peut recevoir un « nom-signé » est sa famille ou s’il nait dans une famille d’entendants l’école (ou l’internat).

Pour les entendants c’est beaucoup plus aléatoire. Le professeur de cours de LSF, le collègue sourd avec qui on travaille, son voisin de palier, le copain de son fils…
Le processus d’attribution n’est pas formalisé. A un moment, un ou plusieurs sourds vont remarquer que tel signe correspond bien à la personne et si ce choix est pertinent il se diffusera rapidement sur l’ensemble du territoire notamment grâce aux interprètes ou au site internet Websourd et les traductions en LSF des dépêches de l’AFP qu’il propose chaque jour.

Ainsi ce peut être dans les banales interactions de la vie quotidienne qu’un «  nom-signé  » trouve son origine. Lorsque dans une conversation on évoque une personne qui ne possède pas encore de «  nom-signé  » on décrit en LSF les différents éléments de son aspect physique, à quoi peuvent éventuellement venir s’ajouter d’autres éléments d’information : maigre + petit + raie des cheveux sur le coté droit + mal rasé + toujours avec une écharpe rouge + comédien. Cette succession de signes constitue une source potentielle de «  noms-signés  ».  Par la suite, la série se réduira à un ou deux éléments, variant selon les interlocuteurs, jusqu’à ce qu’un consensus finisse par s’établir sur un élément unique, qui sera désormais la manière normale, stéréotypée, de désigner cette personne. Evidemment de nombreuses personnes ont le même signe tout comme il existe de nombreux Stéphane, Béatrice, Françoise, Alexandre, Frédéric ou Martine.

Pour les personnages historiques c’est avant tout un aspect physique provenant d’un tableau, d’une sculpture d’une photo qui sera la source d’inspiration  : Molière et sa longue perruque, César et sa couronne de lauriers, Léonard de Vinci et sa barbe fournie…

Leonard-de-Vinci-AutoportraitMoliere2

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Evidemment, jamais on ne s’attribut à soi-même un «  nom-signé  ». Seuls les autres (sourds) sont habilités à cela.

Souvent au cours de la vie le nom perdra toute signification apparente, le petit garçon chétif étant devenu un joueur de rugby imposant, le chignon de la jeune fille blonde s’étant transformé en nattes…
Néanmoins il reste généralement immuable et on garde ce « nom-signé » pour la vie. Le mien par exemple est l’index et le majeur glissant sur mon sourcil signifiant par là que j’ai des sourcils épais.
Et si d’aventure il me prenait l’envie de les épiler cela ne modifierait en rien mon « nom-signé » !!!

Bien sûr personne ne connait tout les «  noms-signés  » mais le processus d’apprentissage est le même que pour les langues vocales. Si on vous parle une première fois de la comtesse Noémie du Fermoir de Monsac vous allez froncer les sourcils et vous enquérir pour savoir qui est cette personne. Alors après une courte description vous pourrez lier le nom au visage de la personne. Il en va de même pour les langues des signes. Si un sourd vous signe en parlant d’une personne [chapeau pointu] vous l’interromprez une première fois en lui demandant de qui il s’agit et ainsi les fois suivantes vous saurez placer le signe sur le bon visage.

Néanmoins, on attend des interprètes F/LSF qu’ils connaissent les signes des personnes célèbres (notamment celles issues de la communauté sourde) et surtout, si je dois traduire un meeting politique je me renseigne avant sur les noms que l’orateur risque de citer (idem pour un cours à Science Po sur l’histoire de la 5ème République).

Une dernière chose :  je ne sais toujours pas quel est le « nom-signé » de David Beckham alors si l’un ou l’une d’entre vous le connait, merci de me le décrire dans les commentaires.

david beckham.

Mise à jour du 18/02/2013

D’après Didier Gillon le signe en LSF de David Beckham est le suivant : « pour beckham, les 2 mains proformes des jambes, retourné accrobatique, la jambe qui frappe devient un « B ».
Si cela reste flou, voici son schéma :

Beckham en lsf

 

 

Une vidéo du « nom-signé » de David Beckham proposé par sourds.net :

 

Il était une fois une langue des signes…

Contrairement à ce que pourrait laisser croire ce titre, ni prince ni princesse ne surgiront au détour d’un paragraphe. Il s’agit d’une histoire vraie que j’ai découverte dans l’ouvrage de Nicholas Evans « Ces Mots qui Meurent ».
De plus, contrairement aux contes pour enfants, cette histoire finira mal car à la fin, cette langue des signes meurt.
Autre originalité, nous ne verrons passer que fugitivement et à la fin du texte des interprètes en langue des signes car ils sont (pour une fois!) inutiles.
Mais l’histoire est belle et il aurait été dommage qu’elle demeure oubliée. A travers elle, il s’agit de ressusciter pour quelques instants la langue des signes ottomane qui était partagée par le Sultan, le Grand Vizir, la Cour et ses serviteurs (d’où l’absence d’interprète) de façon qu’aucun secret ne fut éventé.

Istanbul, XVIe siècle : à la cour du Grand Sultan Ottoman

A cette époque, le Sultan voulait des serviteurs dans l’incapacité d’écouter ce que lui-même disait et qui seraient également incapable de révéler les propos échangés, même sous la torture.
Ainsi, en 1554, l’aristocrate flamand Ogier Ghislain de Busbecq visitant la Sublime Porte, rapporte que « les sourds-muets étaient très prisés comme serviteurs auprès des dignitaires turcs. Le vocable turc, dilsiz, « sans langue », était amplement utilisé pour désigner cette catégorie de domestiques, en faveur auprès de la cour ottomane pour de nombreuses raisons. Étant donné qu’ils étaient sourds et muets, même s’ils avaient été témoins d’échanges politiques confidentiels, il n’y avait guère de risque que des ennemis puissent les soudoyer ou les torturer pour qu’ils révèlent des secrets qu’ils n’avaient pas entendus et ne pouvaient conter. »

C’est pourquoi la Cour recrutait activement ces serviteurs sourds et comme un nombre important de malentendants se trouvaient ainsi regroupés au même endroit, ils finirent par développer une langue des signes originale.

Rålamb Costume Book (1657)
« Mutus »

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Le Sultan les embauchait également pour exécuter ses basses œuvres. Dans leur Encyclopédie, Diderot et d’Alembert définissent ainsi les Dilsiz :
« Dilsiz : noms des muets mutilés qui accompagnent ordinairement le grand seigneur quand il va dans les divers appartements du vieux et du nouveau sérail. Ils sont en particuliers les gellaks, c’est-à-dire les bourreaux qu’il emploie toutes les fois qu’il veut faire périr quelqu’un en secret, comme des frères, ou d’autres parents, des sultanes, des maîtresses, des grands officiers. Alors les dilsiz ont l’honneur d’être les exécuteurs privilégiés de sa politique, de sa vengeance, de sa colère, ou de sa jalousie. Ils préludent à quelque distance leur exécution par des espèces de hurlements semblables à ceux du hibou et s’avancent tout de suite vers le malheureux ou la malheureuse condamnée, tenant leurs cordons de soie à la main, marques funestes d’une mort aussi prompte qu’infaillible. »

Les Sultans se succédant ont conservé ce groupe de serviteurs sourds et dévoués en les formant générations après générations à la langue des signes qui avait été mise en place des années auparavant. Mieux, ils les considéraient comme des amis, des confidents car ils se situaient hors de la stricte hiérarchie de la Cour, hors d’un trop sévère protocole.

Les Sultans prirent un tel plaisir à pouvoir converser secrètement avec ces sourds qu’ils apprirent eux mêmes cette langue des signes ottomane. Comme le rapporte Louis Deshayes de Courmenin en 1624 : « Outre tous ceux-là qui sont destinés pour le service du Prince, il y en a plusieurs autres qui servent à luy faire passer le temps, dont les uns s’appellent Dilsiz, c’est à dire sans langues car ils sont muets. Il n’y a rien qu’ils ne fassent entendre par signes beaucoup plus facilement et plus promptement que s’ils parloient. Et ce qui est encore davantage à admirer est, que non seulement ils se font entendre de jour, mais encore de nuit par le simple attouchement des mains et des autres parties du corps. Le feu Sultan Osman prenoit si grand plaisir à ce langage muet, qu’il l’avoit appris et l’avoit fait apprendre à la pluspart de ses Ichoglans et de ses Eunuques. »

Les gens de la Cour ont donc eux aussi appris cette langue soit pour pouvoir partager des moments intimes avec le Sultan soit tout simplement pour lui plaire.
Alors, événement unique dans l’Histoire de l’humanité, via le handicap (la surdité) le silence et l’expression en langue des signes ottomane devinrent la plus haute norme au sein du Sérail.

Rålamb Costume Book (1657)
« Mutus precipuus imperatoris »

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D’autres témoins attestent de la large utilisation de la langue des signes ottomane, tel le diplomate Ottaviano Bon :
« Et il est fort digne d’observation que dans le Sérail, le sultan et ses sujets peuvent raisonner et discourir de toutes choses aussi bien et aussi distinctement, par signes et hochements de tête, que par des mots ; et cela convient fort bien à la gravité de la meilleure sorte des Turcs, qui n’ont cure de babillage. Le même usage est en vigueur auprès des sultanes et autres femmes du Sultan : elles sont pareillement accompagnées de femmes muettes, jeunes et vieilles. Et cela est une antique coutume du Sérail. Ils recueillent autant de muets qu’il est possible d’en rassembler et ce principalement pour cette raison qu’ils tiennent peu convenable pour le Grand Seigneur et guère approprié à sa Grandeur de s’adresser à quelque personne présente sur un ton familier mais il peut de cette manière et de façon plus convenable et domestique badiner et se divertir avec les muets qu’avec les autres membres de son entourage. »

Car il passait pour inconvenant de perturber la tranquillité du Sultan en faisant résonner le fracas de la parole, nombre de courtisans apprenaient aussi à signer. Le silence se devait de régner dans le Palais.

Alors, « la nécessité de ne s’exprimer que par signes en présence du Sultan Mourad porta la langue des muets à son plus haut point de développement : les clignements d’yeux, le mouvement des lèvres, le craquement des dents avaient remplacé la parole. » Joseph Hammer, Histoire de l’empire ottoman (1837).

Autre voyageur, d’Ohsson  raconte à la fin du XVIIIe siècle :
« il y a dans chaque Oda trois ou quatre muets (dilsiz) qui ont pour chef le plus ancien d’entre eux, appartenant à la seconde chambrée. Il doit se tenir à la porte du cabinet du Sultan, lorsqu’il est en conférence secrète avec son Premier Ministre ou avec le Mouphti. Les muets portent un bonnet brodé en or, différent pour la forme de celui des autres pages. Ils s’expriment par des gestes rapides, et ce langage est connu des gens du palais, des dames du Harem, du Sultan lui-même, qui d’ailleurs ne fait souvent que des signes de la main pour donner ses ordres à ceux qui l’entourent. Au reste, le Grand-Vizir, le Kehaya-Bey et les Paschas, gouverneurs de province, sont les seuls qui puissent avoir des muets à leur service. »

Mais, à partir de la moitié du XIXe siècle, « l’empereur actuel Mahmoud a détruit ces usages; il a tout changé dans l’état. La révolution ne vient point là du peuple; elle descend du trône: ainsi se fait-elle difficilement; le peuple manque de lumière pour apprécier les bienfaits de ces changements. Déjà les janissaires ont disparu, et les troupes sont armées et habillées à la française. Le sultan sort à pied, sans turban et avec un chapeau sur la tête, une badine à la main. Ses domestiques ne seront plus bientôt ni muets ni eunuques, et ses femmes non seulement ont la liberté de franchir les portes du sérail, mais encore elles sont obligées de se montrer aux promenades publiques. » [Auteur Jésuite]  Note sur Constantinople. Lettres Édifiantes et Curieuses concernant l’Asie, l’Afrique et l’Amérique.

Puis survint la 1ère Guerre Mondiale, la fin de l’Empire Ottoman, l’instauration de la République turque par Mustafa Kemal Atatürk (1923) et cette langue disparut à jamais avec ses locuteurs qui moururent ou s’enfuirent pour se préserver des représailles.

Malheureusement, de cette longue et illustre histoire (500 ans), nous n’avons que des témoignages visuels rares et fragmentaires de signes individuels et aucune description verbale détaillée. Il était encore trop tôt pour que cette langue soit filmée et les quelques documents photographiques que nous possédons datent de 1917 : ils dépeignent deux serviteurs sourds de la Sublime Porte en train de communiquer par signes.

Cette perte est particulièrement frustrante pour notre compréhension des diverses langues des signes dans la mesure où il est probable que la langue des signes ottomane ait été la plus ancienne à avoir bénéficié d’une tradition linguistique continue et d’une communauté substantielle d’usagers ce qui lui a sans doute permis de développer un niveau de complexité significatif.

Reste néanmoins l’hypothèse fragile que la langue des signes turque moderne serait la descendante directe de celle qui était en usage à la Cour ottomane. Mais le système d’enseignement turc a connu suffisamment de bouleversements au cours du XXe siècle pour que nous restions très prudents à ce sujet souligne Nicholas Evans dans son ouvrage. Cela dit, la chronologie de l’émergence des écoles pour sourds de la Turquie moderne peut laisser supposer qu’une telle connexion n’est pas impossible. Il est prouvé qu’on trouvait encore des serviteurs sourds à la Cour au début du XXe siècle. A la même époque, un certain nombre d’écoles modernes pour malentendants commencent à fonctionner. Une interaction minimale entre la dernière génération de serviteurs impériaux sourds signeurs et la première génération d’écoliers malentendants aurait suffi à assurer une certaine continuité de la langue des signes.

Mais en l’absence de documents historiques détaillés sur la langue des signes ottomane ou d’enregistrement visuel des derniers serviteurs sourds de la cour impériale, cette hypothèse séduisante reste invérifiable.

Cette histoire nous rappelle que l’un des rôles des interprètes en langue des signes est d’être une passerelle entre différentes communautés. Ils permettent à ces langues de se diffuser sur les territoires, aux nouveaux signes (néosimismes) de se répandre et ainsi à ces langues de vivre au delà des communautés ou elles sont pratiquées. En l’occurrence dans l’Empire Ottoman il n’y avait pas d’interprète puisque tout le monde dans le Sérail signait et cette langue, sans relais au sein de la population turque, confinée en un Palais, disparut en même temps que lui et ses habitants.

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PS : j’ai eu connaissance de cette histoire en écoutant « Tire ta Langue » excellente émission diffusée sur France Culture.

Langue des signes française versus français signé

Il y a dix mois, j’écrivais un article intitulé « interprète versus interface » où je disais tout le mal que je pensais de ces derniers notamment en raison du flou entourant leurs activités ainsi que sur leur absence de cadre déontologique. On va retrouver cette même opposition dans ce billet mais via la linguistique.

Interpréter un discours oral vers une langue des signes (française, espagnole, japonaise…) ne signifie surtout pas remplacer un mot par un signe à toute vitesse. Ce serait un travail fastidieux voire impossible et la langue des signes perdrait son statut de langue pour devenir un simple langage (comme le morse ou le sémaphore) puisqu’il ne s’agirait alors que d’effectuer du transcodage (1 mot = 1 signe). Bien sûr le discours ainsi traduit en signes (mais non en LSF) serait incompréhensible.
Cela signifierait aussi qu’il y a toujours un signe équivalent à un mot. Or ce n’est pas le cas comme nous l’avons vu précédemment avec les néosimismes.
En outre les langues des signes possèdent leur propre syntaxe qu’il convient de respecter lors du travail de traduction comme pour tout autre langue orale, par exemple l’ordre des signes a une importance particulière.

Certaines combinaisons linguistiques sont plus difficiles à traduire que d’autres du fait de leurs différences structurelles. C’est le cas par exemple du couple allemand-français : l’allemand aime bien placer son verbe d’action à la fin de sa proposition. L’interprète qui veut traduire vers le français doit donc attendre la fin de la phrase pour commencer à la traduire d’où un décalage entre le discours et sa traduction.

C’est aussi le cas pour l’interprétation du français vers la LSF (et inversement). On considère que la langue française a pour ordre canonique le système SVO, c’est-à-dire sujet-verbe-objet.
La langue des signes suit généralement l’ordre OSV (objet-sujet-verbe). En langue des signes, l’action se met en fin de proposition et les données temporelles et spatiales plutôt au début de celle-ci. C’est d’ailleurs logique car nous sommes en présence d’une langue visuelle qui doit d’abord préciser quand (ou sur quelle durée) se déroule l’action, où elle a lieu, quels en sont les protagonistes et enfin que font-ils ?
Par exemple la phrase en français : « Pierre et Paul se sont rencontrés hier dans la cour de l’école » deviendrait en langue des signes française : « hier dans la cour de l’école Pierre et Paul se sont rencontrés ».
La différence syntaxique est donc évidente. C’est pourquoi si en français, l’objet vient à la fin d’une phrase alors que l’interprète doit le placer en début d’énoncé en LSF, il devra nécessairement apprendre à décaler pour respecter la grammaire de la langue cible. Un minimum de temps (en moyenne une ou deux secondes) est nécessaire pour que l’interprète ne se fasse pas piéger par une interférence linguistique.

Une personne qui n’a pas appris à respecter ce décalage ne peut produire une langue des signes respectueuse de sa grammaire. Elle commet alors ce qu’on appelle du « français signé » l’utilisation de signes de la LSF ordonnés selon la syntaxe linéaire de la langue française.
Le « français signé » est né de la rencontre entre des sourds signeurs et des entendants ou des devenus sourds utilisant la parole et en difficulté pour épouser la pensée syntaxique de la LSF. C’est une sorte de « bricolage » de communication qui permet de se faire comprendre de personnes sourdes peu à l’aise avec la langue parlée.
Avec cette forme de pidgin, il n’y a plus de nuances, d’utilisation de l’espace de signation ou d’expressions du visage comme en LSF. Pour compenser ces manques, on sera amené à épeler beaucoup de mots en dactylologie, à créer des mots artificiels ainsi qu’à « sur-labialiser ». La phrase est souvent très longue, visuellement surchargée et fatigante.
Malheureusement mon expérience personnelle me permet d’affirmer que 90% des interfaces et autres médiateurs entendants auprès de la communauté sourde sont persuadés de s’exprimer en LSF alors qu’ils ne produisent qu’un pauvre français signé peu compréhensible pour les sourds.

Afin d’illustrer mes propos voici un exemple visuel que j’ai trouvé dans le mémoire de recherche (format PDF) de Claire Luce (2005) qu’elle a rédigé pour l’obtention de son DFFFSU Interprète LSF/Français.

Elle nous propose la phrase en français :
 » j’aimerais aller me promener, pourrais-tu me prêter ton vélo ?  »

La traduction en français signé serait la suivante :
/JE/ /AIMER/ /ALLER/ /MOI/ /PROMENER/, /PEUX/ /TOI/ /PRÊTER/ /TON/ /VÉLO/ ?

En langue des signes française la traduction donnerait :
(/JE/) /ENVIE/ /PROMENER/, /VÉLO/ /TON/ /PRÊTE/ /PEUT/ (/TOI/)?

(les signes entre parenthèses ne sont pas systématiquement ajoutés, le locuteur peut en faire l’économie).

Pour plus de clarté, je reproduis ci-après les 2 dessins de Claire Luce.

En français signé :

En langue des signes française :

C’est évidemment plus clair, plus joli, plus concis.

On comprend aussi que l’interprète doit attendre la fin de la phrase pour savoir que l’objet convoité est un vélo qu’il va placer au milieu de sa traduction vers la LSF.

Cet exemple simple, qui mériterait sans doute d’autres commentaires, fait logiquement apparaître pourquoi la connaissance de quelques signes de LSF ne suffit pas pour être un interprète efficace contrairement à ce que pensent certains ou certaines.

© Stéphan – ( i ) LSF

La création de « néosimismes » (ou nouveaux signes)

Dans le monde des entendants, les nouveaux mots (ou néologismes) sont souvent véhiculés par les médias, comme les livres, la presse écrite, la télévision, internet… Dans le monde des sourds, les interprètes en langue des signes qui exercent à la télévision ou lors de conférences sont eux aussi un vecteur important de néosimismes (je me suis moi-même amusé à créer un néologisme à savoir « néosimisme » qui vient du grec néos-nouveau et simio-signe en prenant modèle sur néologisme, néo-nouveau, logos-parole).

Néanmoins, en tant qu’interprète, nous devons rester très prudent quant à leur utilisation et donc leur diffusion. Par exemple nous devons toujours nous assurer que le nouveau signe employé est correctement compris, qu’il ne crée pas de malentendus, qu’il ne s’agit pas d’un doublon avec un autre signe déjà existant…

Quoi qu’il en soit les néologismes/néosimismes sont indispensables à l’interprète en langue des signes. En effet, nous évoluons au sein d’une société qui change, se modernise et sans la création régulière de nouveaux signes (par exemple dans le domaine des nouvelles technologies : Internet, intranet, smart-phones, blog, visioconférences…) nos traductions vers la LSF deviendraient rapidement incompréhensibles, car déconnectée de la réalité, et beaucoup trop longues ou surchargées, car bourrées de périphrases, de mots épelés pour tenter de donner du sens à des concepts sans signe.

Heureusement pour les interprètes, la langue des signes est soumise aux mêmes règles que tout autre langue et elle évolue avec l’apparition de nouveaux signifiants (ou signes). Pour cela elle fait des emprunts à des langues des signes étrangères notamment pour les noms propres (personnalités, lieux géographiques…) ou à la langue dominante (le français) par l’intermédiaire de la dactylologie ou de la traduction littérale. Enfin, elle crée des « néosimismes » (ou nouveaux signes).
Attention ! il ne s’agit surtout pas pour l’interprète d’inventer des signes ex-nihilo, tentation fréquente qui guette les amateurs non formés qui s’improvisent traducteurs.
En effet, pour qu’un nouveau signe soit adopté par la communauté sourde il faut d’abord que le concept (le sens, la définition du mot) soit compris et acquis. Ensuite viendra la seconde étape à savoir la création du signe qui s’appuiera notamment sur l’iconicité de la langue des signes (autrement dit le « donner à voir »). Si on veut créer artificiellement un signe en premier, « en forçant la main » des sourds (désolé pour ce vilain jeu de mots), ce signe ne survit pas à la naissance d’un doublon créé par les sourds eux-mêmes et qui respecte quant à lui le génie de la LSF.

Afin d’illustrer ce mécanisme de création lexicale et le rôle de l’interprète dans ce processus, je vous propose un exemple que j’ai trouvé dans l’ouvrage : « L’interprétation en Langue des Signes ». Il s’agit du terme schizophrénie.

Il y a vingt ans, le concept de schizophrénie n’existait pas en LSF. Pourtant à cette époque, les interprètes traduisaient déjà des cours de psychopathologie dans une école d’éducateurs spécialisés à Paris (l’EFPP).

Pour les étudiants entendants, le concept était inconnu mais leur langue véhiculant déjà ce signifiant ils avaient un mot français à leur disposition (même si ce signifiant avait sans doute un sens très vague, une maladie psychique, certes, mais laquelle?).
Pour les étudiants sourds, leur langue ne possédant pas de signifiant gestuel, le mot fut donc écrit au tableau.
Sourds et entendants étaient en quelque sorte à égalité devant ce nouveau signifiant graphique.

Puis l’enseignant expliqua la notion. L’interprétation en LSF fonctionnant en simultané, à la fin de la séance les étudiants entendants et sourds avaient acquis un nouveau concept. La seule différence résidait dans le fait que les entendants avait déjà un signifiant (ou terme) pour le nommer en français ce qui n’était pas le cas des sourds en langue des signe française.

Dans un premier temps les interprètes avaient utilisé le mot écrit au tableau. Puis ce mot beaucoup trop long à dactylologier revenant sans cesse ils ont eu recours à un « code commun » c’est-à-dire un signe provisoire, ad hoc. En l’occurrence il s’agissait de la lettre « S » accompagnée de la labialisation du mot français « schizophrénie ».
Les sourds reprirent ce code commun en le transformant immédiatement : il devint une suite de lettres « SCH » épelées dans l’espace suivi du signe [etc] le tout accompagné d’une vague labialisation.
Puis quelques semaines plus tard ils se mirent d’accord sur un signe n’ayant rien à voir avec le signifiant français mais respectant les règles de l’iconicité inhérente à la LSF.

Il s’agit de la main plate descendant au milieu du visage (évoquant une division), puis arrivant au niveau du cou se resserrant en fermant le poing pour partir vers l’extérieur (signe qui signifie « esclave »).

cliquez sur l’image pour voir le signe « schizophrénie »

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« Esclave d’une division mentale » pourrait en être la traduction littérale ce qui est une assez belle définition de la schizophrénie.
Ainsi, un nouveau signe était né grâce à un groupe d’étudiants. Puis il fut transmis par les interprètes à la génération suivante d’étudiants et par les sourds hors de l’école. Quelques années plus tard il circulait dans tous les milieux où les sourds travaillent dans le domaine de la santé mentale.
La LSF avait acquis un nouveau concept puis un nouveau signifiant.
Quant aux interprètes, grâce à ce nouveau signe, il pouvait produire une traduction plus précise et plus efficace.